Dans le secteur montagneux de Rasuwa, près de la frontière avec le Tibet, le Népal vient d’être frappé par une catastrophe d’une violence exceptionnelle. Une gigantesque crue éclair a déferlé dans la vallée de la Bhote Koshi, emportant sur son passage des habitations, des routes, des ponts et plusieurs infrastructures hydroélectriques. Le bilan humain, encore extrêmement provisoire, fait état d’au moins 22 morts. Mais ce chiffre pourrait malheureusement augmenter. Des centaines de personnes sont actuellement sans contact, parmi lesquelles de nombreux ressortissants étrangers, ainsi que des employés d’installations hydroélectriques et des membres des forces de sécurité. Dans certaines zones, les secours peinent encore à accéder aux victimes en raison des routes détruites, des ponts emportés et des conditions météorologiques difficiles. Le véritable bilan pourrait donc être bien plus lourd. Les images qui nous parviennent sont d’une violence considérable. Un véritable mur d’eau, de boue, de roches et de débris a traversé plusieurs secteurs habités, dévastant des villages et emportant tout ce qui se trouvait sur son passage. Face à une telle puissance, l’être humain paraît soudain terriblement vulnérable.

Cette catastrophe survient en pleine mousson asiatique, une période durant laquelle les fortes précipitations rendent les reliefs himalayens particulièrement exposés aux crues et aux glissements de terrain. Toutefois, les premières analyses laissent penser que les pluies ne seraient probablement pas, à elles seules, à l’origine du drame. Une hypothèse évoque notamment une importante avalanche de roches et de glace, peut-être consécutive à une secousse sismique, qui aurait temporairement obstrué un cours d’eau. Ce barrage naturel aurait ensuite cédé brutalement, libérant en quelques instants une masse considérable d’eau vers l’aval. Cette hypothèse devra encore être confirmée par les autorités et les scientifiques. La crue a également touché de nombreuses installations hydroélectriques, perturbant une partie de la production énergétique du pays. Derrière les chiffres et les infrastructures détruites, ce sont surtout des vies humaines qui sont bouleversées et des familles qui attendent encore des nouvelles de leurs proches.

Je trouve profondément triste de voir des personnes mourir sous nos yeux, à travers un écran. Les images sont dures, parfois insoutenables. Elles nous rappellent brutalement quelque chose que nous avons tendance à oublier dans notre quotidien. Malgré nos constructions, nos technologies, notre puissance économique et notre volonté de tout contrôler, nous restons infiniment fragiles face aux forces de la nature. Le réchauffement climatique et le dérèglement du climat évoluent beaucoup plus rapidement que nous ne l’avions imaginé. Ils contribuent à rendre certains phénomènes extrêmes plus fréquents ou plus intenses. Pourtant, face à un drame comme celui qui frappe le Népal, il serait trop simple de tout mettre uniquement sur le compte du changement climatique. Nos propres choix ont également des conséquences. Nous construisons toujours davantage, parfois dans des zones exposées aux risques naturels, sur les rives des cours d’eau, dans des ravines ou sur des terrains qui devraient rester libres. Certaines constructions sont illégales ou réalisées sans tenir suffisamment compte de la configuration des lieux et des dangers auxquels elles sont exposées. Il suffit pourtant d’observer la nature pour comprendre une chose essentielle. L’eau suit son chemin. Même un cours d’eau qui semble avoir disparu depuis des années, voire des siècles, peut un jour retrouver son ancien lit et ressurgir avec une force impressionnante.

Ce qui paraît disparu n’est parfois qu’endormi par le temps. L’eau peut être détournée, contenue ou bloquée pendant un certain temps, mais elle finit toujours par chercher son passage. Pourquoi construire là où l’on sait que la nature peut reprendre ses droits ? Pourquoi bloquer les passages naturels de l’eau pour construire des routes, des immeubles ou des villes entières ? Nous devons peut-être cesser de vouloir constamment dominer notre environnement et apprendre à vivre davantage en harmonie avec lui. La destruction des forêts aggrave également les conséquences des pluies et des crues. Lorsque les arbres disparaissent, notamment à cause des incendies volontaires, de la déforestation ou d’une exploitation excessive des sols, les racines ne sont plus là pour retenir la terre. Lors de pluies intenses, l’eau dévale alors les pentes, emporte les sols, arrache les roches et transforme parfois les cours d’eau en torrents de boue capables de tout dévaster sur leur passage. La question n’est donc pas seulement de savoir comment empêcher la nature de se manifester. Elle est aussi de savoir comment nous pouvons éviter de nous exposer inutilement à sa puissance. À force de vouloir occuper chaque espace, de construire toujours davantage et de repousser les limites naturelles des territoires, nous oublions que nous ne sommes pas les maîtres absolus de la planète. Et peut-être que cette catastrophe nous oblige aussi à regarder plus loin que le seul drame du Népal.

Quand la Terre n’en peut plus, que cherche-t-elle à nous rappeler ? À force de détruire, de polluer, de consommer sans limites, de déforester, de faire la guerre et de laisser la haine prendre toujours plus de place, nous oublions une vérité fondamentale. La Terre n’est pas à nous. Nous lui appartenons. Les catastrophes naturelles, les températures extrêmes, les incendies, les inondations et les événements météorologiques violents risquent de devenir plus fréquents et plus intenses avec le dérèglement climatique. Une partie de ce que nous subissons est directement ou indirectement liée à nos propres comportements. Mais nous devons également avoir l’humilité de reconnaître que tous les phénomènes naturels ne peuvent pas être expliqués par le changement climatique. La Terre possède ses propres forces, ses propres cycles et une puissance qui nous dépasse. Face à de telles catastrophes, l’être humain réalise toute sa fragilité et sa petitesse devant la puissance infinie de Dieu. En un instant, tout peut basculer. Gloire à Celui qui détient le pouvoir sur toute chose.

C’est peut-être à cet instant que le mot « vanité » prend tout son sens. Nos certitudes, notre arrogance, nos ambitions et nos prétentions paraissent soudain bien dérisoires face à la puissance de la nature et à la fragilité de nos vies. La vie nous rappelle parfois brutalement que nous sommes tous de passage. La nature semble alors nous poser une question simple et profonde. Qui domine réellement qui ? L’être humain pense pouvoir tout contrôler, mais la nature finit toujours par nous rappeler nos limites. À force de la défier plutôt que de chercher à comprendre ses mécanismes et à vivre avec elle, nous risquons de subir les conséquences de nos propres choix. Et pendant que des populations entières affrontent ces catastrophes, nous continuons à consacrer des milliers de milliards de dollars aux armes et aux guerres. Nous sommes capables de dépenser des fortunes pour nous détruire les uns les autres, alors que nous peinons encore à unir nos forces pour protéger notre planète et ceux qui y vivent. L’humanité devrait peut-être enfin s’asseoir autour d’une même table et travailler ensemble.

Non pas pour savoir qui dominera l’autre, mais pour apprendre à mieux protéger les populations, les territoires et cette planète dont nous dépendons tous. La Terre survivra probablement sans nous. Mais nous, survivrons-nous sans elle ? Il est encore temps de changer. Moins de haine, moins de destruction, moins d’arrogance. Plus de respect, plus de solidarité, plus de responsabilité et surtout plus d’amour pour cette planète qui nous porte chaque jour. Le drame du Népal est avant tout une tragédie humaine. Derrière chaque chiffre se trouve une vie, une famille, une histoire et des proches qui attendent des réponses. Puissions-nous ne pas seulement regarder ces images avec tristesse, puis les oublier. Puissions-nous aussi en tirer une leçon. Construire autrement. Préserver les forêts. Respecter les cours d’eau. Anticiper les risques. Protéger les populations. Coopérer au lieu de nous détruire. Car la nature peut parfois être contenue, mais elle ne peut pas être trompée éternellement. Elle n’oublie jamais son chemin.