Maurice Kamto : la parole n’est pas un crime
D’après nos sources, l’ombre de l’arrestation plane à nouveau sur Maurice Kamto. L’homme politique, juriste émérite, ancien candidat à la présidentielle et opposant déclaré au régime en place, suscite des débats houleux depuis son discours prononcé à Paris, au cours duquel des propos jugés incendiaires ont été tenus. Si certains y voient une ligne rouge franchie, nous appelons à la retenue, car j’estime qu’une arrestation à son retour au Cameroun serait une erreur grave. Un aveu de faiblesse, même. Oui, le meeting de Paris a été marqué par des envolées verbales et des paroles maladroites, voire choquantes, ont été prononcées. Mais faut-il pour autant criminaliser une parole, même excessive ? Le professeur Kamto n’a pas brandi d’armes, il n’a pas mobilisé de milice, il a exprimé – parfois mal, souvent avec fougue – une exaspération politique. Juger un homme pour un mot de trop, c’est prendre le risque de museler tout débat dans une démocratie déjà fragile. Certains s’empressent de brandir ses erreurs comme preuves à charge : son entêtement, son style professoral, son manque d’écoute, voire sa communication parfois floue au sein de son propre parti. Moi-même, j’ai dénoncé cette manière de s’exprimer, peu digne d’un professeur. Mais la loi ne punit pas les défauts de leadership ni les maladresses de communication. Et malgré ses imperfections, Maurice Kamto reste l’une des rares figures politiques qui ose encore poser des questions fondamentales dans un pays où le silence est souvent préférable à l’honnêteté.
Ce n’est pas l’heure de l’émotion
Arrêter Kamto maintenant, c’est donner raison à ceux qui le présentent comme un martyr politique, mettez-vous à sa place, ses militants sont en prisons, ses camarades enchainés. il ne faut pas alimenter la confusion entre critique légitime et complot contre l’État. N’entrons pas dans l’émotion. L’histoire du Cameroun regorge de cas où la répression a créé davantage de chaos que de stabilité. L’homme a déjà payé cher son engagement, notamment par une longue détention arbitraire après l’élection présidentielle de 2018. autrefois pour une affaire de critique littéraire, et plus récemment resigné en résidence surveillée. Faut-il à nouveau l’enfermer pour quelques mots ? Ou faut-il lui opposer le débat, la confrontation d’idées, la contradiction argumentée ?
La responsabilité partagée des leaders et des suiveurs
Les critiques à l’encontre de Maurice Kamto ne manquent pas. Certains pointent du doigt une posture d’opposant à géométrie variable, un discours enflammé tenu depuis l’étranger, alors que ses enfants, eux, sont à l’abri. D’autres dénoncent une forme de mépris pour les réalités du terrain : « Qu’il commence par faire venir ses enfants ici, et qu’il marche avec nous », disent certains jeunes. Ces remarques ne doivent pas être ignorées. Car toute parole publique, surtout en temps de crise, engage. Le professeur Kamto doit, lui aussi, prendre la mesure de l’effet que ses mots peuvent produire sur une jeunesse en colère, fatiguée, manipulable. Mais cela ne justifie pas son arrestation. Cela appelle plutôt à plus de clarté, plus de présence, plus de courage politique sur le terrain, mais avec lucidité, car les régimes totalitaires n’ont que faire de la misère de leur peuple, ils en sont même venus à s’émerveiller.

Et maintenant ?
Le Cameroun a besoin de débats, pas de prisons pleines d’opposants. Il a besoin d’un espace politique où même les paroles rugueuses peuvent exister, être déconstruites, mais non criminalisées. L’arrestation de Maurice Kamto serait une victoire à court terme pour ses détracteurs, mais une défaite à long terme pour le pays. La véritable réponse à Kamto ne se trouve pas dans les barreaux, mais dans le courage de lui répondre, point par point, programme contre programme, idée contre idée. Si son discours est faible, il tombera de lui-même. S’il est dangereux, il faut y opposer la vérité, pas la prison. En tant qu’intellectuels, notre responsabilité est aussi d’éclairer ceux qui, par désespoir ou conviction, prennent les arrestations pour boussole. Être en désaccord avec ses idées ne signifie pas cautionner les injustices commises à son encontre. Il vaut bien mieux, malgré ses fautes, que ces agrégés silencieux, dissimulés dans l’ombre, incapables d’assumer la moindre parole publique. L’histoire jugera chaque leader, chaque parole, chaque silence. Mais elle n’absoudra jamais ceux qui auront préféré la répression à la discussion. L’arrestation de Maurice Kamto serait non seulement injuste, mais politiquement contre-productive. Ce n’est pas de cela que le Cameroun a besoin. Pas encore. Pas maintenant.
Il serait malhonnête de peindre Maurice Kamto en figure irréprochable. Le professeur, malgré son immense savoir et son expérience juridique, a souvent péché par excès de certitude. Sa principale erreur dans cette affaire, c’est d’avoir laissé son discours dériver vers un registre émotionnel, populiste, parfois même imprudent, loin de la rigueur qu’on attendrait d’un homme de son envergure. Il a tenu des propos qui, sans être explicitement un appel à la violence, ont laissé la porte ouverte à toutes les interprétations. Et c’est précisément là que réside la faute : dans cette ambiguïté dangereuse qui, dans un climat tendu, peut enflammer les esprits. Il ne fallait pas parler ainsi, surtout depuis l’étranger, en distillant des idées que d’autres, plus exposés, pourraient prendre au pied de la lettre. Voilà la véritable erreur de Maurice Kamto : avoir oublié que dans certaines circonstances, la parole politique est une arme à double tranchant. Une faute bien grave, comme un mauvais élève ferait dans une salle classe, mais cette faute, réelle et grave, ne justifie pas une arrestation brutale. Elle appelle plutôt à une confrontation politique, une mise en débat, une mise en garde publique. Car c’est par la force des idées, non par la force de la répression, qu’on affaiblit un discours mal formulé.
