En choisissant d’ouvrir sa campagne présidentielle à Paris ce samedi, Maurice Kamto, leader du MRC, a lancé un signal à contre-sens. Maurice Kamto depuis qu’il est entré en politique a toujours provoqué un séisme d’incompréhensions, de maladresses et de fantasmes. Le lieu même du meeting, la Place de la République – symbole fort d’une république qui n’est pas la nôtre – trahit la nature profonde de ce rassemblement : plus incantatoire que stratégique, plus émotionnel que rationnel. Commencer une campagne à l’étranger est une faute stratégique. C’est comme vouloir labourer un champ en jetant la semence dans le vent. Le Cameroun n’est pas à Paris. L’électorat camerounais n’est pas dans les rues de la capitale française, et même si un grand nombre de personnes s’y étaient retrouvées, cela reste minoritaire face au million de Camerounais installés en France et surtout face aux millions qui vivent au pays.Ce meeting ressemble à une mise en scène plus qu’à un élan populaire. La foule qui a répondu présente n’est qu’une infime portion, largement homogène sur le plan régional. On parle de mobilisation de la diaspora, mais il s’agirait plus justement de la diaspora d’un seul village. Une démonstration de force qui, loin d’unir, divise encore davantage. Une image cosmétique sans profondeur politique réelle.

Fantasmagorie et gesticulations : quand l’émotion supplante la raison
Le discours de Kamto, aussi lyrique soit-il, relève plus de l’incantation que de l’analyse politique. Parler d’unité nationale quand on en est soi-même un des symboles de la fracture est une contradiction criante. À force de jouer sur les émotions, de faire vibrer les cordes sensibles de l’exil et de l’injustice, le MRC s’égare dans un théâtre d’ombres. On y gesticule, on y crie, mais rien ne bouge. Cette stratégie de « politique émotionnelle », fondée sur la victimisation, la dénonciation permanente et l’invocation du changement sans programme cohérent, finit par lasser. Elle donne l’image d’un parti à bout de souffle, sans pierre angulaire réel, et qui peine à structurer un véritable projet de société. On parle plus du départ de Biya que de l’avenir du pays. C’est là toute la limite.

La diaspora : levier de changement ou outil de déstabilisation ?
La diaspora africaine a souvent été un moteur de réflexion, un appui aux luttes de libération, un relais de la conscience continentale. Mais dans le cas présent, elle devient l’arme paradoxale d’une déstabilisation symbolique. Car à quoi sert un rassemblement en France si ce n’est pour nourrir l’idée – erronée – que l’avenir du Cameroun se décide ailleurs qu’au Cameroun ? Plutôt que de renforcer la base populaire dans les villes, villages et quartiers du pays, Maurice Kamto choisit l’écho confortable d’un public acquis à sa cause, bien qu’éloigné des réalités du terrain. Une stratégie qui donne l’impression d’un refus d’affronter le régime sur son propre territoire. Or, aucun président ne sera élu à Paris. Le pouvoir ne se conquiert pas dans l’exil, mais dans l’ancrage.
Un parti en errance, une opposition désunie
Le MRC apparaît aujourd’hui comme un serpent sans tête : il ondule, se débat, cherche une direction, mais n’avance plus. L’opposition au Cameroun souffre d’un mal plus profond encore : la désunion. Pendant que les égos s’affrontent et que les initiatives se fragmentent, le pouvoir en place, lui, continue d’occuper le terrain, d’ajuster ses lignes, de renforcer son appareil. Plutôt que de proposer une vision unifiée, le MRC s’enlise dans un combat personnalisé contre Paul Biya, oubliant que le peuple ne mange pas des slogans. Il veut des solutions. La promesse d’un changement crédible, d’un avenir dessiné avec rigueur et engagement.

Un spectacle pour les caméras, pas pour l’histoire
Le meeting de Paris aura été un spectacle. Mais pas une étape décisive. Il aura nourri l’illusion d’une montée en puissance, alors qu’il ne s’agissait que d’une montée en émotion. Maurice Kamto n’a pas parlé à son peuple ; il s’est adressé à un miroir. Et ce miroir renvoie l’image d’un leader coupé de ses bases, en quête d’un souffle qui ne viendra pas de la scène internationale, mais des racines camerounaises. Car c’est ici, au Cameroun, que tout se joue. C’est ici que se gagnera ou se perdra 2025. Les Camerounais n’éliront pas un président de Facebook, ni un orateur de la République française. Ils éliront celui ou celle qui, les pieds dans la poussière et le regard tourné vers l’horizon, saura marcher avec eux, sur leur sol, à leur rythme, pour bâtir le futur ensemble.









