Mag-Afriksurseine-Mars-2024

NJIAWOUO ABDOULAYE NICANOR : UN PARCOURS EXCEPTIONNEL POUR UN DESTIN INACHEVE

NJIAWOUO ABDOULAYE NICANOR

Njiawouo, né Abdoulaye et plus tard baptisé Nicanor, restera  gravé dans nos mémoires en tant qu’un des derniers héros de la période des indépendances. Il est non seulement l’un des pionniers, mais aussi l’une des figures emblématiques des anciens élèves de l’école UPEC, et son départ laisse un vide que nous ressentons profondément. ceux qui ont  eu le privilège d’échanger avec lui à   Foumban, ont partagé avec lui  partageait sa passion pour ses idées politiques dans ce parcours admirables. Sa vie incarne la réalisation d’un destin exceptionnel, marqué par l’éclectisme, des périodes de succès, des moments de doute et des ruptures familiales, le tout surmonté par une résilience convaincant.

Né en 1929 au sein d’une humble famille musulmane à Foyet, à une vingtaine de kilomètres de Foumban, le destin l’a conduit à bénéficier par pur hasard de l’opportunité de scolarisation à l’école missionnaire protestante française de Njisse, à Foumban. Dès son plus jeune âge, cet enfant doué et particulièrement intelligent a fait preuve d’une grande détermination à se former. Ses brillantes performances scolaires au niveau primaire lui ont valu d’être le major du Cameroun au Certificat d’Études Primaires en 1945. Ses études secondaires ont été couronnées de succès avec l’obtention du Baccalauréat en sciences expérimentales en 1952 au Lycée Leclerc, où il était camarade de classe avec un certain Eteki Mboumoua. Grâce à une bourse, il a poursuivi ses études en France, à l’université de Clermont-Ferrand, en biologie.

En 1955, il s’est installé à Paris pour obtenir son DEA et son doctorat. C’est là-bas qu’il a rencontré et épousé Nguenyi Élise, une ancienne élève de Njisse bénéficiant également d’une bourse pour étudier les soins infirmiers en France, aux côtés de Germaine Ahidjo, future épouse du président du Cameroun. Très rapidement, Njiawouo Abdoulaye Nicanor s’est engagé en politique en militant au sein de l’UNEK (Union Nationale des Étudiants Kamerunais) et de la FEANF (Fédération des Étudiants de l’Afrique Noire Francophone). En 1958, alors qu’il était pressenti pour retourner au Cameroun pour diriger le Lycée Leclerc, il a choisi de rejoindre Dr. Moumié Félix Roland, qui l’a envoyé à Rabat, au Maroc, pour coordonner les relations internationales de l’UPC (Union des Populations du Cameroun).

Sous la protection de Mohamed V, qui soutenait les mouvements progressistes et indépendantistes d’Afrique, il a joué le rôle de ministre des affaires étrangères de l’UPC. Njiawouo Abdoulaye Nicanor a négocié des bourses et a ainsi contribué à la formation de nombreux jeunes Camerounais, dont le futur professeur Hogbe Nlend. En 1960, avec Dr. Moumié, il a développé la théorie du « Panafricanisme du Temps Nouveau » (PTN), qui a été adoptée par Nelson Mandela. Cette théorie visait à obtenir la paix mondiale en mettant fin aux conflits et en favorisant le développement technologique de l’Afrique pour assurer sa prospérité économique.

À la suite du décès de Dr. Moumié le 3 novembre 1960, l’UPC a été réorganisée, et Njiawouo a joué un rôle majeur. Grâce à sa position, il a eu l’opportunité de rencontrer des personnalités de renom à travers le monde, notamment Mao Tse Toung, Ho Chi Min, Mohamed V, Sekou Touré, Lumumba, Nelson Mandela, Krumah, Modibo Keita, et bien d’autres. Par la suite, sa vie a pris des chemins complexes qui l’ont conduit successivement en Algérie en 1962, où il a reçu Nelson Mandela pour une formation politique, au Soudan en 1968, où il a achevé sa thèse, et en République Centrafricaine en 1997. Dans chacun de ces pays, il a souvent joué un rôle de conseiller stratégique pour les gouvernements en place. En 2007, Njiawouo est finalement retourné au Cameroun, avec l’autorisation du président de la République Paul Biya, qu’il affirmait avoir connu à la cité universitaire d’Antony en France.

Son voyage a été semblable à l’odyssée d’Ulysse de la Grèce antique, qui, après avoir exploré les confins du monde et bravé les mers tumultueuses, et est revenu retrouver sa famille dans sa terre natale. Il a passé paisiblement ses derniers jours à Foumban, dans le quartier Nkounga, chez son fils Moise. En analysant son parcours, on peut constater qu’Abdoulaye Nicanor a connu des périodes de réussite ainsi que des moments difficiles, voire des échecs. Sans prétendre juger ses choix, on peut se demander si un retour anticipé au Cameroun aurait pu contribuer davantage au développement du pays et à l’épanouissement de sa communauté. Après tout, ce parcours exceptionnel n’a-t-il pas conduit à une impasse pour un destin qui reste inachevé ?

Ainsi, la gloire du monde passe rapidement, et nous prions pour que l’âme de Foyet accueille dignement l’âme de ce fils illustre du Triangle National.

sources (Hommage du Pr. Ndam Ndjitoyap Élie Claude à l’une des dernières figures marquantes des indépendances de l’Afrique et du Cameroun, qui vient de s’éteindre.)

(site liberté de la presse)

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