Mag-Afriksurseine-Mars-2024

LIONS INDOMPTABLES, L’ECHEC SONNE LE GLAS, IL N’Y AURA PAS DE MIRACLE

Sauf  coup du destin comme à Blida, il y a quatre ans, les Camerounais devront se résoudre à tirer de cette CAN du Maroc  autre chose que la victoire.  A quelques jours du coup d’envoi, tout annonce un échec retentissant. On n’a pas besoin d’attendre le verdict du terrain ; en sport, l’échec se prépare longtemps avant le match, dans les décisions, dans l’atmosphère, dans l’esprit collectif. Le sport n’aime ni les injustices, ni les règlements unilatéraux, ni les changements imposés dans les rancœurs. Et c’est précisément là que le Cameroun s’égare. On a écarté des joueurs qui ont qualifié l’équipe au nom d’une éthique définie par un seul camp. On a brisé un groupe en oubliant que la force d’une équipe nationale ne réside pas seulement dans la qualité de ses joueurs, mais dans la continuité, la confiance, et la loyauté autour d’un projet commun. Ailleurs, en Côte d’Ivoire, au Maroc,  les réformes du staff en pleine compétition on marché, c’est parce que l’équipe était restée soudée, pas éparpillée,  dans une  vision d’unité. Au Cameroun, elles se font dans la confrontation, la suspicion et l’humiliation. Dans notre pays, le changement naît rarement de la réflexion, mais toujours, des  querelles, des coups bas, des emprisonnements ou des assassinats.

 

C’est là toute la différence. Depuis quelques années, le football camerounais sombre, et pourtant on ne parle que d’une seule personne. Nous sommes tombés dans la folie des grandeurs, dans la personnalisation excessive, dans le culte de l’individu au détriment de l’institution. Même ce football qui, autrefois, attirait des hommes intègres, propres, est désormais infiltré par les pratiques viciées d’un pays où la morale chancelle. La jeunesse se perd, et notre équipe nationale est devenue le miroir de nos dérives ; on y accède comme dans certains petits pays voisins, par des chemins obscurs, des arrangements, des allégeances et des pratiques malsaines. Ce que beaucoup ignorent, c’est que le Cameroun est d’abord un esprit. Et cet esprit-là, celui qui a construit les Lions indomptables, celui qui a fait vibrer le continent, celui qui a servi de ciment à des générations, est en train de s’effriter. On ouvre la voie, peut-être malgré soi, à un futur  généreux  qui devra sauver ce pays,  le football sera le détonateur de cette réforme. Mais pour l’instant, le constat est clair ;  le Cameroun ne fera rien à la CAN. Cela saute aux yeux. Dans une compétition  à 48 équipes au Mondial, le grand Cameroun n’est même pas représenté. Ce n’est pas une question de faiblesse sportive, mais d’orgueil mal placé. Nous refusons d’admettre nos échecs ; nous préférons la querelle à la construction, la posture à la performance. Notre véritable problème, c’est la pauvreté, pas seulement matérielle, mais morale. Un peuple qui souffre est vulnérable à l’argent, et quand l’argent parle trop fort, la dignité se tait. On se met aux pieds de ceux qui ont les moyens, et on oublie ce qu’est un État, ce qu’est une institution, ce qu’est la noblesse du sport.

Je parle comme tout Camerounais qui pleure son pays. Je ne connais pas le ministre camerounais, il ne me connaît pas ; je ne l’ai vu de près qu’à l’amphi, lorsqu’il était chef de salle des examens à l’amphi 1002 à Yaoundé. Il y a 32 ans de cela. Je ne prends pas son parti, mais je sais qu’il applique les principes républicains. Dans cette affaire, il n’a fait qu’appliquer la légalité. Le seul staff légitime est celui validé par la Présidence, avec Marc Brys comme entraîneur. Le reste n’existe pas, quelle que soit l’agitation médiatique. Ce que je sais, c’est que, par respect pour les principes républicains, il préfère déposer les armes humblement, reconnaître la victoire de l’adversaire et respecter l’esprit olympique en tant que dirigeant d’un grand département. Il ne souhaite pas faire comme chez nous, où l’on aime tenir tête même dans la complication ; on discute, on conteste, on se bat pour les apparences. Pendant que certains s’enfoncent dans les polémiques inutiles, les Camerounais lucides savent que cette CAN se jouera avec un staff fragilisé, un groupe divisé et des institutions qui se neutralisent mutuellement. Une équipe ne peut pas gagner quand elle ne sait pas qui la dirige, qui sélectionne ses joueurs, qui assume ses résultats.

 

Le ministre ne s’est pas lavé les mains, en bon diplomate, il a mis le Fecafoot dos au mur, et ses responsables devant leur public ;  c’est le même public qui  jugera, c’est pourquoi  il laisse chacun aller au bout de sa logique et attend que les responsabilités s’assument, au grand jour. Le Cameroun arrive donc à la CAN avec deux réalités : une équipe amputée de ceux qui l’ont menée jusque-là, et une Fédération en guerre avec tout ce qui devrait l’accompagner. On tente de créer des structures parallèles, des sélections virtuelles, des légitimités inventées. Le respect se perd, le sens de l’État s’effrite, et la parole se libère au point que n’importe qui se croit autorisé à défier les institutions. Et dans tout cela, on espère un miracle. Mais les miracles ne se produisent pas quand l’esprit des Lions n’est plus celui qui les a bâtis. Le football, comme la vie, ne récompense pas la confusion, l’orgueil ou la division. Le football récompense la discipline, la cohésion et la vérité. Les Lions ne gagneront pas cette CAN, parce que ce qui les a faits grands n’est pas ce qui les accompagne aujourd’hui. Et tant que le Cameroun préférera la rancœur au consensus, le tumulte à l’organisation, l’individu à l’équipe, il ne retrouvera pas ses jours de gloire.

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