La préparation des Lions Indomptables en vue du prochain rendez-vous international ne ressemble décidément pas à une mise au vert classique. Elle s’inscrit dans une atmosphère à la fois studieuse et tendue, où chaque détail, du choix des vêtements à la composition du banc de touche, devient un sujet de discussion nationale. Certains joueurs affichent une sobriété professionnelle, montant dans les véhicules officiels mis à disposition par la Fédération, tandis que d’autres se démarquent par des choix vestimentaires improbables et des entrées en scène jugées peu respectueuses du cadre.

Dans ce contraste, le comportement exemplaire de cadres comme Choupo-Moting, Anguissa, Mbeumo, Hongla ou encore Bassogog tranche par son humilité et son respect envers le public camerounais. André-Frank Zambo Anguissa, en particulier, incarne aujourd’hui l’image du joueur responsable et rassembleur. Fidèle à ses valeurs, insensible aux manœuvres politiques et aux tentatives de récupération, il se distingue comme un véritable leader naturel, au point que beaucoup le voient déjà comme le capitaine légitime des Lions. Le camp de Yaoundé a pris forme progressivement, avec l’arrivée d’une vingtaine de joueurs logés à l’hôtel Hilton en attendant les derniers retardataires, retenus par des contraintes administratives liées à leurs clubs.

Christopher Wooh et Yvan Neyou ont différé leur voyage de 24 et 48 heures respectivement, tandis que l’incertitude demeure autour de Harold Moukoudi, dont le nom ne figurait pas sur le vol Turkish Airlines attendu à Nsimalen dans la nuit du 2 septembre. Malgré ces petits couacs logistiques, la discipline est au rendez-vous, avec un programme réglé au millimètre : réunion de concertation à la mi-journée, déjeuner collectif, puis départ vers le stade militaire pour une séance d’entraînement programmée à 18 heures. Cette session, organisée à huis clos, a néanmoins permis aux sponsors historiques des Lions – Orange Cameroun, les Brasseries et 1XBET – d’assurer leur visibilité en marge du travail technique. Dans ce contexte, une autre affaire s’invite au cœur de la préparation : la place de l’adjoint de Marc Brys, M. Mununga, sur le banc de touche. Ce qui pourrait sembler un détail prend en réalité des allures de bras de fer institutionnel. Brys, entraîneur reconnu et respecté pour son expérience, revendique logiquement le droit de travailler avec ses collaborateurs de confiance. Or, la FECAFOOT, par orgueil et par calcul politique, persiste à lui refuser ce soutien élémentaire, au risque de fragiliser l’efficacité du staff technique.

Le Ministère des Sports, garant de l’intérêt supérieur, rappelle de son côté que l’équipe nationale appartient à tout le Cameroun et non à une poignée de dirigeants arc-boutés sur leurs prérogatives. Empêcher Mununga de s’asseoir aux côtés du sélectionneur, c’est donner l’image d’un pays divisé, où l’ego prend le pas sur la raison. Au-delà de ces tensions, les regards se tournent également vers André Onana, dont les prestations sous le maillot national seront observées de près par le board technique de Manchester United. Le gardien camerounais, parfois contesté, sait qu’il joue gros dans cette fenêtre FIFA, alors que des échéances de taille approchent pour son club, face à des adversaires tels que Manchester City et Chelsea. Sa gestuelle, son langage corporel, ses arrêts décisifs ou ses erreurs éventuelles pèseront dans la balance, au moment où son entraîneur croit encore en son retour en grâce.

Les Lions abordent donc cette préparation avec une double exigence : celle de prouver sur le terrain, mais aussi celle de restaurer une cohésion abîmée par des querelles institutionnelles qui n’ont rien à voir avec le football. La vérité est simple : l’équipe a besoin d’unité, de sérieux et de sérénité. Le peuple camerounais attend de ses joueurs qu’ils honorent le maillot par leur discipline et leur engagement. Les sponsors, eux, veulent capitaliser sur l’aura des Lions. Et le sélectionneur, enfin, réclame simplement les moyens de travailler dans la confiance et la dignité. Si cette alchimie parvient à se créer, si les egos s’effacent au profit de l’intérêt collectif, alors les Lions pourront aborder l’avenir avec l’ambition qui sied à leur réputation. Faute de quoi, les polémiques extra-sportives continueront d’éclipser l’essentiel : le jeu, le spectacle et la victoire.

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