S’il est un nom que l’opinion publique camerounaise semblait avoir progressivement relégué aux marges de l’oubli, c’est bien celui de Dieunedort Kamdem. Figure controversée de l’univers des Églises dites de réveil, son retour au Cameroun ravive des souvenirs que beaucoup croyaient définitivement ensevelis. Avec sa réapparition, ce sont d’anciennes polémiques, des blessures jamais totalement cicatrisées et des interrogations restées sans réponses qui refont surface. L’arrivée de Dieunedort Kamdem réouvre un débat que le temps n’avait fait que suspendre, avec sa charge émotionnelle. Dix années après son départ précipité, voilà qu’il est de retour, accueilli par une partie de ses pantins fidèles comme un prophète retrouvé, tandis que d’autres, ceux qui disent avoir tout perdu dans cette aventure religieuse, voient resurgir les fantômes d’une époque dont ils espéraient ne plus jamais entendre parler. Dieunedort Kamdem, authentique pantouflard, se montre chaque jour avec le même accoutrement comme si on lui avait prescrit cela. Dans son costume bordeaux soigneusement taillé, Dieunedort Kamdem donne l’impression d’être arrivé à un concours où le premier prix serait celui de « l’élégance convaincante ». Assis avec une assurance de professeur qui connaît déjà les réponses avant même que les questions ne soient posées, le timoré invétéré arbore un sourire si soigneusement calibré qu’on pourrait croire qu’il a été repassé avant la séance photo. Princes des canapé doré, seigneurs des pantoufles, ses lunettes ajoutent juste ce qu’il faut de sérieux, tandis que le doigt posé sur la tempe semble lancer un message de manipulateur incorrigible. Quant à la montre dorée, elle paraît rappeler que le temps, c’est de l’argent… même lorsqu’on prend simplement la pose. Oui de l’argent cet homme qui a pris de l’argent mêmes à ceux qui avait la lèpres, lorsqu’ils faisait des homélies dans les quartiers des malades n’a jamais eu pitié des personnes qui n’ont rien.

Véritable lambin, intellectuel pantouflard ainsi que je le dis toujours, le pasteur fainéant, revient avec ses publicités comme un acteur du cinéma qui se remet sur scène avec une blessure à la tête. Il est toujours décidé, qu’il ne sera pas un pèlerin du canapé, un disciple du repos, il demeura cet ecclésiaste du divan, amoureux du cocon et gardien des foyers où on rencontre les belles femmes. Ce qui étonne n’est pas seulement son retour. Ce qui interpelle est l’étrange facilité avec laquelle notre société accueille un dindon de Dieu. Comme si le temps suffisait à effacer les interrogations. Comme si une décennie de silence pouvait transformer les controverses d’hier en miracles d’aujourd’hui. Hier il présentait sa femme, diplomatie de douceur, pour montrer son sens de responsabilité. comme l’appâts dans l’eau pour prendre les silures. Nous sommes dans l’irréalité la plus totale. L’homme revient avec le même sourire, les mêmes promesses, la même éloquence et la même capacité à convaincre ceux qui cherchent désespérément une issue à leurs souffrances. Or la misère demeure le meilleur terreau des vendeurs d’espérance. Là où l’État ne protège plus suffisamment, où l’économie étouffe les familles et où l’avenir paraît inaccessible, certains prédicateurs offrent des raccourcis vers la prospérité. Ils ne promettent plus seulement le salut des âmes ; ils promettent la guérison immédiate, la richesse, la réussite professionnelle, le mariage, les visas et parfois même la disparition de toutes les difficultés de l’existence. Au cameroun ce n’est pas la flamme qui nous manque. Le problème n’est pas la foi.

La foi est une richesse des peuples. Elle console, elle relève, elle inspire. Ce qui devient dangereux, c’est sa marchandisation. Dès lors que la grâce de Dieu est transformée en produit financier, dès lors que les bénédictions semblent proportionnelles aux sommes versées, la religion cesse d’être un chemin spirituel pour devenir un commerce des espérances humaines. Le Cameroun a déjà payé un lourd tribut à cette industrie du miracle. Depuis plusieurs décennies, des milliers de familles ont été fragilisées par des promesses extraordinaires qui ne reposaient que sur l’émotion et la crédulité. Des personnes vulnérables ont vendu leurs biens, sacrifié leurs économies ou rompu avec leurs proches dans l’espoir d’une intervention divine annoncée comme certaine. Beaucoup n’ont jamais retrouvé ce qu’elles avaient perdu. Dans le cas de Dieunedort Kamdem, les controverses qui ont entouré son ministère appartiennent non pas seulement au domaine des rumeurs de réseaux sociaux, mais aussi elles ont donné lieu à des procédures judiciaires largement commentées. Chacun demeure naturellement présumé innocent tant que les voies de recours ne sont pas définitivement épuisées, mais il est tout aussi légitime que les citoyens s’interrogent sur les conditions dans lesquelles une personnalité aussi controversée reprend publiquement ses activités religieuses. La question dépasse d’ailleurs la personne de Dieunedort Kamdem.

Elle concerne les institutions elles-mêmes. A quoi servent les enquêtes, les poursuites, les procès et les décisions de justice si les principaux intéressés peuvent revenir comme si rien ne s’était passé ? Comment demander aux citoyens de respecter la loi lorsque ceux qui font l’objet de lourdes accusations ou de condamnations continuent d’apparaître comme des personnalités influentes sans que les autorités apportent les clarifications nécessaires ? Plus inquiétant encore est le comportement d’une partie de ses défenseurs. À les entendre, toute critique relèverait de la haine, de la jalousie ou d’un prétendu combat contre Dieu. Cette manière de disqualifier toute interrogation est profondément inquiétante. Elle transforme le débat public en guerre religieuse. Celui qui pose une question devient automatiquement un ennemi de la foi. Pourtant, aucune religion sérieuse n’interdit le discernement.
Les grandes traditions spirituelles enseignent au contraire l’examen des actes. Jésus lui-même invitait à reconnaître les vrais prophètes à leurs fruits. Il ne demandait jamais de suspendre l’intelligence ni de renoncer à l’esprit critique. Un véritable homme de Dieu n’a nul besoin d’être déclaré infaillible. Il accepte la contradiction, répond aux interrogations et laisse sa conduite parler pour lui. Ce qui choque également dans cette affaire est l’étrange hiérarchie de nos priorités nationales. Nous multiplions les discours sur la moralisation de la société, mais nous semblons parfois beaucoup moins exigeants lorsque des personnalités influentes reviennent sur le devant de la scène malgré un passé lourdement controversé. Pendant que les véritables défis du pays – le chômage des jeunes, l’éducation, la santé, la corruption, la pauvreté ou encore les réseaux criminels – continuent de fragiliser notre avenir collectif, les débats se focalisent souvent sur des figures dont le principal talent consiste à captiver les foules. Le Cameroun mérite mieux que cette fascination permanente pour les hommes providentiels.
Notre pays n’a pas besoin de nouveaux gourous. Il a besoin d’institutions fortes. Il n’a pas besoin d’idoles religieuses intouchables. Il a besoin de citoyens responsables. Il n’a pas besoin de miracles financiers annoncés derrière une chaire. Il a besoin d’emplois, d’écoles, d’hôpitaux et d’une justice crédible. L’histoire nous enseigne d’ailleurs une leçon constante : les véritables bâtisseurs des nations travaillent dans la discrétion. Ils ne promettent pas le paradis sur terre en échange d’offrandes. Ils construisent des écoles, créent des entreprises, forment des jeunes, soignent les malades et rendent des comptes. La foi n’est pas l’ennemie de la raison. Elle en est l’alliée. Dieu n’a jamais demandé aux croyants de déposer leur intelligence à la porte des temples. Bien au contraire. Que chacun soit donc libre d’accueillir Dieunedort Kamdem comme il l’entend. Mais cette liberté implique aussi celle de poser des questions, d’exiger des réponses et de rappeler que nul, qu’il soit homme politique, chef d’entreprise ou prédicateur, ne devrait être placé au-dessus de l’examen critique. L’avenir dira si ce retour marque une véritable renaissance personnelle ou simplement le recommencement d’une histoire déjà connue. Les Camerounais, eux, disposent aujourd’hui d’une expérience que personne ne peut leur enlever. Ils savent désormais que les promesses les plus spectaculaires ne sont pas toujours les plus sincères. Le temps des enthousiasmes aveugles devrait être révolu. Celui du discernement, de la responsabilité et de la vérité doit enfin commencer. Si Kamdem offre quelque chose il résistera, s’il n’offre rien il disparaitra comme beaucoup d’entre eux, mais ce que je sais c’est un Pantin, et depuis que j’ai toujours dis cela il n’a jamais cessé de l’être.
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