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Par Edouard Kingué

L’âge a déjà fait son office. Courbée sur ses 90 ans, Madame veuve Toué digne fils Ewodi de la vallée du Nkam, continue de veiller sur le foyer de l’honorable Ekwabi Ewanè Jean, décédé Il y a 28 ans dans son village Ekangté à Nkongsamba. Ancien cheminot, ancien Député du Moungo, ancien Ministre. Riche de son passé historique des années 60 ou avec Soppo Priso, Charles Assalé; ils formaient le …trio Madjessi de l’accession du Cameroun à l’indépendance. Venu de son Nkongsamba natal, tourmenté par les assauts du maquis et des terroristes, il se fit remarquer peu après l’indépendance par sa victoire sans appel contre Daniel Kemayou, comme délégué du Moungo à l’Assemblé Territoriale du Cameroun ; mais surtout son courage face aux rapines des terroristes qui semaient la violence dans son village. Selon sa veuve, ils subissaient régulièrement des attaques, sans que l’on puisse dire dans cette barrière non étanche de la violence des années d’indépendance, qui des maquisards ou des terroristes, harcelaient la ville pourtant sécurisée à l’époque par l’’Escadron blindé. « À la nuit tombée, des canons de fusils tonnaient dans la ville. Je cachais les enfants sous les lits.

Mais Jean ne se laissait pas faire ; il ripostait au feu de l’ennemi à travers une fenêtre. Une balle finira par le toucher lors d’une fusillade. Certains jours, des maquisards capturés ou tués étaient présentés aux populations ; avec des têtes coupées. J’entendais des noms : Ernest Ouandié ; Yimo…sans comprendre qui était touché ou rescapé » Aujourd’hui, en ces jours qui se promettent chaotiques où le Pays entend héberger un nouveau président, on se surprend à penser au seul natif de Nkongsamba, à l’époque cadre indigène a la Régie des chemins de fer, entré en politique après avoir goûté au syndicalisme. Son audace avait payé : Membre de groupe de 8, il participe à la création du Mouvement d’Action Nationale considéré comme une 3e voix entre la fermeté de l’UPC avec Soppo Priso, Obam Ella, Charles Assalé et Gaston Behle, Betote Akwa, Hans Dissake, Aloys Ntunga, En 1957 Ekwabi Ewanè est élu député du Moungo. Avec Soppo, Assale et Ekwabi, ils vont à Washington plaider la cause du Cameroun Lorsque qu’Ahidjo devient Premier Ministre en février 1958, Assalé et lui sont récompensés. Assalé est nommé Ministre des Finances.

Ekwabi Ewane, originaire de Nkongsamba, une région où l’UPC était fortement installée, devient Secrétaire administratif du mouvement Union Camerounaise UC. Aux côtés d’Ahidjo, les deux compagnons font le voyage de la France pour finaliser les accords de l’indépendance. Deux ans plus tard Ahidjo devient premier président du Cameroun, Ekwabi est nommé aux finances puis rapidement transféré en quelques jours à l’Education Nationale. En plus de ses fonctions, Ekwabi Ewanè a également été Député, représentant les intérêts de sa circonscription au parlement. Que reste t-il de l’héritage de Ekwabi Ewanè ? Dans l’euphorie des année du renouveau, il avait donné à son fils aujourd’hui âgé de 40 ans, le nom de Biya Paul. Ce qui a valu au petit pas mal de déboires dont des menaces au collège st Jean d’Arc de Nkongsamba et un séjour en cellule pour « usurpation de titre ».

Au moment où le Cameroun va sans doute accéder à la 3e république après la démarche chaotique des 5O dernières années, tout comme Ahidjo, Assale, il ne verra pas l’ultime évolution d’un régime qu’il a façonné, et qui le suivra certainement dans l’oubli, de l’UC au RDPC. Il a survolé la République Unie, enjambé la terrible répression qui a débouché sur l’arrestation et l’exécution d’Ernest Ouandié. En tant qu’ancien député, il a suivi l’histoire et l’incarcération de Mgr Ndongmo, l’évêque de sa ville natale de Nkongsamba… Avec la démission d’Ahidjo, son compagnon de l’indépendance, Ekwabi finira par être éloigné des cercles du pouvoir, au fur et à mesure que le nouvel Homme fort prenait en main la cour du renouveau. Après un dernier tour à la tripartite, sur la pointe des pieds , il s’en est allé.

Sans triomphe pour l’homme qui avait combattu ,les armes à la main , le terrorisme dans la ville, vécu « les têtes coupées » de part et d’autres. Le 3 aout 1996, à 72 ans Ekwabi Ewanè passe l’arme à gauche. Un de ses fils né le 25 décembre 1960 à Yaoundé, Noël Emmanuel Ekwabi , auteur-compositeur, arrangeur, bassiste de talent et directeur musical de son compatriote Manu Dibango durant de nombreuses années disparaît le 18 Avril 2012 à Paris, en France…” Tant dans sa vie de famille que dans son passé politique, on ne peut pas dire qu’il a laissé des traces indélébiles. Il disparait sans témoignage. Mais sa préoccupation était sans doute ailleurs. En aout 1996, il s’est éteint sans vagues, entouré de ses 6 femmes. Sa ville reconnaissante lui a dédié sur le tard; un pan de son aile communale. « SALLE Ekwabi Ewanè Jean » dans l’enceinte de la Commune d’Arrondissement de Nkongsamba 1er…

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