Mag-Afriksurseine-Mars-2024

SA MAJESTE LE ROI MVEIMANI SOMBO AMBA, AUTORITE, HERITAGE ET MUTATIONS : REGARDS CROISES SUR UNE CEREMONIE D’ENVERGURE

La récente cérémonie d’adoubement de près de quatre cent vingt notables à la chefferie supérieure des Sanaga, Ndjanti, Baveuk et autres, présidée par Sa Majesté le roi Mveimani Sombo Amba, s’inscrit dans une dynamique qui mérite d’être observée avec attention et mesure. L’événement, à la fois solennel et chargé de symboles, a donné lieu à une prise de parole marquée par un attachement profond aux valeurs traditionnelles et à l’organisation communautaire. Le souverain y a rappelé qu’un chef ne saurait gouverner isolément et qu’il s’entoure nécessairement d’un conseil de notables, choisis parmi les fils et filles jugés dignes de leur territoire. Ce conseil, investi d’une mission d’accompagnement et d’orientation, se voit confier la responsabilité de participer à la conduite des affaires du royaume et à l’équilibre des décisions collectives.

Dans cette perspective, l’élévation de certains membres de la communauté à une dignité reconnue apparaît comme un geste à la fois exemplaire et fédérateur. Elle traduit la volonté de donner à voir une culture vivante, une tradition assumée et une capacité d’organisation qui ne se réduit pas aux regards extérieurs. Le mot servir semble avoir été placé au cœur de cette démarche, comme un principe à la fois simple et exigeant, qui engage ceux qui en sont investis à se mettre au service du bien commun. Le roi, dont la posture est souvent décrite comme réfléchie et mesurée, incarne  une forme d’autorité attentive aux équilibres. Il observe avant d’agir, écoute avant de se prononcer, et inscrit son action dans une continuité historique tout en cherchant à répondre aux réalités contemporaines. En procédant à ces nominations, il affirme une certaine vision de l’organisation territoriale et rappelle, de manière implicite, les responsabilités qui incombent à chacun au sein de la communauté. Toutefois, cette initiative suscite également des interrogations, parfois exprimées à voix basse, parfois plus ouvertement.

Certains s’interrogent sur l’évolution des équilibres traditionnels. La transformation de chefs de village en notables d’une chefferie supérieure ne risque-t-elle pas de redéfinir les rapports d’autorité établis depuis des générations. Une telle structuration pourrait-elle, à terme, affaiblir l’autonomie des entités locales ou modifier la manière dont les décisions sont perçues et appliquées sur le terrain. D’autres encore y voient l’expression d’une ambition plus large, peut-être une volonté d’unification accrue, dont les contours restent à préciser. Dans le même temps, il serait réducteur de ne considérer cette démarche que sous l’angle des tensions potentielles. Le règne de ce souverain s’inscrit aussi dans une dynamique de développement tangible. L’expansion de la localité de Ngoro, l’amélioration des infrastructures, l’accès renforcé à l’électricité et aux moyens de communication témoignent d’une évolution concrète. L’attention portée à la préservation des terres, face à des pratiques de cession parfois jugées préoccupantes, traduit également un engagement en faveur du patrimoine collectif. Sur ce point, la vigilance exprimée par le chef rejoint une préoccupation largement partagée, celle de protéger un héritage qui ne saurait être réduit à une valeur marchande. L’un des premières batailles du chef Sombo c’est  la vente des terres, lesquelles sont  cédées à vil prix. Une telle position, empreinte d’un souci de préservation, peut être tenue pour noble, là où d’autres peuples voisins  n’ont pas toujours su engager une démarche comparable. Il semble difficile de ne pas soutenir un tel engagement, tant la nécessité de protéger les terres s’impose avec évidence. A cet égard, une expérience personnelle vient éclairer ce constat.

A Paris, un voisin camerounais se réjouissait de me compter parmi ses proches, évoquant avec satisfaction l’acquisition, il y a une dizaine d’années, de onze hectares dans ma contrée pour la somme de six cent quarante mille francs. Je préfère taire le nom du village afin d’éviter toute polémique. Cette situation m’avait profondément révolté, au point de mettre un terme à nos relations. Dès lors, la question se pose avec nuance. Comment concilier la nécessaire cohésion d’un ensemble élargi avec le respect des spécificités locales. Comment renforcer l’unité sans effacer les identités qui la composent. Et jusqu’où une centralisation accrue peut-elle être perçue comme un levier de développement plutôt que comme une contrainte. Certains y voient le développement d’un culte de la personnalité, une tendance mégalomaniaque à la manière de Jean-Bedel Bokassa, ou encore une forme d’autoritarisme qui glisse comme une vipère sous les feuilles. On perçoit, selon eux, que le chef Sombo serait en train de bâtir son empire et qu’il nourrirait de grandes ambitions. D’aucuns estiment avoir presque assisté à un couronnement, évoquant la marche à genoux vers la tribune pour recevoir la bénédiction, le geste d’aspersion rappelant celui d’un évêque bénissant les ouailles, ainsi qu’un discours aux accents de consécration pouvant être interprété comme une invite à la soumission. Certains, enfin, avancent avec ironie que le noble peuple Mbamois verrait ainsi naître ce qui pourrait s’apparenter à une première forme d’empire avec bien évidemment une belle dénomination de Sombo 1er.

Même le patriarche Khatou, homme sage et  adulé à son heure n’avait atteint une telle mégalomanie. Les intellectuels investis de responsabilités peuvent parfois être enclins à étendre leur influence auprès de populations dont les ressources de formation ont été plus limitées. Qu’un chef fasse preuve d’une écoute attentive relève d’une exigence naturelle, -avoir des larges oreilles –  de même que le rôle de ses émissaires consiste à l’éclairer et à porter ses orientations. Il demeure toutefois légitime de s’interroger sur la portée d’une démarche qui consisterait à intégrer des chefs de village, historiquement autonomes, au rang de grands notables. La tendance autocratique est bien visible.  La présence, lors de cette cérémonie, de personnalités reconnues telles que le professeur Owona Nguini rappelle par ailleurs que la communauté Mbamoise a toujours porté en son sein des figures d’envergure, parfois méconnues, mais néanmoins influentes. Cette reconnaissance tardive ou redécouverte invite à reconsidérer la richesse humaine et intellectuelle de cette région. L’événement apparaît comme un moment charnière, à la fois porteur d’espoir et source de questionnements légitimes. Il invite à un accompagnement lucide, ni aveugle ni systématiquement critique, mais attentif aux effets réels des décisions prises. Lorsqu’un chef se veut rassembleur et soucieux du devenir de son peuple, il semble naturel de lui accorder une écoute bienveillante. Encore faut-il que cette confiance s’inscrive dans un dialogue constant, où les interrogations trouvent leur place sans altérer l’essentiel, à savoir la recherche d’un équilibre durable au service de tous. Nous voici devant un grand peuple qui se fortifie, se rassemble et s’identifie ; cela est essentiel pour les générations futures : Il n’y a pas lieu d’en éprouver de l’inquiétude ou redouter un homme qui fait connaitre sa région. N’ayez pas peur.

Loading

Tendances

A Lire aussi