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QUE SIGNIFIAIT DANS 20 ANS ? CE PROPOS TENU PAR PAUL BIYA EN 2004.

C’était une question de sémantique, en d’autres termes, cela voulait dire que je vous donne un rendez-vous qui sera long à venir. Les êtres mystiques restent éternellement jeunes. Jeunes dans leurs pensées, jeunes dans leur apparence, jeunes dans leur regard. C’est en vieillissant qu’ils rajeunissent, et lorsqu’ils rajeunissent, leur vieillesse se ressent dans leurs paroles. Ils parlent peu, souvent écoutent peu, car quand on prend la parole à leur côté, ils ont déjà tout saisi. C’est ainsi qu’ils énoncent des maximes qui résonnent. Dans le cas de Biya, il y a eu : « Un seul mot, continuez », « la conférence nationale est sans objet pour le Cameroun » « Les apprentis sorciers », « Me voici à Douala », « Yaoundé respire », « Je te verrai », « Qui ne connaît pas le Cameroun », « Ne dure pas au pouvoir qui veut, mais qui peut », « Faites la soustraction », « je n’ai pas entendu » et le fameux  9 juin 2004 avec ce propos lancé au micro de Charles Ndongo : « Ceux qui attendent mes funérailles, je vous donne rendez-vous dans 20 ans ». Les 20 ans se sont écoulés, et ceux qui attendaient sont surpris de voir l’homme debout, la mémoire intacte, les yeux lucides, la tête froide.

Le 9 juin 2004

Je tente quelques explications ne sera pas péremptoire. Il y a 20 ans, j’étais au Cameroun lorsque la nouvelle se répandait à Douala, partout, dans les bars, dans les taxis, les téléphones sonnaient à tout-va, des messages affluaient. On disait que le président était décédé. Les gens parlaient avec une certitude absolue : « On vient de m’appeler de Yaoundé », « J’ai cette nouvelle du directeur ou de telle personne travaillant à la présidence ». Deux minutes plus tard, le téléphone sonnait à nouveau, collé à l’oreille, on hochait la tête, « C’est celui qui m’a donné la nouvelle qui m’appelle encore ». La tristesse dans les regards et la concentration à l’écoute confirmaient la mélopée. A notre tour, nous  avions décidé de contacter des personnes de confiance, des hauts gradés, car c’est là que se trouve la vérité. Ce dernier confirmait : « Je viens d’apprendre cela de mon chef, avec l’atmosphère de mobilisation que nous avons ici, cela doit être vrai ».

Une tristesse s’installait, car c’était tout de même le président de la République. On sait qui meurt, mais on ne sait pas celui  qui naît. La grande confirmation est arrivée lorsque nous avons vu les cortèges de véhicules militaires armés jusqu’aux dents sillonnant la ville de Douala et ses quartiers. C’est à ce moment-là que j’ai commencé à y croire pour la première fois. Croire en la mort de l’homme de M’Voméka’a ? Tu  parles. L’homme qui a tout échappé, et qui renait toujours  de ses cendres… Paul Biya a la force de 20 grands  chefs  des  villages sans oublier la force naturelle que Dieu lui a donné comme ancien séminariste  et celle des blancs. Dans la tradition, lorsqu’un chef meurt, la nature se bouleverse, signe que quelque chose a changé.

Les mystiques et la nature

Les grands hommes mystiques après leur départ il y a la guerre derrière eux. Nous l’avons vue avec Mobutu dans l’ex-Zaïre, ou au Rwanda après la mort de Juvénal Habyarimana, et en Côte d’Ivoire après Houphouët Boigny. On se souvient de ce qui s’est passé à la mort de Monseigneur Jean Zoa, des vents violents, ou de Monseigneur NDongmo, ou encore du Père Fochivé, ce sont des tourments. Mais ce jour du 9 juin 2004, rien de tout cela. C’est le grand Nkoundy, doyen du camp Yabassi, qui nous a informés qu’il n’y avait rien. Malgré nos tentatives de le persuader, il a insisté : « Ce n’est pas ainsi que la nature se comporte quand un grand chef disparaît ». Selon le sage Nkoundi, la nature doit parler.

Pour comprendre l’homme Biya, il faut consulter le maître Paul Médard. Celui-ci révèle que Biya a toujours gouverné avec une capuche, ce qui rend difficile de le cerner. L’homme Biya n’a jamais cédé à la précipitation, même en cas de mouvement de panique ou à l’annonce d’un incendie. Il reste immobile, attendant sur place. Car, en tant que Verseau, il est patient, indulgent, ferme et têtu. Têtu car tout le monde peut regarder à droite, lui regarde à gauche. Les Verseau sont nés avec un mysticisme extraordinaire. En matière de remaniement, il ne limogera jamais un ministre juste parce qu’il est impopulaire, ou renverra un collaborateur parce que le peuple réclame sa tête. Il a des amis que l’on attendrait le moins. Lorsque la Guinée équatoriale était pauvre, il était très proche du président Obiang. Et plus récemment, lors de la Coupe d’Afrique des Nations organisée au Cameroun, le seul président invité à l’ouverture était le président comorien, Azali Assoumani.

L’homme dirige avec une intuition développée, il visionne  ses hommes comme on regarde un film avant de les choisir. Une fois nommés, il n’aime pas la vedette de ceux-ci ; s’ils deviennent populaires, il les détrône. Protégé par les planètes Mars, Neptune, Uranus et Neptune, il a la chance de sa vie. Chaque personne est influencée en permanence par une seule planète, mais lui en a quatre autour de lui. C’est ainsi qu’il sait qui sont ses vrais adversaires, même quand ils tiennent un discours virulent.

Que signifiait « dans 20 ans » ?

C’était très simple à comprendre, c’était symbolique. Outre la symbolique du temps attendu par tous, il y a la symbolique des nombres. Ici, les chiffres 2 et 0 forment le 20. En numérologie, le chiffre 2 symbolise la dualité, qui se multiplie et représente l’équilibre entre les opposés : le jour et la nuit.  Le ciel et la terre. etc. L’homme et la femme.

Le 2 se multiplie, et l’opposition est frappée par le chiffre zéro. « 20 ans » à l’époque signifiait par exemple 100 ans, mais il n’a pas pu dire 100 ans, il a préféré dire 20 ans. Il aurait également pu dire « vous attendrez longtemps », mais cela aurait été une insulte un manque de courtoisie, mais l’homme Biya est très courtois dans sa vie, c’est un lion, un lion qui dévore en riant, c’est pourquoi personne n’a jamais vu l’homme en colère publiquement, il est toujours affable.

Il a dédié à ses adversaires un chiffre symbolique qui, à l’époque, représentait une longue attente. Si Paul Biya devait parler à nouveau de ce moment, il ne dirait plus « 20 ans », aujourd’hui,  mais plutôt  « attendez ». Il ne donnera plus aucune date, car actuellement, il n’est pas maître de son temps, non pas à cause de sa mémoire, mais à cause de son physique qui manifestement s’affaiblit.

Les élections présidentielles.

Une chose m’a frappé cette année, qui était  perceptible pour ceux qui sont avisés, je veux parler du  20 mai qui vient  de se dérouler. L’homme était soigné, alerte, lucide, debout sans faute. Il était protégé jusqu’aux dents. Cela préfigure un nouveau mandat qu’il s’arrachera comme on arrache les plumes d’un corps. Il sera là, sans aucun doute.

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