Après plusieurs mois de fermeture, l’école publique de Guervoum a enfin rouvert ses portes, sous la surveillance de ses deux encadreurs, le directeur Mougnamo Mvounda Cyrille et l’instituteur Besseng Besseng Richard Rodrigues. Une bonne nouvelle pour ce village du Cameroun, qui semblait avoir abandonné toute ambition scolaire. Eh oui.. Sous ce ciel d’un bleu hésitant, trône fièrement l’école du village Guervoum, gardienne fatiguée d’un passé glorieux. Ses murs jaunis par le temps et la boue se dressent encore, comme un vieux soldat refusant de déposer les armes. Le vent, complice moqueur, s’invite par les fenêtres sans vitres pour murmurer aux pupitres absents les souvenirs des rires d’enfants d’autrefois. La cour, est là, oui elle est là, vaste étendue de terre rouge, sert tout à la fois de terrain de jeu, et des retrouvailles des mélopées des jeunes au clair de lune. Ah, cette école ! Elle a l’élégance désabusée d’une vieille dame qu’on aurait oubliée au bord de la route. Ses bâtiments sont bien debout, non par faiblesse, mais par lassitude d’attendre des promesses jamais tenues. Et pourtant, malgré la décrépitude, elle garde une certaine noblesse : celle des lieux où l’on apprend à rêver, même sans tableau, sans craie, sans banc. Ici, l’éducation résiste, portée par la foi de ceux qui croient encore que le savoir peut pousser sur la terre rouge, à défaut de pousser sur le béton. Pourtant, il serait erroné de penser que l’absence des enseignants était volontaire. Les conditions dans lesquelles ils doivent exercer leur métier sont tout simplement inhumaines.

Depuis la rentrée scolaire, ils étaient contraints d’abandonner leurs classes, faute de moyens matériels et logistiques élémentaires. Enseigner à Guervoum, c’est comme partir au combat sans armes. Les bâtiments, malgré leur réouverture, restent dans un état déplorable : murs couverts de boue rouge, bancs cassés, tableaux illisibles, absence totale de matériel pédagogique manuels, craies, cahiers ou cartes géographiques. Les élèves, souvent négligés, arrivent en classe sales et fatigués, plus enclins à se diriger vers les champs qu’à suivre les cours. Le tableau est tellement usé et couvert de poussière que même les maitres finissent par écrire des messages invisibles…2 enseignants pour 6 classes. quant aux bancs, les élèves ont développé une technique secrète pour ne jamais rester assis trop longtemps. chaque fois que c’est ils demandent la permission, pour détendre les fesses pour éviter ces craquelures des bancs. Le directeur et son instituteur, pourtant formés et dévoués, se trouvent démunis face à ces difficultés. Monsieur Besseng, le maitre maison, en particulier, s’est élevé contre l’indifférence de certains habitants et a affirmé avec fermeté qu’il obéirait d’abord à sa conscience. On ne peut pas travailler le ventre vide. Un jeune du village, souhaitant garder l’anonymat, m’a lancé un véritable cri de détresse : « Nous sollicitons le soutien du gouvernement afin que cette école retrouve sa grandeur d’antan. Un village sans éducation est un village sans avenir. Or, ici, l’éducation est en train de s’effondrer. Le directeur et l’instituteur affirment être intouchables grâce à leurs relations, mais les cours ne sont plus assurés et les enseignants sont souvent en ville pour leurs affaires personnelles. je vous envoie les vidéos et les photos de cette école. » Le même jour je recevrai la vidéo et les photos dont j’enverrai d’ailleurs à qui de droit, mais ceux-ci enquêtant parallèlement vont confirmer la réouverture de l’école, mais aussi l’ampleur des dégâts matériels et du manque de ressources.

Le bâtiment destiné à l’hébergement des enseignants est aujourd’hui transformé en buvette et cinéma de fortune, où la musique locale, le Bikutsi, résonne, au grand dam de la population locale qui réclame depuis longtemps un retour à l’ordre et à la discipline. Ce triste constat reflète une réalité plus large : celle d’un abandon progressif des infrastructures scolaires dans les zones rurales, conséquence d’un désintérêt flagrant de certaines élites camerounaises, tant locales qu’à l’étranger, envers leur propre communauté qui vit dans la précarité. Guervoum je connais bien ce village j’y suis souvent allés, je garde en mémoire mon cousin Jojo, dont la maman Brigitte, jolie maman de mon enfance y vit toujours. L’école est visible de loin. À l’entrée du village, une plaque flambant neuve indique fièrement la direction de l’école, comme une invitation solennelle à un temple du savoir. On pourrait presque s’attendre à trouver derrière cette pancarte un établissement digne des plus grandes académies. Pourtant, la réalité nous rattrape vite : si la plaque est resplendissante, l’école, elle, ressemble davantage à un safari improvisé dans la savane, où les murs semblent jouer à cache-cache avec ses peintures pareilles à des bâtiments qui ont pris une retraite anticipée. Une ironie mordante qui rappelle que parfois, il suffit d’un joli panneau pour masquer bien des déceptions… c’est un village dont le nom a voyagé bien au-delà des frontières nationales, jusqu’à inspirer des noms de restaurants en Afrique du Nord. Pourtant, ce prestige international ne suffit pas à garantir un avenir scolaire digne pour ses enfants. Il est urgent que le ministère de l’Éducation nationale et les autorités locales interviennent pour doter cette école des moyens indispensables à l’exercice de la profession enseignante et au bien-être des élèves. Ce n’est pas une question de charité, mais une responsabilité collective envers la jeunesse et l’avenir de notre pays. Sans une intervention rapide et efficace, le risque est grand que Guervoum perde une génération entière à cause d’un système éducatif défaillant. Il est temps d’agir avant qu’il ne soit trop tard.
Au cœur de ce paysage paisible et verdoyant, Guervoum attend patiemment le jour où son école retrouvera toute sa splendeur. Ce village, riche de ses traditions et de sa nature généreuse, porte en lui le potentiel d’un avenir brillant. L’éducation, pierre angulaire de ce renouveau, finira par reprendre ses droits, offrant à chaque enfant la chance de grandir et de s’épanouir. Guervoum a une grande histoire, elle a aussi une promesse : celle d’un avenir où savoir et espoir se conjugueront pour bâtir une nouvelle étape, digne de sa terre et de ses habitants. Et j’ai espoir, qu’au cœur de cette étendue verdoyante, dans ce beau paysage, où la nature étend son manteau luxuriant sous un ciel toujours ouvert et bienveillant, le village de Guervoum s’épanouira humblement, fier de ses racines et de son avenir. Chaque arbuste, chaque brin d’herbe fleurira le don pour un renouveau possible, d’une école qui, un jour, s’élèvera majestueuse, éblouissante. Guervoum, avec sa terre rouge et sa beauté simple, porte en lui le souffle d’une jeunesse prête à grandir, à apprendre et à s’élever. Quand les murs de cette école rébarbative, auront retrouvé leur éclat et que les rires d’enfants résonneront à nouveau dans les salles de classe, ce village sera la preuve vivante que même les rêves les plus modestes peuvent fleurir dans les plus lointains lieux et on dira alors lorsqu’il y a dix écoles au cameroun, l’école de Guervoum sera la dixième, mais le jour qu’il y en aura une seule école seulement dans notre pays, ce sera l’école unique de Guervoum.
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