Mag-Afriksurseine-Mars-2024

GABON LA SUSPENSION DES RESEAUX SOCIAUX CREE LA STUPEUR, LE PRESIDENT SURPRIS PAR LA DECISION

Le coup d’envoi d’une nouvelle polémique vient d’être donné au Gabon. L’annonce de la suspension des réseaux sociaux « jusqu’à nouvel ordre » par la Haute Autorité de la Communication a provoqué un véritable séisme à Libreville et au-delà. Pourtant, selon plusieurs sources concordantes, le président Brice Clotaire Oligui Nguema n’aurait pas été informé en amont de cette décision. Il en aurait lui-même été surpris. Depuis le matin de l’annonce, la confusion règne. Beaucoup s’attendaient à une coupure immédiate après le communiqué de la HAC. Or, les plateformes sont restées accessibles pendant plusieurs heures, alimentant l’étonnement général. D’après nos informations, le chef de l’État serait très remonté contre la procédure employée. Il exigerait des justificatifs précis sur les motivations ayant conduit à une mesure aussi lourde de conséquences. Dans les rues comme sur la toile, les réactions sont partagées. Certains applaudissent, estimant qu’il était temps de mettre de l’ordre face aux dérives. D’autres dénoncent une atteinte grave aux libertés. Les réseaux sociaux, rappellent-ils, ne servent pas uniquement à critiquer. Ils louent quand il le faut et dénoncent lorsque cela ne va pas. Ils sont devenus des outils de travail, de formation, de commerce, de création musicale et d’information.

 

Beaucoup de jeunes entrepreneurs y trouvent leur gagne-pain. Derrière chaque smartphone ne se cache pas un fauteur de trouble. Il y a aussi des commerçants, des artistes, des étudiants, des familles. La question de fond dépasse la seule décision technique. Elle touche à la gouvernance et à la perception du pouvoir. Chaque pays mérite des dirigeants capables d’écouter les critiques autant que les éloges. Gouverner, ce n’est pas faire taire le bruit, c’est savoir y répondre avec responsabilité. Certains y voient déjà un signal inquiétant, parlant de dérive autoritaire. D’autres rappellent qu’un État peut prendre des mesures impopulaires pour préserver l’ordre public. L’équilibre est fragile. Il faut aussi regarder la réalité en face. En Afrique comme ailleurs, l’usage des réseaux sociaux pose un défi éducatif. Insultes, désinformation, diffamation se propagent à grande vitesse. Beaucoup paient leur connexion pour invectiver des personnes qu’ils n’ont jamais rencontrées. La jeunesse mérite une véritable éducation numérique. Réguler ne signifie pas forcément fermer. Encadrer peut être plus efficace qu’interdire. La suspension, même temporaire, risque d’avoir un impact économique non négligeable. Dans un pays où une partie importante des activités informelles transite désormais par le numérique, chaque heure de coupure pèse sur des revenus déjà fragiles.

 

À l’ère où tout se joue en ligne, bloquer l’accès revient à ralentir un écosystème entier. Sur le plan politique, l’affaire prend une tournure sensible. Certains critiques vont jusqu’à remettre en cause la légitimité du pouvoir, évoquant des influences extérieures et comparant la situation à d’autres pays africains où des décisions similaires ont provoqué un tollé. Si une telle mesure avait été prise dans l’espace de l’Alliance des États du Sahel, disent-ils, les réactions internationales auraient sans doute été plus vives. Le débat dépasse donc les frontières gabonaises et ravive les tensions sur la souveraineté, la démocratie et les rapports avec les partenaires occidentaux. Ce qui semble certain, c’est que cette décision, prise sans que le président n’en soit informé selon nos sources, crée une zone de turbulence au sommet de l’État. Elle pose la question du fonctionnement institutionnel et de la coordination entre les organes de régulation et l’exécutif. Qui conseille le chef de l’État. Qui assume politiquement les conséquences. Dans un pays riche en ressources mais où une partie de la population peine encore à bénéficier pleinement de ces richesses, chaque décision symbolique compte. Suspendre les réseaux sociaux, même pour des raisons sécuritaires, touche directement au quotidien des citoyens. Et dans une société où le numérique est devenu l’espace principal d’expression, de commerce et de mobilisation, une telle mesure ne peut être anodine. Le Gabon se trouve à un carrefour. Réguler l’usage des réseaux sociaux apparaît nécessaire pour lutter contre les abus. Mais préserver les libertés et l’activité économique l’est tout autant. Entre autorité et confiance, il faudra choisir la voie de l’équilibre.

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