« Oui c’est vrai, il est parti. Nous sommes à l’Hôpital général. » C’est par ces quelques mots prononcés samedi soir par une proche de Racine Sagath, que nous avons eu la confirmation de cette douleur qui étreint le public qui l’aimait. Des propos qui rappellent une nouvelle que beaucoup refusaient encore de croire. Racine Sagath, figure marquante du bikutsi camerounais, s’en est allé dans la nuit du 12 septembre 2026, laissant derrière lui une œuvre, des souvenirs et surtout une voix qui aura accompagné plusieurs générations. « Ton caleçon fait quoi chez moi » est une phrase que tout camerounais doit avoir prononcé dans ses moments de frénésie musicale. De son vrai nom Paul Bede Onye, Racine Sagath appartenait à cette génération d’artistes qui ont contribué à faire du bikutsi une musique populaire, reconnaissable et profondément enracinée dans la culture camerounaise. Avec son style, son sens de la provocation artistique, ses formules percutantes et son élégance, il avait réussi à se faire une place particulière dans le cœur du public.
Son parcours commence au milieu des années 1990 avec le groupe Sagath. Il poursuit ensuite une carrière en solo qui lui permet de s’imposer progressivement comme l’une des figures singulières de la scène musicale camerounaise. Mais c’est véritablement avec « Nem Mintié », connu du grand public à travers la célèbre phrase comme je l’ai dit plus haut « Ton caleçon fait quoi chez moi », que Racine Sagath entre durablement dans la mémoire collective. Derrière cette formule devenue populaire, il y avait un artiste qui savait comprendre son époque, jouer avec les mots et créer des chansons capables de faire parler, sourire, danser et parfois même provoquer. Racine Sagath n’était pas seulement un chanteur. Il était un personnage, une présence, une allure. Il avait cette capacité rare à associer la musique à une certaine idée de l’élégance, donnant à chacune de ses apparitions une identité particulière. Au fil des années, son répertoire s’est enrichi de plusieurs titres qui témoignent de la diversité de son inspiration. Parmi eux figurent notamment « Marc Vivien Foé », « Mes yeux ont vu » et « À moi la joie, à moi le bonheur ». L’hommage rendu à Marc-Vivien Foé demeure particulièrement symbolique.

À travers cette chanson, Racine Sagath avait inscrit dans son art la mémoire d’une figure chère au Cameroun et au monde du football. Sa disparition est d’autant plus douloureuse qu’elle intervient au moment où beaucoup pensaient le revoir durablement sur scène. Après de longs mois marqués par la maladie, l’artiste avait donné des signes qui avaient nourri l’espoir de ses proches et de ses admirateurs. Ces dernières semaines, il avait repris les apparitions publiques et renoué avec son public. Le 22 août dernier, Yaoundé avait accueilli « Le Grand Retour de Racine Sagath », une soirée placée sous le signe des remerciements à Dieu, à ses fans et à tous ceux qui l’avaient soutenu. Pour beaucoup, cette soirée devait être celle de la renaissance artistique d’un homme qui semblait avoir retrouvé la force de reprendre la route. Il était encore passé à la télévision récemment, évoquant lui-même les différentes dates de sa tournée et les concerts qu’il devait donner. Il était également apparu dans l’émission Tam Tam Week-end. À travers ces images, ces rendez-vous annoncés et ces projets, le public pouvait croire que Racine Sagath avait définitivement tourné la page des mois difficiles. Personne ne pouvait alors imaginer que ces dernières apparitions prendraient, quelques jours plus tard, la dimension bouleversante d’un dernier au revoir. C’est sans doute ce qui rend son départ encore plus difficile à accepter. Il y avait de nouveau l’espoir. Il y avait des spectacles annoncés, des rendez-vous avec le public et la perspective de revoir l’artiste sur scène. Et soudain, tout s’arrête.
La mort rappelle ainsi, avec une violence que nul ne peut ignorer, la fragilité de l’existence. Elle ne distingue ni les puissants ni les modestes, ni les artistes célèbres ni les anonymes. Vanité des vanités, comme le rappelle l’Écriture. Sur cette terre où chacun poursuit ses rêves, ses ambitions et parfois ses querelles, la disparition d’un homme nous ramène brutalement à l’essentiel. Racine Sagath laisse une empreinte qui ne disparaîtra pas avec lui. Ses chansons, ses expressions, son style, ses spectacles et cette élégance qui le caractérisait continueront de vivre dans les souvenirs de ceux qui l’ont connu et aimé. Une partie du bikutsi populaire porte désormais son nom et son histoire. À ses proches, à sa famille, à ses amis, aux artistes qui ont partagé son parcours et à tous ses admirateurs, le Cameroun adresse aujourd’hui une pensée de compassion. Racine Sagath est parti alors que nous commencions à croire qu’il était revenu pour longtemps. Peut-être que son passage récent à la télévision, ses dates de concerts annoncées et son retour sur scène étaient, sans que nous le sachions, sa manière de nous dire une dernière fois au revoir. Que Dieu accueille son âme et console ceux qui restent. Que la terre de nos ancêtres lui soit légère. Doux repos à toi, l’artiste.