0 12 minutes 3 jours

Le discours que nous allons découvrir,  au-delà des mots et de leur portée immédiate,  nous invite à observer une pensée, à mesurer des engagements et à interroger les perspectives qui se dessinent pour l’avenir de notre planète. Dans un contexte où chaque déclaration publique peut prendre une dimension particulière, il convient donc de le lire  avec attention, mais aussi avec le recul nécessaire à toute analyse. 

Monsieur le World Chairman Dr KHAN,

Monsieur le Président de la COP31,

Excellences, Mesdames et Messieurs les Chefs d’État et de Gouvernement,

distingués participants,

Je vous adresse mes salutations les plus respectueuses.

C’est avec un profond sentiment de responsabilité et une conviction inébranlable que je prends la parole devant cette auguste assemblée, réunie autour de l’un des plus grands défis de notre temps. La crise climatique ne saurait être réduite à une simple question environnementale. Elle constitue désormais une épreuve majeure pour la conscience universelle, une interrogation sur la justice internationale et, surtout, un appel au courage politique. Depuis l’Accord de Paris de 2015, les engagements se succèdent, les déclarations se multiplient et les conférences internationales entretiennent l’espérance d’un monde plus respectueux de son environnement. Pourtant, les émissions de gaz à effet de serre demeurent préoccupantes, tandis que les populations les moins responsables du dérèglement climatique continuent d’en supporter les conséquences les plus douloureuses. Face à cette contradiction, notre génération porte une responsabilité historique. Nous devons dépasser le temps des promesses pour entrer résolument dans celui des réalisations. C’est dans cet esprit que je soumets à notre réflexion cinq propositions fondamentales destinées à donner naissance à un Pacte mondial de responsabilité climatique, fondé sur la transparence, la solidarité, l’équité et l’obligation de résultats.

La première exigence de ce pacte repose sur la nécessité de rendre les engagements climatiques vérifiables et mesurables. Chaque État devrait élaborer un plan quinquennal définissant des objectifs précis de réduction des émissions polluantes, de développement des énergies renouvelables et de préservation des écosystèmes. Ces engagements devraient faire l’objet d’une évaluation annuelle, rendue publique à travers des indicateurs communs et contrôlables. Il serait également indispensable que les gouvernements et les institutions financières rendent compte des ressources consacrées aux énergies fossiles et des investissements réellement engagés dans la transition énergétique. Nous ne pouvons continuer à proclamer l’urgence climatique tout en entretenant, sans justification cohérente, les mécanismes économiques qui aggravent cette même urgence. À cette première proposition s’ajoute une deuxième, tout aussi déterminante, celle de transformer les promesses financières en ressources effectivement disponibles. Je préconise la création d’un mécanisme international de suivi permettant d’identifier les montants annoncés, les sommes réellement décaissées, leurs bénéficiaires et les résultats obtenus. Les pays les plus vulnérables doivent pouvoir accéder à des financements prévisibles, transparents et adaptés à leurs capacités économiques, en privilégiant les dons lorsque leur situation le justifie. Ces ressources devront soutenir des réalisations concrètes, notamment les systèmes d’irrigation, les retenues d’eau, la protection contre les inondations, la restauration des terres dégradées et la construction d’infrastructures résistantes aux phénomènes climatiques extrêmes. Une promesse financière, aussi généreuse soit-elle, ne sauve aucune existence tant qu’elle ne se traduit pas par une action visible sur le terrain.

La troisième proposition concerne la place de l’Afrique dans la transformation énergétique mondiale. Notre continent possède d’immenses richesses naturelles et un potentiel exceptionnel dans les domaines de l’énergie solaire, hydraulique, éolienne et de la biomasse durable. Pourtant, des millions d’Africains demeurent privés d’un accès fiable à l’électricité, alors même que leurs territoires disposent de ressources susceptibles de soutenir leur industrialisation. Cette contradiction appelle une réponse ambitieuse. Je propose la mise en œuvre d’un programme africain de transition énergétique reposant sur le développement des mini-réseaux solaires dans les zones rurales, la modernisation des infrastructures électriques et le renforcement des interconnexions entre les États. Les partenariats internationaux devront également favoriser la formation des compétences locales, les transferts technologiques et la participation progressive des entreprises africaines aux grands projets énergétiques. Il ne suffit plus que l’Afrique fournisse au monde les matières premières nécessaires à sa prospérité. Elle doit désormais pouvoir transformer ses propres ressources, développer ses industries et créer des emplois pour sa jeunesse. Cette ambition rejoint ma quatrième proposition, consacrée à la rémunération équitable des services écologiques rendus par les forêts africaines.

Je pense particulièrement au bassin du Congo et aux vastes espaces forestiers du Cameroun, dont la préservation participe à l’équilibre climatique de notre planète. Il devient nécessaire d’instituer un mécanisme international de rémunération fondé sur des résultats vérifiables en matière de lutte contre la déforestation, de restauration des écosystèmes, de protection de la biodiversité et de gestion durable des terres. Les ressources ainsi mobilisées devront bénéficier non seulement aux États, mais également aux collectivités territoriales et aux communautés locales qui assurent quotidiennement la protection de ces espaces. Elles permettront de soutenir l’agroforesterie, les activités génératrices de revenus et les alternatives économiques à l’exploitation destructrice des ressources naturelles. Nos forêts ne peuvent être considérées comme un patrimoine de l’humanité lorsqu’il s’agit de protéger la planète, puis devenir une charge exclusivement africaine lorsqu’il faut financer leur conservation. La justice climatique exige une répartition équitable des responsabilités comme des bénéfices.

Ma cinquième proposition appelle à la construction d’une véritable solidarité africaine dans les négociations internationales sur le climat. L’Afrique ne pourra défendre efficacement ses intérêts si elle se présente dispersée devant des partenaires qui, pour leur part, savent souvent coordonner leurs stratégies économiques et diplomatiques. J’invite donc les dirigeants africains à définir des positions communes sur les financements climatiques, les transferts de technologies, la transformation locale des ressources naturelles et la préservation de la biodiversité. Cette concertation devrait permettre de présenter des projets régionaux conjoints et de publier régulièrement un bilan des engagements obtenus. Elle devrait également conduire à une plus grande exigence concernant les investissements miniers, énergétiques et industriels, afin qu’ils respectent des normes environnementales rigoureuses et contribuent davantage à la création de richesses sur notre continent. Il ne s’agit nullement de rejeter la coopération internationale, mais de lui donner une dimension plus juste, plus équilibrée et plus respectueuse de la souveraineté des peuples. La coopération ne saurait signifier la soumission, pas davantage que le partenariat ne devrait consacrer la dépendance. Pour traduire ces cinq propositions en actions, je recommande l’adoption d’une feuille de route reposant sur trois engagements immédiats.

Le premier consisterait à désigner, dans chaque État, des responsables chargés du suivi des engagements climatiques et à publier un premier bilan dans les douze mois suivant l’adoption du Pacte. Le deuxième viserait à établir un registre public des financements annoncés, décaissés et effectivement utilisés, accompagné d’indicateurs permettant d’en apprécier les résultats. Le troisième aurait pour objectif d’identifier, avec les pays africains concernés, des projets prioritaires dans les domaines de l’énergie propre, de l’adaptation agricole, de la protection des forêts et de la résilience des infrastructures. Ces orientations devront naturellement faire l’objet d’une concertation collective, afin que chaque engagement corresponde à une responsabilité clairement définie, à des ressources identifiables et à des résultats susceptibles d’être évalués.

Monsieur le Président, Excellences, Mesdames et Messieurs,

la COP31 ne doit pas être une conférence supplémentaire dans la longue succession des rencontres internationales consacrées au devenir de notre planète. Elle doit marquer une étape décisive dans le passage des intentions aux réalisations. Aux grandes puissances, j’adresse un appel à la responsabilité, afin qu’elles mettent leurs actes en conformité avec leurs engagements. Aux dirigeants africains, je demande de renforcer leur unité, de valoriser leurs ressources et de défendre avec détermination les intérêts légitimes de leurs populations. À la communauté internationale, j’adresse une invitation à faire de la solidarité climatique une réalité financière, technologique et humaine. Je demeure profondément convaincu qu’une Afrique souveraine peut protéger son patrimoine naturel sans renoncer à son développement, coopérer avec le reste du monde sans perdre sa liberté de décision et contribuer pleinement à l’avenir de l’humanité. Notre ambition doit désormais se résumer à quelques exigences essentielles. Moins de promesses et davantage de résultats. Moins de financements annoncés et davantage de ressources effectivement mobilisées. Moins de rapports économiques déséquilibrés et davantage de justice, de souveraineté et de solidarité. Moins de dépendance aux énergies fossiles et davantage d’investissements dans les fondements d’un avenir durable. Car l’histoire ne retiendra pas seulement les discours prononcés dans les grandes conférences internationales. Elle jugera les décisions que nous aurons prises, les moyens que nous aurons engagés et, plus encore, les vies humaines que nous aurons réussi à préserver. La planète n’attend plus que nous lui promettions un avenir meilleur. Elle attend que nous ayons enfin le courage politique, la volonté collective et la sagesse humaine de le construire. Je vous remercie de votre aimable attention.

Dr AYISSI YVES PATRICE
Ambassadeur – IHRC

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *