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Hier soir à Abidjan, le Cameroun affrontait la Côte d’Ivoire dans le cadre d’un match amical international qui, dans les faits, n’avait d’amical que le nom. Lorsque les Lions Indomptables et les Éléphants se retrouvent sur une pelouse, l’histoire, la fierté et la rivalité sportive prennent rapidement le dessus sur le caractère officiel ou amical de la rencontre. Entre ces deux grandes nations du football africain, chaque confrontation ressemble à un défi, presque à une finale avant l’heure. Hervé Renard lui-même l’avait rappelé avant la rencontre en affirmant qu’au niveau international, il n’existait pas véritablement de match amical. Et Bryan Mbeumo avait annoncé, côté camerounais, une rencontre à aborder avec l’intensité d’un match de Coupe d’Afrique. Le décor était donc planté. Il ne s’agissait pas simplement de jouer, mais de se mesurer, de s’évaluer et, surtout, de gagner.

Pour le Cameroun, cette rencontre avait une importance particulière. Elle devait permettre de mesurer les progrès accomplis sous David Pagou, un entraîneur dont les choix ont suscité beaucoup d’interrogations et parfois de sévères critiques. Face à un adversaire de la dimension de la Côte d’Ivoire et, surtout, à Abidjan, il fallait voir si son équipe était capable de résister à la pression, de produire du jeu et de montrer suffisamment de personnalité pour justifier la confiance placée en elle. Pour les Ivoiriens, l’enjeu était également considérable. Hervé Renard, revenu sur un banc qu’il connaît bien, poursuit la reconstruction d’une sélection dont il doit progressivement redéfinir les principes de jeu. Le technicien français avait d’ailleurs profondément remanié son équipe pour cette rencontre, utilisant ce rendez-vous pour observer plusieurs nouveaux visages. Sur le terrain, le Cameroun a répondu présent. Les Lions ont affiché de la maîtrise, de la discipline et surtout cette tranquillité psychologique qui manque parfois aux équipes lorsqu’elles évoluent loin de leurs bases. La première période, achevée sur un score nul et vierge, fut disputée. Les deux équipes se sont observées, ont cherché les espaces et se sont procuré des situations intéressantes.

Mais le Cameroun a donné l’impression de savoir où il voulait aller. Sa meilleure maîtrise globale du jeu a d’ailleurs été relevée dans les comptes rendus de la rencontre. Il manquait seulement aux Lions ce geste décisif qui transforme une bonne prestation en victoire. Et puis vint la reprise. Une minute seulement après le retour des vestiaires, le Cameroun frappa. À la 46e minute, Bil Nsongo trouva le chemin des filets sur une passe d’Arthur Avom et donna l’avantage aux Lions Indomptables. Ce but inscrit immédiatement après la pause n’est pas anodin. Il peut aussi être lu comme le signe d’une équipe revenue des vestiaires avec des intentions précises et capable de transformer rapidement les enseignements de la première période en efficacité offensive. A partir de cet instant, il fallait accomplir une autre mission, peut-être plus difficile encore. Il fallait savoir conserver cet avantage contre une Côte d’Ivoire poussée par son public et déterminée à revenir. C’est à ce moment que le Cameroun a montré un autre visage intéressant. Celui d’une équipe capable de souffrir sans paniquer, de défendre collectivement et de conserver sa sérénité. David Pagou a d’ailleurs insisté après la rencontre sur la force mentale et la discipline de ses joueurs, expliquant que son groupe avait travaillé sur la nécessité de bien défendre et de rester compact. Le résultat lui donne raison puisque le Cameroun a quitté la pelouse sans avoir encaissé le moindre but.

Il faut aussi retenir la qualité générale de cette confrontation. Voilà le genre de rencontres que l’Afrique gagnerait à multiplier. Même lorsqu’elles sont inscrites au calendrier comme des matchs amicaux, les oppositions entre grandes nations africaines doivent conserver cette exigence. Le football n’est pas seulement l’obligation de gagner. Il est aussi spectacle, intensité, engagement, mouvement, intelligence tactique et plaisir offert au public. Camerounais et Ivoiriens ont rappelé que les matchs amicaux peuvent être de véritables laboratoires du football africain lorsqu’ils opposent deux équipes qui refusent de tricher avec le jeu. Pour la Côte d’Ivoire, cette défaite doit être considérée comme un avertissement plus que comme une catastrophe. Hervé Renard est revenu avec un projet, de nouveaux joueurs et la volonté d’installer progressivement ses principes. Un match de préparation sert précisément à identifier ce qui fonctionne et ce qui doit encore être corrigé. La Côte d’Ivoire possède suffisamment de talents et d’expérience pour tirer les enseignements de cette soirée. Pour le Cameroun, en revanche, cette victoire peut avoir une portée psychologique beaucoup plus importante. Gagner 1-0 à Abidjan contre la Côte d’Ivoire n’est jamais insignifiant.

Le faire avec une équipe qui apprend encore à se connaître donne davantage de valeur au résultat. Les jeunes Lions semblent progressivement comprendre que porter ce maillot exige autre chose que du talent. Il faut également hériter de cette force mentale qui a construit la légende des générations précédentes. Le Cameroun s’est rarement défini uniquement par la beauté de son football. Sa grandeur sportive s’est aussi construite sur sa capacité à ne pas avoir peur, à voyager sans complexe et à considérer qu’aucune pelouse étrangère ne lui interdit de gagner. C’est peut-être cela que nous avons retrouvé à Abidjan. Une équipe camerounaise qui n’est pas entrée sur la pelouse en demandant la permission d’exister. Elle a joué avec sérénité, personnalité et discipline. Elle a marqué au moment opportun, puis elle a protégé son avantage avec cette détermination qui appartient à l’histoire des Lions Indomptables. Cette jeunesse commence à comprendre que le poids du maillot camerounais ne doit pas être vécu comme une charge, mais comme un héritage. Et puis il y a David Pagou. Nous avons le droit de critiquer un entraîneur lorsqu’il se trompe. Nous devons également avoir l’honnêteté de reconnaître ses progrès lorsque les résultats et le terrain commencent à lui donner raison. Cette victoire ne signifie évidemment pas que tous les problèmes du Cameroun sont résolus ni que Pagou est soudainement devenu intouchable. Un sélectionneur se juge dans la durée.

Mais quelque chose est peut-être en train de changer. Après la rencontre, Pagou a expliqué que son équipe se rapprochait progressivement de son onze type. Cela signifie qu’il cherche, expérimente, corrige et construit. Alors, peut-être faut-il commencer à croire en David Pagou. Non pas lui signer un chèque en blanc, non pas renoncer à l’exigence qui accompagne naturellement la sélection camerounaise, mais lui reconnaître le mérite de cette soirée d’Abidjan. Un entraîneur capable d’écouter, de corriger ses erreurs et de faire progresser son équipe mérite qu’on lui accorde du temps lorsque les signes d’amélioration deviennent visibles. Le Cameroun reste une grande nation du football africain. Les générations passent, les entraîneurs changent, les périodes de doute surviennent, mais quelque chose demeure dans l’imaginaire de ce maillot. Les jeunes qui arrivent aujourd’hui ont regardé leurs aînés. Ils connaissent les histoires de conquêtes, les grandes batailles africaines et les exploits réalisés loin de Yaoundé et de Douala. À eux désormais d’écrire leur propre histoire. La victoire d’Abidjan ne donne encore aucun trophée au Cameroun. Elle ne doit donc provoquer ni triomphalisme excessif ni certitudes prématurées. Mais elle envoie un signal. Les Lions sont peut-être en train de retrouver quelque chose d’essentiel, cette conviction intime qu’ils peuvent regarder n’importe quel adversaire dans les yeux et lui dire qu’ils sont venus pour gagner. Et lorsque le Cameroun retrouve cette force mentale, cette discipline et cette absence de complexe, il redevient dangereux. Très dangereux.

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