ROGER DIEUDONNE MVOGO
Au Cameroun, l’incapacité persistante des partis d’opposition à s’unir, en particulier à l’approche de l’élection présidentielle du 12 octobre 2025, illustre, une fois de plus, le profond divorce entre morale et politique. Cette situation, qui pourrait bien préparer le terrain à une nouvelle victoire du président Paul Biya, met en lumière une dynamique politique dont les racines plongent dans une tradition intellectuelle ancienne : celle de la difficile conciliation entre l’éthique et la conquête du pouvoir. Depuis des siècles, philosophes et penseurs politiques débattent de la relation entre la morale et la politique. De Machiavel à Rousseau, en passant par Platon et Aristote, les opinions ont divergé : certains y voyaient une incompatibilité radicale, d’autres, au contraire, appelaient à une synthèse nécessaire.
Aujourd’hui encore, cette tension persiste dans les pratiques politiques, notamment dans les États où la démocratie reste un chantier permanent. Dans ce contexte, l’élection présidentielle de 2025 s’annonce comme un révélateur des carences de l’opposition. Plutôt que de s’unir autour d’un projet commun, les leaders de l’opposition camerounaise semblent prisonniers de leurs ambitions individuelles, de leurs désaccords idéologiques ou d’une méfiance mutuelle devenue structurelle. Ils échouent à incarner une véritable alternative, non par manque de moyens, mais par absence d’une vision commune portée par des principes moraux solides. Cette fragmentation dessert non seulement leur propre cause, mais également l’image d’une démocratie en quête de maturité. Car la morale en politique ne se résume pas à des déclarations d’intention ; elle s’exprime dans la capacité à faire des compromis, à transcender les intérêts personnels au profit de l’intérêt général, à se montrer respectueux envers les institutions et les adversaires politiques.
Ce sont ces vertus qui, paradoxalement, semblent mieux intégrées aujourd’hui par les militants et dirigeants du parti au pouvoir que par ceux qui prétendent incarner l’alternance. Le peuple camerounais, dans sa majorité, a su au fil du temps distinguer la vraie politique – celle qui construit, rassemble et stabilise – de celle qui divise et déstabilise. Malgré les difficultés sociales, économiques ou institutionnelles, les Camerounais restent attachés à la paix, à la stabilité, et à un idéal de vivre ensemble. C’est probablement ce qui explique leur fidélité continue aux institutions et à leur président, en qui ils perçoivent un garant de cette stabilité, indépendamment de l’âge ou du temps passé au pouvoir. En ce sens, l’échec de l’opposition à proposer une candidature unique, ou du moins un front commun face au RDPC, peut être interprété comme une défaite morale. Elle trahit une incapacité à comprendre que la politique ne se limite pas à la stratégie ou à la tactique électorale, mais qu’elle est aussi, et avant tout, un engagement éthique. Là où certains partis au pouvoir s’efforcent de conjuguer morale et gouvernance, certains leaders de l’opposition semblent encore confondre leadership politique avec ambition personnelle, alimentant calomnies, médisances, et comportements irrespectueux, y compris envers les femmes investies d’autorité administrative.
En refusant de s’unir, en privilégiant les querelles internes au détriment d’un projet collectif, l’opposition camerounaise semble avoir renoncé à incarner l’espoir d’un changement démocratique crédible. Ce renoncement, qu’on ne saurait attribuer uniquement à la peur ou aux circonstances, témoigne d’un manque de profondeur morale, d’un déficit de vision. Ce n’est donc pas seulement un choix stratégique malheureux : c’est un symptôme d’une crise de la morale en politique. À l’inverse, cette situation renforce la légitimité du RDPC et de son candidat naturel, le président Paul Biya, dont les partisans considèrent que sa longévité au pouvoir repose justement sur sa capacité à conjuguer sagesse politique, vision à long terme et attachement aux valeurs républicaines. Le choix des électeurs, dans ce contexte, apparaît alors comme un choix rationnel et moral : celui de la continuité, de la stabilité et de la confiance en un leadership qui, malgré les critiques, a su maintenir la paix et les équilibres fondamentaux de la société camerounaise.
Finalement, cette incapacité de l’opposition à s’unir ne fait que confirmer une vérité déjà observée ailleurs : la morale et la politique, loin d’être incompatibles, ne sont incompatibles que là où les mentalités ne sont pas prêtes à les concilier. Tout est question d’état d’esprit, de culture politique, de volonté de dépasser les egos au service d’une cause plus grande. Si l’opposition n’est pas capable de faire ce chemin, il est peu probable qu’elle parvienne un jour à conquérir le pouvoir par les urnes, malgré la bonne foi du président Biya, qui a toujours garanti des élections libres et transparentes, en espérant qu’un jour l’alternance soit possible. En attendant, les Camerounais continuent de faire le choix du connu sur l’inconnu, du réel sur l’illusion, et surtout, du rassemblement sur la division. Et dans cette configuration, la victoire du RDPC et de Paul Biya au scrutin présidentiel d’octobre 2025 semble, une fois de plus, inévitable.
Dr. Roger Dieudonné Mvogo, Ph. D
Internationaliste, Consultanten management
et gestion des organisations
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