Ce qui s’est joué cette nuit à Elecam ressemble à un épisode charnière d’un long feuilleton politique, à mi-chemin entre le théâtre des illusions et la stratégie des ombres. En déposant sa candidature sous la bannière du MANIDEM, parti historiquement marginal mais politiquement chargé de symbolique, Dieudonné Yebga n’a pas simplement surpris ; il a reconfiguré un paysage électoral déjà miné par les tensions internes et les manœuvres souterraines. Maurice Kamto, que l’on pensait avoir appris des déconvenues passées, se retrouve aujourd’hui dans une posture embarrassante, presque ironique : lui qui dénonçait les combines du système semble avoir cédé à une forme d’opportunisme politique, en s’adossant à un appareil qui ne lui appartenait pas. L’intellectuel devenu tribun, l’homme de droit ayant longtemps défendu la rigueur constitutionnelle, se trouve désormais pris à son propre piège : celui d’une alliance mal ficelée, exposée aux coups de théâtre et aux règlements de comptes internes. Cette débâcle le réduit à n’être plus qu’un comparse maladroit du théâtre politique national. Le dépôt de la candidature concurrente par Yebga, figure emblématique mais peu médiatisée du MANIDEM, met en lumière une crise de légitimité qui n’a rien d’anecdotique.
En effet, dans un pays où le droit est souvent contourné par la coutume du pouvoir, où les institutions sont des labyrinthes à plusieurs entrées, l’invocation d’une alliance devient un terrain glissant. Qui du MANIDEM ou de Kamto peut véritablement revendiquer la représentation légale du parti ? Qui a la voix la plus prépondérante au sein de l’organisation ? Le Conseil constitutionnel devra trancher une querelle qui dépasse le simple droit électoral pour toucher aux fondements même de la loyauté politique. Dans ce chaos savamment orchestré, on voit poindre la main invisible d’un système expert en sabotage silencieux. Le pouvoir en place, fin stratège, semble avoir trouvé une faille dans l’armure de l’opposition : exploiter ses contradictions internes, encourager les candidatures de diversion, souffler sur les braises des ego et des ambitions divergentes. Ainsi, pendant que Kamto se débat avec les répercussions d’une alliance improvisée, le RDPC pourtant lui-même englué dans ses propres tiraillements internes, observe, calcule, et avance ses pions. Le professeur Kamto paie ici le prix d’une stratégie court-termiste, où l’alliance remplace l’enracinement, et où le symbolique se substitue au réel. Cette erreur stratégique le relègue au rang d’acteur mineur et maladroit du paysage politique.
On ne bâtit pas une alternative crédible à un pouvoir quadragénaire sur des fondations incertaines. Cette erreur d’appréciation, cette croyance que l’on peut dompter le système avec les armes du système, risque de coûter cher non seulement à Kamto lui-même, mais aussi à tous ceux qui croyaient en une transition politique par les urnes. Le peuple, lui, observe avec un mélange de scepticisme et de lassitude. Certains y voient un « revirement », d’autres un scénario cousu de fil blanc. Entre humour et désillusion, les Camerounais ironisent sur la situation « quand tu empruntes la voiture de ton voisin, connais-tu ses pannes ? » transformant la confusion politique en une dramaturgie nationale où chaque citoyen devient commentateur et stratège. Dans ce tumulte, une vérité demeure : le Cameroun n’est pas un pays comme les autres. Il est un continent en miniature, un théâtre où l’impossible devient quotidien. Et tant que la politique s’écrira dans les arrière-cuisines, entre alliances de circonstance et stratégies d’évitement, il sera difficile de reconstruire un pacte démocratique solide. L’heure est venue, peut-être, pour Kamto et au-delà, pour toute l’opposition de repenser leur manière d’habiter la scène politique. Non pas comme des prestidigitateurs du verbe ou des contorsionnistes de la légalité, mais comme des architectes d’un futur crédible, fondé sur la cohérence, l’intégrité et une vision enracinée dans la réalité du terrain. Voilà comment on devient, par maladresse, un symbole criant de l’amateurisme politique.