En décidant d’inaugurer sa campagne à Paris, loin des terres rouges et des rues vibrantes du Cameroun profond, Maurice Kamto, leader du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC) ne commet pas seulement un impair diplomatique : il ouvre la voie à une fracture politique majeure. C’est une erreur stratégique, presque fatale, de commencer une course présidentielle – qui concerne d’abord le peuple camerounais – dans un pays étranger. C’est comme si on choisissait de déclarer sa flamme à une amante en s’adressant à ses voisins. La scène parisienne, bien que prestigieuse, ne peut pas remplacer le théâtre de la réalité camerounaise. Même s’il y avait 30 000 personnes en France, il y a 800 mille camerounais qui vivent en France. Ce que le professeur cherche dans ce pays, il va trouver… Car cette diaspora, souvent perçue comme le bras intellectuel des mouvements de transformation africaine, se retrouve ici transformée en levier de déstabilisation.

Ce meeting ne semble pas être un appel à l’unité, mais plutôt une projection d’un affrontement ultérieur, aux relents ethniques et aux accents de défiance. Statistiquement, la majorité des participants sont issus d’une même région. Ce n’est donc pas le peuple camerounais qui a parlé à Paris, mais une portion, un fragment, un village globalisé. Ce spectacle extérieur, censé incarner l’alternative, donne au contraire des armes aux tenants du pouvoir pour clouer le MRC au pilori de la division. Le MRC est un serpent sans tête qui se débat, se contorsionne, espérant retrouver un chemin, une direction, une voix. Mais les corps sans têtes avancent rarement loin si il ne se noie pas, il entre dans le feu ou recevra un bâton. Comment parler d’unité nationale lorsqu’on est soi-même devenu le catalyseur des clivages ?

Le discours tenu à Paris sonne faux pour ceux qui vivent au rythme des réalités du terrain. L’écho ne porte pas, ou alors, il résonne creux. La dissonance est totale entre la rhétorique de rassemblement et les actes d’un parti dont la cohésion semble se déliter. L’histoire retiendra peut-être ce jour comme le moment où un projet politique s’est exilé de sa propre base. Car en politique, le symbole est tout : tenir un meeting à la Place de la République française, ce n’est pas seulement géographique, c’est idéologique. Cela évoque encore la tutelle coloniale, le maître blanc, le recours extérieur. C’est un message inconscient envoyé à un peuple qui attend qu’on le regarde en face, sur sa terre, et non depuis un podium européen. Il faut se le dire : l’humiliation d’un pays ne peut servir de tremplin à une ambition nationale. Les Camerounais veulent qu’on leur parle au Cameroun. Ce n’est pas en France que se décidera l’avenir du pays. Ce n’est pas au rythme des applaudissements parisiens que se danse la valse de la légitimité politique. D’ailleurs, combien parmi les participants à ce meeting ont réellement la capacité de voter ? Combien sont en règle ? Combien pèsent sur la balance électorale ?

Ce meeting était-il un moment politique ou un spectacle de vanité ? Il est temps de dire les choses avec clarté : le MRC, tel qu’il se présente aujourd’hui, donne l’image d’un mouvement désarticulé, désorienté, en perte de boussole. C’est un cadavre ambulant qui cherche son « repaire. » Le message du changement ne peut pas être fondé uniquement sur la dénonciation d’un homme, fût-il Paul Biya. Quel projet de société ? Quelle vision économique ? Quelle justice sociale ? Le peuple camerounais mérite mieux qu’un slogan de renversement. Il mérite une promesse concrète de gouvernance. Maurice Kamto aurait pu choisir Yaoundé, Douala, Garoua ou Bafoussam pour son grand retour politique. Il a préféré Paris. Qu’il y reste, diront certains. Ici, au pays, c’est un tout autre combat qui se prépare. Un combat de terrain. Un combat d’idées. Un combat pour l’unité, pour la souveraineté, pour la dignité retrouvée. 2025, c’est la GARE, dit-on. Alors qu’on y vienne avec ses valises pleines de solutions, et non avec ses rancunes, ses calculs ou ses clivages. Le Cameroun attend, exige, et mérite un leadership enraciné, pas un exil politique.
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