Mag-Afriksurseine-Mars-2024

IL FAUT CHOISIR LA FRANCE COMME ON AIMAIT MOLIERE

La France est un grand pays, n’en déplaise à certains membres de la diaspora qui, tout en profitant de ses bienfaits, la combattent. Nos propres pays ne nous ont pas offert ce que nous réclamions, et nous nous sommes retrouvés contraints de déambuler à travers le monde. La France, elle, ouvre des possibilités même à ceux qui n’ont pas de papiers : elle leur offre d’abord les soins, et ses associations, solidement organisées, leur permettent de trouver un toit ou au moins un repas quotidien. Et lorsque l’on obtient enfin ses papiers, toutes les opportunités s’ouvrent : formations gratuites, travail, accueil dans la société. Tout cela est possible grâce aux clés de l’intégration, sans qu’il soit demandé de payer quoi que ce soit. Dites-moi, quel autre pays au monde offre de telles chances ? Contrairement à d’autres puissances coloniales, la France est le seul pays à n’avoir jamais instauré de ségrégation raciale systémique, et cela constitue un avantage majeur sur bien des nations.
La vie est un processus d’évolution : tous les peuples avancent ainsi. Mais l’Afrique, après plus de soixante ans d’indépendance, demeure encore attachée, hésitante, comme un enfant qui refuse d’apprendre à marcher. Voilà pourtant un pays, la France,  qui facilite l’intégration à tous les niveaux. Sa plus grande qualité reste sa capacité à se faire respecter comme modèle de droit. Ceux qui l’ont observée de près témoignent : c’est un pays ouvert au monde. Ne parlons pas seulement des guerres : elles ne sont pas toujours imposées de l’extérieur, ce sont souvent nos propres frères que l’on dresse les uns contre les autres, et parfois, c’est nous-mêmes qui allons rallumer le feu. J’ai enquêté sur ces violences et les résultats sont accablants : derrière chaque conflit, se cachent des luttes de pouvoir, des manœuvres sournoises, orchestrées par nos élites dès qu’elles sont écartées du trône. Ce n’est pas un ennemi lointain qu’il faut accuser, mais nos propres mains qui ensanglantent la terre. Et comment ne pas voir le rôle de Kabila, dont l’ombre pèse encore sur le destin du grand Congo ? Son héritage de fractures, d’intrigues et de calculs politiques marque le présent comme une cicatrice mal refermée. Voilà pourquoi ce pays immense ploie aujourd’hui sous le poids de ses blessures, non par fatalité, mais parce que ses propres enfants l’ont trahi.
Pour moi, la langue française est une langue fluide et mélodique, une langue qui permet de développer une pensée et d’affiner un sens. J’en garde jalousement la culture, car elle m’a aidé à comprendre la vie et le monde. Les pays qui tournent totalement le dos à la France commettent une erreur : nous ne sommes pas encore capables de nous organiser en profondeur. Je crois à une relation bilatérale, où chacun trouve des opportunités dans le respect de la dignité humaine.  L’Afrique Francophone n’a pas encore les moyens de s’affirmer intellectuellement dans de nombreux domaines – la technologie, l’industrie de la santé, l’aéronautique  et surtout, elle n’a pas les ressources pour se défendre courageusement. Un grand pays comme la RDC, incapable de résister face au petit Rwanda, en est l’exemple criant. Nous parlons d’indépendance, mais nous vivons encore dans les murs des rêves et des illusions. Vivre en Afrique, aujourd’hui, c’est se sentir dépaysé dans son propre pays, sans espoir ni avenir tangible : tout y est verrouillé. Voilà pourquoi l’exil s’imposait. Et l’on ne comprend pas pourquoi toutes nos élites, qui ont vécu en France, repartent sans rien dire, sans laisser un mot, sans transmettre leur expérience.
J’aime la France parce qu’elle m’a offert sa langue, ce langage qui m’a permis de comprendre l’imaginaire collectif du monde. Ses analyses de l’action sociale, du changement, des luttes identitaires et linguistiques m’ont servi de boussole, dans ce pays où il m’a fallu apprivoiser mémoire, silences et contradictions. Avec le temps, j’ai compris qu’il fallait d’abord se tourner vers les écrivains de France, non pas pour s’y perdre ou s’y juger, mais pour y apprendre l’art secret de se reconstruire. Zola, Anatole France, Balzac, plus loin Voltaire ou Montaigne : tous m’ont ouvert une voie, non parce qu’ils débattaient de leurs propres démons nationaux, mais parce qu’ils montraient comment une société peut, dans ses contradictions, se hisser à la hauteur de ses valeurs. À travers eux, j’ai découvert que la France demeure, malgré ses blessures et ses tensions, ce pays singulier qui, dans un même élan, cherche à préserver ses structures anciennes tout en nourrissant l’ardente aspiration à la liberté. Lire la France, c’est apprendre à lire le monde. Elle m’a enseigné à voir l’histoire comme un mouvement double : rigueur des institutions d’un côté, désir irrépressible d’émancipation de l’autre. Elle m’a appris à observer le changement social, à reconnaître qu’un pays se comprend par l’entrelacs de ses structures et de ses acteurs, de ses valeurs et de ses institutions.
La France rassemble, elle fédère, et même ses fractures sont souvent des points de soudure qui révèlent ses débats intimes : entre la mémoire laïque et les pluralités nouvelles, entre la crainte des intrusions et la défense des libertés fondamentales. Je crois qu’il m’aurait été demandé, dans cette école des lettres et des hommes, de dépasser les réflexes de peur ou de provocation pour poser les vraies questions : qu’est-ce qui se transforme dans notre vivre-ensemble ? Comment les migrations, les croyances, les pratiques nouvelles redessinent-elles ce pays que j’aime ? Quels sens veulent imposer ses acteurs, et quelles oppositions se lèvent ? Où cela nous mènera-t-il ? Alors, les prières de rue ne sont plus seulement des gestes de foi : elles deviennent des fenêtres ouvertes sur nos contradictions collectives, sur ce dialogue fragile entre le « Nous » et le « Eux ».
Et moi, qui ai traversé cette terre d’un bout à l’autre, je sens venir le temps de la gratitude. Oui, la France est un grand pays, et son aura continue de lui donner ce pouvoir d’éclairer au-delà de ses frontières. Je ne suis pas un mendiant qui plie le genou, mais un écrivain qui croit que chaque conscience a son heure. Nos enfants, assis dans de bonnes écoles, nous rappellent que chaque génération écrit sa propre phrase dans le grand livre commun, qu’elle soit africaine, arabe ou indienne, inscrivant ses mutations, ses fissures et ses improvisations. Plutôt que de tourner le dos ou de crier dans la rue par colère, mieux vaudrait, me semble-t-il, suivre la grande leçon de ce pays : observer, comprendre, et agir avec intelligence. Car c’est ainsi, et seulement ainsi, que la France pourra rester forte. La France est un grand pays.

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