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La liste de David Pagou laisse un goût amer. Non pas parce qu’un sélectionneur n’aurait pas le droit de renouveler son groupe, encore moins parce que les jeunes joueurs convoqués seraient dépourvus de qualités, mais parce que l’on peine à comprendre la logique sportive qui gouverne certains choix. A peine avions-nous commencé à entrevoir les contours d’une équipe sortie de la dernière Coupe d’Afrique avec quelques certitudes qu’on nous propose déjà une nouvelle expérience. Plusieurs joueurs qui avaient acquis du vécu, du caractère et une connaissance du haut niveau international disparaissent ou sont laissés de côté, tandis qu’arrivent de nombreux nouveaux visages. Nouhou Tolo, Carlos Baleba et Christian Bassogog figurent notamment parmi les absences qui interrogent.

À leur place apparaît une génération que David Pagou semble vouloir façonner à sa manière. Le problème n’est donc pas la jeunesse. Le problème est de savoir si l’on construit une équipe nationale ou si l’on cherche avant tout un groupe suffisamment docile pour entrer dans le moule du sélectionneur. David Pagou semble vouloir appliquer au football une conception presque militaire de l’autorité. Discipline, obéissance, respect des consignes, voilà des qualités indispensables dans un vestiaire, personne ne le contestera. Mais le football ne se gagne pas uniquement avec des soldats disciplinés. Il se gagne aussi avec du talent, de l’audace, de l’expérience, de la créativité et cette capacité de certains grands joueurs à inventer une solution lorsque le tableau tactique ne répond plus. Un entraîneur doit certes commander, mais il doit surtout convaincre, or David Pagou n’a encore convaincu personne. c’est un aventurier que les hasards du football ont propulsé à la tête des Lions Indomptables et que l’on s’obstine aujourd’hui à maintenir aux commandes au nom d’un chauvinisme échevelé, comme si l’appartenance nationale pouvait, à elle seule, tenir lieu de compétence et de légitimité. ne pouvant gérer les joueurs de forte personnalité, il préfère, ne pas les convoquer.

Pourtant un grand entraineur  doit savoir gérer les fortes personnalités plutôt que les écarter simplement parce qu’elles seraient plus difficiles à encadrer.  Aujourd’hui la  sélection nationale fonctionne comme  une caserne. Les meilleurs joueurs d’un pays ne sont pas convoqués pour apprendre à marcher au pas, mais pour mettre leur talent au service d’un projet à venir. Aussi, le déséquilibre de cette liste accentue les interrogations. Vingt-six joueurs sont convoqués et onze sont des défenseurs. Ce qui inquiète davantage, c’est cette impression d’un entraîneur constamment habité par la peur d’encaisser, comme si éviter la défaite constituait déjà une victoire. Avec une telle philosophie, nous risquons d’entrer sur le terrain non pour imposer notre football et chercher la victoire, mais pour protéger un match nul et nous en satisfaire, comme cela semble trop souvent être son habitude. À mes yeux, David Pagou n’est pas un entraineur, il ne représente  pas encore le sélectionneur capable de porter les ambitions nouvelles des Lions Indomptables. c’est un préparateur de Mannequin.

Il apparaît davantage comme un homme attaché aux recettes du passé, à un football prudent et sans audace, alors que le Cameroun a besoin d’un technicien capable de regarder l’adversaire dans les yeux et de jouer pour gagner. Dans le même temps, de nouveaux noms apparaissent, parmi lesquels Harouna Djibirin et Bil Nsongo Tonfack. Leur convocation peut représenter une formidable occasion et il serait injuste de condamner ces garçons avant même de les avoir vus sous le maillot national. Mais pourquoi engager une transformation aussi importante au moment où l’équipe avait davantage besoin de consolider ses acquis que de recommencer presque un nouveau chantier ? Une sélection ne se reconstruit pas éternellement. Elle progresse normalement par petites touches, en conservant une ossature et en y intégrant progressivement ceux qui frappent à la porte. Plus troublant encore, certains joueurs retenus arrivent avec des incertitudes physiques ou un manque de compétition. Karl Etta Eyong est annoncé blessé par son club et Junior Tchamadeu est également présenté avec des interrogations concernant son état physique et son rythme de compétition. Si ces situations sont confirmées au moment du rassemblement, elles poseront nécessairement la question de l’anticipation du staff. Pourquoi prendre des risques à des postes où les solutions ne sont déjà pas abondantes ? Une liste internationale doit être pensée comme un dispositif cohérent dans lequel chaque place compte.

On ne peut pas multiplier les paris et espérer ensuite que les circonstances se chargeront de les rendre gagnants. C’est précisément pour cela que la confrontation avec la Côte d’Ivoire m’inquiète. Les Comores et le Congo constitueront déjà des tests sérieux, mais face aux Ivoiriens, David Pagou pourrait rencontrer son premier véritable mur tactique. Et ce jour-là, il ne suffira plus de demander aux joueurs de courir, de fermer les espaces et de respecter les consignes. Il faudra lire le match, modifier un système en pleine rencontre, provoquer des déséquilibres chez l’adversaire, répondre aux changements du banc opposé et surtout comprendre rapidement ce qu’Hervé Renard cherchera à installer. Face à un technicien de l’expérience d’Hervé Renard, le moindre flottement risque de coûter cher. Renard connaît parfaitement le football africain, ses rapports de force, ses matches à haute intensité et la psychologie particulière des grandes rencontres continentales. Il sait préparer une équipe pour gagner des duels, fermer certaines zones et exploiter les faiblesses adverses.

C’est là que j’attends David Pagou. Non dans les déclarations, non dans l’autorité affichée autour de sa liste, mais devant son tableau tactique lorsque le match commencera à lui échapper. C’est dans ces moments que l’on découvre véritablement un sélectionneur. J’ai encore en mémoire les difficultés tactiques camerounaises rencontrées face au Maroc lors de la Coupe d’Afrique. Ce genre de rencontre rappelle une vérité élémentaire. À un certain niveau, la volonté et l’engagement ne suffisent plus. Lorsque l’adversaire comprend votre organisation, neutralise vos circuits et vous oblige à jouer là où vous êtes le moins dangereux, il faut disposer d’un entraîneur capable de déplacer les pièces avant qu’il ne soit trop tard. C’est précisément cette capacité que David Pagou devra démontrer. À défaut, la Côte d’Ivoire pourrait lui infliger une sévère leçon tactique.

Et c’est là que réside mon amertume. Cette équipe nationale avait montré des choses intéressantes qu’il fallait consolider. Elle possédait des joueurs expérimentés autour desquels une transition intelligente pouvait être organisée. On pouvait injecter trois, quatre ou cinq nouveaux éléments, les observer, les intégrer et préparer progressivement l’avenir. Au lieu de cela, cette liste donne l’impression d’une révolution précipitée, comme si tout ce qui avait précédé devait être effacé pour permettre au nouvel entraîneur d’imprimer immédiatement son autorité. Je souhaite naturellement que David Pagou me donne tort, parce que lorsqu’il s’agit des Lions Indomptables, une erreur de mon analyse vaut toujours mieux qu’un échec du Cameroun. Mais je refuse de confondre patriotisme et silence. Soutenir les Lions ne signifie pas applaudir toutes les décisions prises autour d’eux.

Cette liste comporte trop de paris, trop d’interrogations et trop peu de certitudes pour ne pas susciter l’inquiétude. Le terrain rendra bientôt son verdict. Face aux Comores et au Congo, Pagou pourra encore ajuster sa mécanique. Mais lorsque se dressera la Côte d’Ivoire, l’heure des expériences pourrait brutalement prendre fin. Ce jour-là, il ne sera plus question de jeunes, d’anciens, de joueurs dociles ou de fortes personnalités. Il faudra jouer au football et gagner la bataille du banc. Et si David Pagou n’a pas préparé autre chose qu’une équipe disciplinée, Hervé Renard pourrait lui rappeler avec rudesse qu’au plus haut niveau, les soldats exécutent les ordres, mais ce sont souvent les stratèges qui gagnent les batailles. Avec cette nouvelle réorganisation de l’équipe nationale,  l’échec des lions sonnait le glas et notre souffrance reprend puisqu’on revient remuer la plaie pour guérir.

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