Mag-Afriksurseine-Mars-2024

ONDO DONG LIBERE, CE QUE 20 ANS DE PRISON ENSEIGNENT

 

Ce que vingt ans de prison enseignent, aucune école ne peut l’apprendre et aucun livre ne peut pleinement l’expliquer. Vingt années derrière les barreaux rappellent brutalement que le temps est la richesse la plus précieuse de l’existence. Elles apprennent la solitude, la patience contrainte, le poids des erreurs et la fragilité du pouvoir. Elles montrent que l’argent ne rachète ni les anniversaires manqués ni les proches disparus, et que la liberté n’a pas de prix tant qu’on ne l’a pas perdue. Vingt ans de prison enseignent surtout qu’au-delà de la sanction, il reste une question essentielle ; que fera-t-on du temps qu’il nous reste ?

 

Vingt ans, ce n’est ni vingt jours, ni vingt mois. Vingt ans, c’est une génération entière qui s’écoule, une jeunesse qui s’efface, un monde qui change sans attendre personne. Pendant qu’un homme est derrière les barreaux, les enfants deviennent adultes, les parents prennent de l’âge, les amis disparaissent et la société continue d’avancer sans lui. Revenir après vingt années de prison, c’est revenir dans un univers transformé. Mais plus encore, c’est revenir transformé soi-même. L’âge a avancé, les forces ont diminué, les certitudes se sont fissurées. La prison punit le corps, mais le temps, lui, façonne l’âme, parfois plus durement encore. Alors une question s’impose ; qu’a-t-on réellement gagné ? On peut purger une peine et sortir libre aux yeux de la loi. Mais la liberté juridique signifie-t-elle liberté intérieure ? Si de l’argent détourné existe encore quelque part, dissimulé dans des comptes oubliés, à quoi sert-il vraiment ? Certains prête-noms ne sont peut-être même plus en vie. Une fortune que l’on ne peut utiliser librement devient un poids, presque une illusion. L’argent n’a de valeur que lorsqu’il sert un but clair et assumé. Caché, il n’est qu’un symbole fragile de puissance.

 

Au Cameroun, sous la présidence de Paul Biya, plusieurs anciens hauts responsables ont été jugés dans le cadre de l’Opération Épervier, et beaucoup ont purgé de lourdes peines. Pourtant, dans l’esprit des citoyens, une interrogation persiste : les fonds détournés ont-ils été récupérés pour améliorer concrètement les conditions de vie de la population ? La prison constitue une sanction, mais la restitution représente une réparation. Sans récupération des fonds, la justice paraît inachevée. La réinsertion demeure une nécessité humaine, mais l’impunité financière fragilise la confiance collective et entretient le doute. Il existe un paradoxe du temps. Certains sont entrés en prison alors que le chef de l’État était déjà au pouvoir, et ils en sont sortis alors qu’il l’est toujours. Le temps politique semble parfois immobile, mais le temps humain, lui, ne s’arrête jamais. On peut sortir libre à soixante-dix ans, mais on ne récupère jamais vingt années perdues. Même plusieurs milliards ne rachètent pas les anniversaires manqués, les funérailles auxquelles on n’a pu assister, ni les enfants devenus adultes en votre absence. Le cas d’Emmanuel Gérard Ondo NDONG suscite des débats passionnés. Pour beaucoup, Emmanuel Gérard Ondo NDONG demeure une figure marquante, notamment dans la vallée du Ntem, à qui l’on attribue des infrastructures, des marchés, des routes, un soutien culturel et des emplois. Ses partisans voient en lui un bâtisseur engagé pour sa région ; ses détracteurs rappellent les accusations et la condamnation.

 

L’histoire retiendra les faits, mais la société doit surtout retenir la leçon. Le pouvoir n’est jamais éternel, même lorsqu’il semble durer. L’argent mal acquis n’achète ni le temps ni la paix intérieure. La prison peut punir, mais elle ne répare pas toujours les blessures d’une nation. La véritable grandeur ne réside pas uniquement dans les œuvres visibles, mais dans la manière dont elles sont réalisées. On dit que l’on ne célèbre que les grands hommes, pourtant la grandeur ne se mesure pas seulement aux infrastructures construites ; elle se mesure à l’intégrité. Après vingt ans, celui qui retrouve la liberté fait face à un choix décisif. Revenir avec humilité, reconnaître ses erreurs si elles existent, contribuer autrement à la société, prouver que la seconde vie peut être plus utile et plus digne que la première. Car au bout du compte, la vraie victoire n’est ni dans l’argent conservé ni dans le pouvoir exercé, mais dans la capacité à se relever avec honnêteté et à redonner un sens au temps qu’il reste.

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