Mag-Afriksurseine-Mars-2024

VOYAGE AU COEUR DE L’INCONNU : LES DEUX GABONAIS ONT VECU UNE SECONDE TRAGEDIE VENDREDI AU PETIT MATIN AU TOGO

 

Ce voyage, Manuel Vinga et Phanuel Badinga ne l’oublieront jamais. Ce qui n’était au départ qu’une traversée ordinaire vers le Burkina Faso s’est rapidement transformé en une suite d’épisodes marquants, déroutants, presque mystiques. À chaque étape, l’imprévu les attend. À chaque halte, le destin semble leur murmurer quelque chose. Tout commence dans la nuit du jeudi 25, dans une auberge située à la périphérie du village de Kana. Vers deux heures du matin, des coups violents frappent leur porte. Des inconnus, visiblement insistants, cherchent à entrer. Les deux voyageurs refusent d’ouvrir. Les visiteurs, frustrés, se dirigent alors vers d’autres chambres, notamment celles occupées par des commerçants nigérians, eux aussi en partance pour le Burkina Faso. Il faut préciser que cette région est une zone de transit stratégique : de nombreux camions partent chaque nuit vers le Burkina Faso, souvent dans l’urgence, traversant des villages endormis. Secoués par l’incident, Manuel et Phanuel quittent leur dernier bastion dès les premières lueurs de l’aube, décidés à mettre de la distance entre eux et ce souvenir troublant.

 

Ils partent du village d’Efalé à 6h48 en direction de Nabougou, situé entre la région de Kara et la région de la Savane. Leur souhait était de trouver un village où passer la nuit, mais dans ces villages composés principalement d’éleveurs, la majorité se trouve dans les collines pour faire paître leur troupeau. N’ayant pas trouvé cet accueil, ils décident de continuer leur route, parcourant ce jour-là 51 kilomètres au lieu des 40 kilomètres qu’ils effectuent habituellement par jour. Dans cette région de Kara, le village le plus proche est Ngambi, un petit village d’environ 500 habitants, majoritairement peuplé d’éleveurs. C’est là qu’ils décident de stationner. Faute d’auberge sur place, ils se voient contraints de passer la nuit à la belle étoile, près d’une station-service, après avoir pris un café dans une cafétéria voisine, sur le point de fermer.

La nuit tombe. Le silence s’installe. Mais ce calme apparent sera, une fois de plus, troublé par une apparition dérangeante. Vers minuit, un homme surgit de l’obscurité. Vêtu de haillons sales, l’air hagard, l’odeur forte de bière collée à lui, il ressemble à un mendiant ou un malade mental errant. Sans agressivité, mais d’une voix étrange, il s’adresse à eux à deux reprises : « Il faut déjà rentrer. » Puis il s’éloigne, disparaissant dans la nuit. Intrigués, mais sans y prêter plus d’attention, Manuel et Phanuel décident de rester sur place. Mais à l’aube, l’horreur s’abat sur eux. Le corps sans vie de cet homme est retrouvé sur la route, atrocement mutilé et broyé comme dans une boucherie.

Très certainement fauché par un camion dans la nuit. Le choc est indescriptible. Les vêtements ne laissent aucun doute : c’est bien le même homme qui leur avait parlé quelques heures plus tôt. Ce message étrange :   » Il faut déjà rentrer « , résonne désormais comme un avertissement posthume. Était-ce un délire d’ivrogne, un cri de l’âme, ou le dernier geste d’un homme envoyé pour prévenir ? Ce n’est pas la première fois que le danger plane sur eux. Il y a une semaine à peine, Manuel Vinga avait échappé à un accident de justesse. Aujourd’hui, c’est un homme croisé dans la nuit qui tombe sous les roues d’un camion. Le voyage semble vouloir leur apprendre quelque chose,  mais quoi ?

Les deux hommes reprennent la route. Leur prochain arrêt : Dapaong, ville togolaise à 46 kilomètres de la frontière burkinabè. C’est là que se joue le prochain chapitre de leur aventure. Car, si leur ambition reste intacte, ils savent désormais que le chemin vers le Burkina Faso est jalonné de mystères, de rencontres troublantes et de rappels brutaux de la fragilité humaine. Le voyage continue, mais l’ombre d’une nuit étrange les accompagnera encore longtemps. Que les dieux de nos ancêtres veillent sur ces deux jeunes, voyageurs aux pieds fatigués mais à l’âme ferme. Qu’aucun esprit mauvais ne détourne leur chemin, eux qui marchent avec le cœur pur, porteurs d’un rêve plus grand qu’eux. Que la terre d’Afrique reconnaisse en leur courage un chant ancien, celui des bâtisseurs d’horizons, des porteurs de feu.

Que leur projet, né de volonté et non de sacrifice, ne devienne jamais l’autel d’un mystère obscur. Qu’aucune chambre ne soit chambre des rituels, mais demeure d’espoir et de lumière. Ils ne fuient rien. Ils avancent. Ils ne cherchent ni gloire ni offrande, mais une Afrique debout, digne, grande et belle. Que chaque pas de Manuel et Phanuel soit guidé par les mains invisibles de ceux qui, avant eux, ont ouvert les routes. Et que les jeunes Africains qui les regardent, les prennent pour ce qu’ils sont : des éclaireurs d’une Afrique vivante, libre, et pleine de promesses. Que la bénédiction des anciens les accompagne, jusqu’à l’ultime frontière de leur destinée.

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