Mag-Afriksurseine-Mars-2024

ETRANGERS AU GABON : ET SI LA DECISION D’OLIGUI NGUEMA ETAIT FONDEE

Depuis plusieurs jours, le Gabon a décidé de verrouiller l’accès aux « petits métiers » pour les étrangers, une décision qui a suscité de vives réactions au sein de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC). La diaspora camerounaise est particulièrement présente au Gabon, à mon époque le nombre de camerounais au Gabon était de 200 mille têtes. Mais derrière cette querelle diplomatique et populaire, se dessinent des enjeux plus profonds : la valorisation de la souveraineté gabonaise, la gestion des flux migratoires, et la question de l’équilibre économique dans la sous-région.

 

Le Gabon, pilier économique de la CEMAC

Contrairement à certaines perceptions, le Gabon s’est affirmé ces dernières années comme un acteur majeur de la CEMAC. En 2025, le pays est même devenu le premier contributeur devant le Cameroun, dépassant ainsi son voisin qui pourtant revendique son rôle historique de locomotive économique. Cette évolution témoigne non seulement de la richesse des ressources gabonaises, mais aussi de la nécessité pour ses dirigeants de protéger un marché du travail fragilisé par l’afflux massif de travailleurs étrangers.

 

La décision de protéger les petits métiers

Le président du Gabon, Brice Clotaire Oligui Nguema, a fait le choix d’encadrer davantage l’accès des étrangers aux activités dites « de subsistance ». Cette mesure trouve son origine dans ses expériences vécues au Sénégal et en Afrique de l’Ouest, où la protection du marché intérieur est une priorité des priorités. Dans ces pays, expliquent certains observateurs, il est très difficile pour un étranger de prospérer durablement dans le commerce local sans rencontrer de résistances. En prenant cette décision, Oligui Nguema veut rappeler que la priorité d’un État est de garantir d’abord le bien-être de ses citoyens avant de penser à l’ouverture illimitée de ses marchés. Beaucoup de pays de l’Afrique de l’ouest le faisaient déjà.

 

Les tensions avec le Cameroun

La réaction des influenceurs camerounais, à travers l’appel à une pétition, illustre la sensibilité de la question. Le Cameroun, qui compte près de 200 000 ressortissants au Gabon, redoute de voir ses diasporas fragilisées par ces mesures. Pourtant, ironie de l’histoire, Yaoundé n’est pas toujours à jour dans ses cotisations au sein de la CEMAC. De plus, historiquement, le Cameroun a longtemps été une terre d’accueil économique pour les Gabonais, notamment dans les années 1960 à 1980, lorsque l’absence d’infrastructures routières obligeait certains habitants du Woleu-Ntem à transiter par Ebolowa, Yaoundé ou Douala pour rejoindre Libreville par bateau.

 

Une hospitalité gabonaise devenue fardeau ?

Avec plus de 250 000 Béninois, 200 000 Camerounais, et plusieurs centaines de milliers de Maliens, Ivoiriens, Togolais et Burkinabés, le Gabon est devenu une terre d’accueil exceptionnelle en Afrique centrale. Sa générosité contraste avec la fermeture de nombreux pays voisins, mais elle a aussi conduit à des déséquilibres économiques et sociaux. Le sentiment grandissant est que le Gabon, riche en ressources naturelles, se voit exploité sans réel bénéfice pour ses propres citoyens. Selon certains analystes, si la redistribution des richesses était équitable, chaque Gabonais pourrait vivre dignement, sans se soucier de la précarité.

 

Entre panafricanisme et réalités nationales

La décision du Gabon pose également un dilemme idéologique. D’un côté, l’idéal panafricaniste prône une union des peuples et une solidarité régionale. De l’autre, la réalité démontre que chaque pays privilégie avant tout ses intérêts nationaux, souvent au détriment de ses voisins. Ainsi, la démarche gabonaise s’inscrit dans une logique de protectionnisme économique qui, loin d’être isolée, est déjà pratiquée ailleurs sur le continent. Loin d’un rejet des étrangers, elle marque une volonté d’équilibre : protéger ses enfants avant d’ouvrir la table aux invités. La crise des étrangers au Gabon ne se résume pas à un simple conflit avec les étrangers. Elle révèle des fractures plus profondes entre idéaux panafricains et réalités économiques. En verrouillant certains métiers aux étrangers, le Gabon réaffirme son droit souverain de protéger ses citoyens, tout en mettant en lumière les limites de l’intégration régionale. Si cette décision sera difficile à avaler pour les diasporas, elle s’impose comme un rappel : dans une Afrique encore marquée par les inégalités, chaque nation doit d’abord apprendre à valoriser et protéger ses propres ressources avant de tendre la main à l’extérieur.

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