Mag-Afriksurseine-Mars-2024

KAMTO ET EKANE ANICET : LE BAISER DU DIABLE

 

Maurice Kamto, après une longue traversée du désert politique, avait fait le choix audacieux de s’allier avec le Mouvement Africain pour la Nouvelle Indépendance et la Démocratie (MANIDEM), un mouvement qui, en dépit de ses ambitions, peine à s’imposer comme une véritable force politique sur la scène camerounaise. Cette alliance, qui pourrait paraître stratégique à première vue, devient rapidement un terrain de tension et de contradiction. Si Kamto comptait sur  cette alliance pour   un soutien accru, la réalité semble tout autre. Il sombre depuis hier soir, dans l’insignifiance d’un personnage secondaire, presque burlesque, de la politique camerounaise. Car,  le dépôt de candidature de Dieudonné Yebga, représentant du MANIDEM, contrebalance immédiatement la sienne, brouillant ainsi les cartes de manière inattendue. En s’unissant à un parti avec une influence fluctuante et des luttes internes marquées par des dissensions, Kamto se place dans une situation complexe. Le Manidem, bien que porteur de discours novateurs, peine à sortir de l’ombre du RDPC, le parti au pouvoir, et de ses propres contradictions internes. Dieudonné Yebga, un membre du conseil du Manidem, a non seulement déposé sa candidature, mais il pourrait aussi jouer un rôle plus prépondérant au sein de l’organisation que Kamto lui-même, ce qui complique encore plus la situation.

 

Cette situation pourrait déboucher sur une invalidation de la candidature de Kamto, car l’unité du Manidem semble plus fragile qu’elle n’y paraît, et des tensions internes pourraient le desservir. Le « Tournant du Courbis », comme certains aiment à l’appeler, pourrait alors se retourner contre Kamto. Ce dernier se retrouve pris dans un jeu de alliances où les règles sont écrites à l’avance par des acteurs plus stratégiques et aguerris que lui. Si Kamto croyait avoir solidifié sa position, la situation révèle au contraire un jeu d’opportunisme politique où il devient un pion. L’image de celui qui se bat contre le pouvoir en place est progressivement ternie par la confusion que crée cette alliance. L’impression qui se dégage est celle d’un homme politique incapable de se détacher des influences de son entourage, de son passé, et qui semble ne pas avoir tiré les leçons des échecs passés.

 

Plus largement, cette alliance avec le Manidem pourrait lui coûter bien plus qu’elle ne lui rapporte. Le pays est certes traversé par une forte volonté de changement, mais celle-ci ne se nourrit pas seulement de discours politiques ; elle exige des actions cohérentes et des choix fermes. En ce sens, la démarche de Kamto de s’associer à un mouvement comme le MANIDEM semble, pour beaucoup, plus être un compromis que le fruit d’une stratégie politique réfléchie. Ce compromis pourrait bien devenir un piège à terme, car ce qui semblait être une opportunité de se renforcer sur le plan politique pourrait se transformer en un handicap. Il est clair que la complexité de cette alliance, ses risques et ses opportunités, nous offre un spectacle digne d’un drame politique camerounais où les calculs peuvent se retourner contre celui qui pensait avoir pris le contrôle de son destin. L’attente d’un échec ou d’une remise en question du choix politique de Kamto pourrait faire de cette élection présidentielle de 2025 un véritable casse-tête pour l’opposant historique.

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