0 8 minutes 1 semaine

Le Cameroun est revenu de Brazzaville avec un point. Sur le plan comptable, l’essentiel peut paraître préservé. Sur celui du jeu, en revanche, le match nul concédé face au Congo, mardi 29 septembre 2026, laisse davantage de questions que de certitudes. Les Lions Indomptables ont été tenus en échec 1-1 lors de la deuxième journée des éliminatoires de la CAN 2027. Geltany Bantsie le a ouvert le score à la 24e minute, avant que le Cameroun n’égalise à la 53e sur un but contre son camp du gardien Melvin Zinga, provoqué par une initiative de Mahamadou Nagida. Le résultat n’est donc pas catastrophique. Le Cameroun conserve quatre points après deux journées et reste en bonne position dans son groupe. Mais une sélection de la dimension des Lions Indomptables ne peut pas éternellement se satisfaire de ses comptes lorsque son football peine à convaincre. Une qualification, si elle venait à être acquise, ne résoudrait pas à elle seule les problèmes observés à Brazzaville. À ce niveau, participer à une Coupe d’Afrique des nations ne suffit pas. Encore faut-il disposer d’une équipe capable d’y peser réellement. À Brazzaville, les Lions ont longtemps donné l’impression de chercher leur football.

Le ballon circulait sans toujours produire du mouvement, les lignes manquaient parfois de coordination et les joueurs semblaient hésiter sur les espaces à occuper. La première période fut particulièrement laborieuse. Cette impression n’est d’ailleurs pas isolée. Plusieurs comptes rendus de la rencontre ont décrit une prestation camerounaise terne et une première période difficile.  Il existe pourtant de la qualité individuelle dans cette sélection. Bryan Mbeumo, Danny Namaso et plusieurs jeunes joueurs possèdent des arguments. Mais une accumulation de talents ne constitue pas automatiquement une équipe. Le Cameroun doit encore transformer ses individualités en force collective. Il lui manque cette mécanique qui permet à chacun de savoir instinctivement où se trouve son partenaire, cette capacité à accélérer ensemble, à défendre ensemble et à imposer une identité reconnaissable. Le Congo, lui, a parfaitement compris qu’il n’avait pas besoin de faire des miracles pour inquiéter son voisin. Organisés et disciplinés, les Diables Rouges ont ouvert le score par Bantsiele après 24 minutes et ont obligé le Cameroun à courir derrière le résultat. Le huis clos a certainement retiré à cette rencontre une partie de sa dimension émotionnelle.

 

Le stade Alphonse-Massamba-Débat accueillait en effet le match sans public, son enceinte n’ayant pas été jugée conforme aux normes requises selon la presse camerounaise. Un Congo porté par plusieurs milliers de supporters aurait probablement évolué dans une atmosphère autrement plus pressante, même s’il est impossible d’affirmer que cela aurait changé le résultat. La véritable éclaircie camerounaise est venue du banc. Entré à la pause à la place de Lilian Njoh, Mahamadou Nagida a apporté de la vitesse et de la percussion sur le côté gauche. Sept minutes après son entrée, son initiative a provoqué l’égalisation camerounaise, le gardien Melvin Zinga détournant le ballon dans ses propres filets. Cette action rappelle une évidence parfois oubliée dans les grandes discussions tactiques. Quand un collectif se grippe, l’audace individuelle peut momentanément ouvrir une fenêtre. Le cas David Pagou mérite donc d’être examiné avec exigence, mais sans caricature. Son changement à la pause a contribué directement à l’égalisation. Cela doit lui être reconnu. Dans le même temps, la difficulté de son équipe à imposer une organisation claire pendant de longues séquences pose question. Le sélectionneur doit encore démontrer qu’au-delà des résultats, il peut donner aux Lions une identité de jeu suffisamment solide pour résister lorsque l’adversaire ferme les espaces ou impose un autre rythme. La comparaison avec Claude Le Roy donnait à cette rencontre une saveur particulière. L’ancien sélectionneur du Cameroun connaît intimement le football africain et les Lions. Plus de quarante ans après ses débuts à la tête du Cameroun, il se retrouvait cette fois sur le banc adverse.

 Le contraste entre son expérience et le projet encore en construction de Pagou constituait presque un match dans le match. Mais plutôt que de désigner un vainqueur tactique, la rencontre a surtout montré combien le Cameroun doit encore travailler son animation collective. Il faudra également que la sélection nationale règle la question de son ossature. Une équipe appelée à disputer une compétition continentale ne peut vivre dans une expérimentation permanente. C’est devant la Cote d’Ivoire que chacun verra nos limites. Le sélectionneur a naturellement le droit de renouveler son groupe et d’assumer ses choix. Mais à mesure que la CAN approche, une hiérarchie doit apparaître, des automatismes doivent naître et une colonne vertébrale doit s’installer. La concurrence est saine lorsqu’elle améliore l’équipe. Elle devient problématique lorsqu’elle empêche le collectif de trouver ses repères. C’est précisément là que se trouve l’avertissement de Brazzaville. Le Cameroun peut se qualifier avec ce football. Il peut même continuer à engranger des points. Mais la CAN appartient à une autre dimension. Face aux sélections africaines les mieux organisées, les approximations techniques, les mauvais placements et les longues périodes sans maîtrise se paient comptant.

Avec le niveau affiché mardi soir, les Lions risqueraient davantage de subir la compétition que de la marquer de leur empreinte. Il ne faut cependant pas condamner une équipe en construction après deux journées. Ce serait aussi injuste que de transformer chaque victoire en preuve définitive de renaissance. Cette sélection possède encore du temps, des joueurs intéressants et une marge de progression importante. La question essentielle est de savoir ce qu’elle fera de ce temps. Le Cameroun doit retrouver ce qui a construit sa réputation continentale, non pas seulement la puissance ou le fameux esprit des Lions, mais cette capacité à devenir redoutable précisément lorsque les rencontres deviennent difficiles. Brazzaville n’a donc pas été une catastrophe. Ce fut peut-être quelque chose de plus utile encore, un avertissement. Le point ramené du Congo protège le parcours comptable, mais il ne doit pas masquer les insuffisances. Les Lions sont encore en chemin. S’ils veulent aller à la CAN 2027 autrement que pour y tenir un rôle secondaire, ils devront désormais apprendre à transformer leurs individualités en équipe, leur énergie en organisation et leur prestigieux passé en football présent.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *