Mag-Afriksurseine-Mars-2024

DAVID PAGOU ET LES LIONS INDOMPTABLES ; ENTRE CONSECRATION, DOUTES ET ESPERANCES FRAGILES

La nomination de David Pagou à la tête des Lions indomptables a surpris plus d’un Camerounais. Beaucoup ne le connaissaient pas vraiment, ni moi d’ailleurs, ni le grand public. Non pas parce qu’il sort de nulle part, mais parce qu’il n’a jamais été exposé au feu des projecteurs nationaux, jamais réellement mis à l’épreuve à un niveau où l’opinion se forge un jugement. Aujourd’hui, il est sur le terrain, à la tête de la sélection fanion, et il doit prouver. Seulement, il hérite d’une maison en querelle, d’une atmosphère lourde, d’un football secoué par les règlements de compte. Avant même qu’il ne pose son projet, une question domine : qu’a-t-il déjà gagné, où a-t-il fait ses preuves, qu’a-t-il bâti de reconnu ? On attend de voir. Ce n’est pas lui qui jouera sur la pelouse, mais c’est à lui qu’on demandera des résultats. Il doit prouver, vraiment. Et beaucoup doutent qu’il ait le tempérament pour surmonter la tourmente actuelle. Comme on dit, c’est au pied du mur que le maçon sera jugé. Et il est déjà face au mur. Pourtant, certains martèlent que cette nomination est la consécration d’une longue carrière. Vingt-cinq années passées sur les bancs de touche, sans interruption ; préparateur physique chez les militaires, préparateur physique des U20, adjoint chez les A’ adjoint chez les Lions indomptables, et aujourd’hui sélectionneur principal. Qui pourrait rêver mieux, diront ses partisans. Pour lui, c’est la continuité d’une méthode, d’un tempérament, d’une manière d’être. Il affirme vouloir prolonger cette dynamique, rester fidèle à ce qui l’a conduit jusque-là. Il parle de méthodologie, de cohésion à trouver rapidement, de mayonnaise à faire prendre. « On nous attend au pied du mur, mais on va s’atteler à réussir ce pari », dit-il avec confiance. Il promet de donner tout de lui à ses joueurs, de construire une relation forte dès le premier contact. Dans son discours, il veut l’harmonie.

 

Dans la réalité, il devra composer avec la tempête. Car la situation est loin d’être claire. À quand la signature de son contrat ? Pour quelle durée ? Pour quel salaire ? Pour quels objectifs précis ? Rien n’a été expliqué à l’opinion publique. On voit davantage un règlement de comptes qu’un projet sportif structuré. Et certains y voient même la préparation, déjà, d’excuses en cas d’échec : comme si une certaine frange religieuse ou militante avait anticipé les circonstances atténuantes d’une défaite annoncée. La critique la plus forte porte sur la logique sportive elle-même. Si l’objectif était réellement de nationaliser le banc de touche, pourquoi ne pas avoir choisi un coach déjà confirmé ? Pourquoi ne pas avoir misé sur un technicien comme Towa, qui a fait ses preuves avec la Colombe du Sud, ou Yves Clément Aroga, qui s’est illustré à Bamboutos, à Dynamo ou encore à la Panthère du Ndé ? Pourquoi contourner des entraîneurs qui ont accumulé les résultats, l’expérience, et la maîtrise du haut niveau local ? Le poste de sélectionneur des Lions indomptables, vitrine du Cameroun footballistique, est l’un des plus lourds du continent. Le costume semble trop grand pour Pagou. Beaucoup pensent qu’il aurait dû d’abord diriger les Lions A’ pour apprendre la pression avant d’être propulsé à la tête de l’équipe fanion. Mais les décisions ont été prises, sans consultation, sans transparence.

 

Désormais, il n’a pas le choix ; ou il réussit, ou il sort. Le Cameroun compte pourtant des entraîneurs expérimentés dont la compétence n’est plus à démontrer. Ndoumbé Bosso est souvent cité en exemple ;  l’un des meilleurs du pays, respecté partout où il est passé, et qui n’a pourtant jamais fait partie de l’encadrement des Lions indomptables. Mais David peut être le roi David un jour, car ceux qui ont suivi son parcours se souviennent encore de ce qu’il disait lorsqu’il entraînait Mbalmayo : « Moi, un jour, je serai entraîneur de l’équipe nationale du Cameroun. » Dans ce contexte confus, la FIFA est perçue par certains comme jouant un double jeu : accepter Pagou aujourd’hui pour, demain, contester son limogeage et donner raison à ceux qui dénonceront une rupture abusive, avec à la clé des milliards à payer jusqu’en 2026. Le Cameroun, déjà habitué aux batailles juridiques inutiles, pourrait encore s’y enliser. Pourtant, sur le terrain, la vérité est plus simple ; le Cap-Vert s’est qualifié au Mondial sans grands noms ; le Nigeria regorge de stars mais peine à convaincre. Le football moderne ne se gagne plus dans les salons ni dans les querelles d’ego. Ce qui écœure, c’est cette volonté permanente d’obtenir des victoires sans base solide. Il faut bâtir, structurer, faire un vrai listing des internationaux, rajeunir la sélection, appeler les mêmes joueurs pour créer une cohésion, et surtout nettoyer les pratiques douteuses qui entourent les Lions depuis trop longtemps. Tant que la sélection dépendra des réseaux, des clans, des sympathies ou des « côtés », les meilleurs continueront à bouder sous prétexte de fausses blessures, et le Cameroun tournera en rond. David Pagou arrive donc à un moment où tout semble fragile ; la confiance, la légitimité, la cohésion, et même l’espoir. À lui maintenant de prouver. Le terrain dira la vérité. S’il réussit, l’histoire retiendra qu’un homme venu de loin a porté les Lions malgré la tempête. S’il échoue, beaucoup diront qu’ils l’avaient prévu. Quoi qu’il arrive, c’est au pied du mur que l’homme sera jugé.

Loading

Tendances

A Lire aussi