Il souffle sur les concours de beauté africains un vent nouveau. Un souffle discret, mais déterminé, qui façonne peu à peu une vision plus enracinée, plus fière et plus lucide de ce que signifie « être belle » sur ce continent de toutes les splendeurs. Quand on observe les récentes reines de beauté de Côte d’Ivoire et du Cameroun, un constat s’impose, presque sans qu’on le dise : le hasard n’a plus sa place dans l’élection des Miss africaines. Les choix, aujourd’hui, relèvent d’une orientation assumée, d’un raffinement silencieux qui privilégie l’authenticité à la superficialité. Les reines d’Afrique ne cherchent plus à ressembler à d’autres. Elles s’affirment. Elles incarnent des identités pleines, fortes, enracinées dans leur culture. La dépigmentation, autrefois discrètement tolérée, devient aujourd’hui un critère d’exclusion.

Le teint d’ébène retrouve ses lettres de noblesse. Et même lorsqu’il s’agit d’une peau plus claire, comme celle de Miss Issie en Côte d’Ivoire, ce que le public célèbre, c’est la naturalité, la cohérence entre apparence et essence. En Côte d’Ivoire, les cheveux naturels s’imposent déjà comme une norme. La texture crépue, les boucles pleines de vie et de caractère, deviennent symboles de fierté. Le Cameroun, encore discret sur cette tendance capillaire, met pour sa part l’accent sur l’intelligence, le bilinguisme, la capacité à communiquer avec clarté et assurance. La parole devient une arme de beauté massive : celles qui trébuchent sur scène, qui bafouillent ou s’égarent dans des réponses floues, voient leur destin décliner. Le verbe est désormais un critère aussi décisif que le sourire. Et puis, il y a eu Josiane Harangada Golonga. Son élection comme Miss Cameroun 2025 a ravivé cette rivalité amicale entre les deux grandes nations qui s’appellent fraternellement la belle famille. Sur les réseaux sociaux, les comparaisons se sont multipliées. Les Camerounais, après avoir longtemps observé en silence, ont répondu avec ferveur. Certains ont brandi, non sans provocation, des images peu flatteuses de la candidate ivoirienne Fatima.

D’autres, plus mesurés, ont reconnu en elle un charisme indéniable. Mais au fond, cette bataille ne mérite pas d’exister. Josiane et Issie ne sont pas en compétition. Elles sont deux visages d’une même Afrique qui s’élève. L’une, élégante et solaire, possède la démarche assurée d’un top model international. L’autre, mystérieuse et puissante, irradie d’un magnétisme brut. Il ne s’agit pas de les opposer, mais de célébrer ce que chacune apporte à l’image de la femme africaine. Car c’est bien la femme africaine qui est à l’honneur. Fière de son corps, fière de sa voix, fière de ses racines. Ce n’est plus la copie qui triomphe, mais l’original. Ce n’est plus l’imitation qui séduit, mais l’identité. Les Miss d’aujourd’hui sont le reflet d’un continent qui se réapproprie sa beauté, sa dignité, sa voix. Laissons donc de côté les querelles de claviers et les comparaisons stériles. Célébrons plutôt ces jeunes femmes que leurs peuples ont choisies, non pour se conformer à des standards étrangers, mais pour porter haut l’image d’une Afrique belle, forte, et souveraine.

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