La rentrée des classes au Cameroun, dans les années où Adamou Ndam Njoya fut ministre de l’Éducation nationale, reste pour beaucoup un souvenir ineffaçable. Son nom se confondait avec le système éducatif, tant son empreinte fut forte et durable. Il est resté dans les mémoires comme le père de l’éducation camerounaise, celui dont la réforme permit de bâtir des écoles d’élite et de former des élèves d’élite. Dans chaque établissement, des proviseurs et surveillants généraux appliquaient fidèlement l’idéologie éducative impulsée par son ministère. À l’école primaire, les enfants connaissaient déjà son nom : il incarnait l’autorité bienveillante et la rigueur scolaire. Les vacances, avant la reprise des classes, avaient un parfum particulier. Les enfants passaient leurs journées à aider leurs grands-parents aux champs : récoltes de maïs, d’arachides, de manioc… ou encore à cueillir les mangues et les prunes. Partout flottait une odeur sucrée qui annonçait la fin de la saison de pluie et le retour prochain des cours. On s’oubliait dans la liberté des vacances, pressés d’y plonger, mais dès que sonnait l’heure de la rentrée, l’école reprenait naturellement sa place.
Le Cameroun, terre de pluies abondantes entre avril et octobre, voyait dans ses établissements en béton des refuges solides : non seulement lieux d’apprentissage, mais aussi abris sûrs en cas d’orage ou même centres d’accueil lors de dégâts causés par la saison pluvieuse. À l’époque, on n’avait pas beaucoup de manuels scolaires ni de fournitures. Mais on ressortait de l’école avec une instruction solide et surtout avec des valeurs profondes : le respect des aînés, la tolérance, la fraternité, la discipline. Ces qualités humaines faisaient autant partie de l’éducation que les leçons de lecture, d’écriture ou de calcul. Les classes n’étaient pas toujours mixtes. Les écoles étaient mixtes, et il arrivait que seule une élève féminine soit admise dans une classe d’hommes. Ces pionnières restent gravées dans les mémoires de ceux qui vécurent cette époque. La rentrée scolaire se faisait généralement en septembre, même si dans certaines zones rurales elle pouvait être retardée à octobre. La raison en était simple : la population étant en majorité composée de paysans, les enfants représentaient des bras indispensables pour rentrer les récoltes.
La rentrée n’était pas qu’un rendez-vous scolaire, c’était aussi une organisation collective, adaptée au rythme des campagnes et aux besoins agricoles. Cette particularité rejoignait d’ailleurs une logique partagée dans d’autres cultures, comme dans la France rurale d’autrefois, ou encore dans les traditions influencées par le calendrier hébraïque, où octobre symbolisait un nouveau cycle. Aujourd’hui, à l’ère du numérique, de l’intelligence artificielle et du matérialisme, nombreux sont ceux qui regrettent cette époque. L’école d’antan, bien que modeste en moyens, était riche en humanisme et en moralité. Les relations humaines, l’effort partagé, la simplicité des vacances et l’importance donnée aux valeurs de la communauté laissaient une empreinte indélébile. Ces souvenirs, transmis par les aînés aux plus jeunes, nourrissent une nostalgie douce et amère : celle d’une école qui formait non seulement l’esprit, mais aussi le cœur et le caractère. Voilà pourquoi, encore aujourd’hui, le nom d’Adamou Ndam Njoya demeure dans la mémoire collective camerounaise : non pas seulement comme un ministre, mais comme le symbole d’une époque où l’éducation avait le pouvoir de bâtir des hommes et des femmes d’élite, empreints de respect, de fraternité et de dignité.
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