Mag-Afriksurseine-Mars-2024

LE PEUPLE D’AFRIQUE DU SUD ET LE PRIX DE L’IGNORANCE

 

L’éducation est sans doute la première clé qui transforme un peuple. Elle façonne les regards, elle éclaire les choix, elle donne du recul face aux tensions. À cela s’ajoute l’histoire, qui doit être transmise avec rigueur, car un peuple qui oublie d’où il vient finit souvent par se tromper de combat. Lorsque le système éducatif est fragile ou insuffisant, il ne faut pas s’étonner de voir surgir des comportements violents ou irrationnels, ici comme ailleurs. Ce qui se passe aujourd’hui en Afrique du Sud en est une illustration troublante. Une partie de la population, tout comme certains de ses dirigeants, donne le sentiment d’agir sans véritable recul. Au lieu de questionner les mécanismes profonds qui ont permis le pillage des richesses et l’installation d’inégalités durables, la colère se tourne vers les plus vulnérables. Des Africains venus d’ailleurs, souvent cantonnés à de petits métiers, deviennent des cibles faciles. Cette inversion des responsabilités interroge et révèle un malaise plus profond. J’ai récemment échangé avec ma sœur Edwige, en vacances  en ce moment en Afrique du Sud. Son témoignage m’a marqué. Elle parle d’un contraste presque irréel entre richesse et pauvreté. D’un côté, des quartiers modernes, vastes, qui rappellent certaines grandes villes occidentales. De l’autre, une précarité visible, persistante. Elle évoque aussi une minorité très aisée, souvent blanche, face à une majorité noire encore largement touchée par les difficultés économiques. Ce décalage nourrit des frustrations légitimes, mais celles-ci semblent mal orientées. Les Noirs d’Afrique du Sud et leurs dirigeants montrent une grande ignorance par leur manière d’agir. Au lieu de se tourner vers ceux qui sont venus piller leur pays ou s’approprier leurs richesses depuis des années, ils se retournent contre des Noirs plus pauvres, souvent cantonnés à de petits métiers.

Ce qui frappe surtout, c’est cette impression d’un manque de repères, comme si l’analyse avait cédé la place à des réactions instinctives. Ce n’est pas une question de capacité, mais bien d’encadrement et de formation. Quand l’éducation ne joue plus pleinement son rôle, les tensions sociales trouvent des issues parfois brutales. Et l’on assiste alors à des scènes qui auraient pu être évitées avec davantage de lucidité collective. Dans ce contexte, le rêve du panafricanisme apparaît lui aussi fragilisé. Des figures comme Kwame Nkrumah ou Thomas Sankara portaient l’espoir d’une Afrique unie, consciente de ses forces et solidaire face aux défis. Mais la réalité actuelle montre combien ce projet reste difficile à concrétiser. Lorsque des Africains se regardent avec méfiance ou hostilité, lorsque les divisions internes prennent le dessus, ce rêve semble s’éloigner. Non pas qu’il soit impossible, mais il exige des fondations solides, et ces fondations passent par l’éducation, la connaissance de l’histoire et une véritable volonté politique. Voyager, observer d’autres sociétés, permet souvent de mieux comprendre ces dynamiques. On réalise que chaque peuple avance à son rythme, avec ses réussites et ses fragilités. Mais une chose revient toujours. Là où l’éducation est forte, les crises existent mais elles sont mieux maîtrisées. Là où elle est défaillante, elles prennent des formes plus dures, parfois injustes. Ce qui se joue aujourd’hui n’est donc pas seulement une question locale. C’est un rappel pour tout le continent. Un appel à investir davantage dans l’intelligence collective, dans la transmission, dans la capacité à analyser avant d’agir. Car sans cela, les mêmes erreurs risquent de se répéter, encore et encore.

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