Michel Lobé Etamé
Journaliste Indépendant
Une conférence internationale pour le soutien à la population et à la souveraineté du Liban s’est tenue la semaine dernière à Paris. Elle a réuni près de 70 pays et a mobilisé près d’un milliard de dollars, a annoncé le chef de la diplomatie française, Jean Noël Barrot. Cette solidarité sélective ne prend pas en compte les guerres destructrices en Afrique et encore moins la détresse des domestiques africaines, grandes oubliées d’une guerre aux conséquences imprévisibles pour elles. Elles restent sur le carreau dans un pays où leurs droits ne sont pas reconnus en tant qu’êtres humains. Ce sont les grandes oubliées d’un conflit où l’horreur s’ajoute à leur précarité mentale.
Ces dames de l’ombre, livrées à elles-mêmes, végètent dans un environnement chaotique. Elles sont privées de leurs passeports confisqués par leurs bourreaux de patrons qui en font leurs objets sexuels et qui s’en débarrassent comme de simples serpillières. Depuis le début de cette guerre, aucun gouvernement africain ne s’est penché sur leur sort. Ces gouvernements ne peuvent ignorer leur détresse, leur cri et leur souffrance qui les transforment en paria dans un pays où leur rôle est d’avance situé au bas de l’échelle sociale, telles des bêtes. Quel regard pouvons-nous porter sur les conditions de survie de nos sœurs dans un Liban en guerre ? Au mois de juillet de cette année 2024, certains pays africains tels que le Kenya, le Burundi et l’Ethiopie ont signé des accords bilatéraux pour l’envoi de domestiques vers le Liban.
Leur condition d’hébergement et de travail n’ont pas été pris en compte et sont livrées à des abus sexuels, physiques qui outrepassent le droit du droit. Douze femmes kényanes en colère viennent de dénoncer au grand jour « un trafic d’êtres humains » et des faits « d’esclavage moderne » au Liban. Les pays signataires de ces accords bilatéraux pouvaient-ils ignorer le sort réservé à leurs compatriotes séquestrées et battues comme des bêtes de somme ? L’Afrique noire réalise-t-elle qu’elle est complice et cautionne en toute conscience un trafic de ses propres enfants ? Cette situation peut nous interroger quand nous voyons les libanais s’installer en masse en Afrique depuis leur crise économique de 2019. Nous en portons l’entière responsabilité car la corruption pratiquée dans nos pays est criarde et n’émeut plus personne.
Elle est normalisée et les immigrés libanais en place l’active, la pratique et tiennent nos dirigeants comme des chiens en laisse. Pauvre Afrique ! « Je ne vois pas en quoi envoyer nos filles en esclavage peut être considéré comme un progrès » a déclaré l’éthiopienne Banchi Yimer, qui fut employée comme domestique au Liban durant sept années. Cette déclaration peut-elle amener nos dirigeants à mettre fin à un trafic d’êtres humains dont le but inavoué est de rentrer les devises étrangères dans nos pays rompus à la corruption ? Du point de vue économique, les immigrés libanais en Afrique noire apporte-t-il un coup de pouce au développement ? Certainement pas. Ils jouissent pourtant des faveurs des pouvoirs en place sevrés par la corruption. Ce partenariat honteux, une fois encore, met en lumière la faillite intellectuelle de nos élites qui ont perdu leur âme pour l’argent facile et sale.
L’’esclavage transatlantique est terminé. Mais l’esclavage arabo-musulman se poursuit dans sa forme moderne. Devinez qui en sont les nouveaux maitres ? Nos propres dirigeants. Ils ne peuvent ignorer que la communauté libanaise, solidement implantée en Afrique noire et bénéficiant de la double ou triple nationalité effectue tous les ans un pèlerinage dans leur pays. A l’occasion, ils se font accompagner par leurs domestiques noires avec la complicité effective de nos dirigeants corrompus.
Le procès intenté par la kényane Mediatricks Khasandi contre son pays pour trafic d’êtres humains et esclavage moderne au Liban ne peut nous laisser indifférent. Il nous éclaire, une fois de plus, sur la faillite morale de nos systèmes corrompus et irresponsables à la merci des corrupteurs. Nos forces vives continuent à crever en Méditerranée alors que les libanais, depuis leur crise économique de 2019 s’installent en Afrique noire et nos dirigeants continuent à vivre dans un grand déni sur fond de corruption délibérée.
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