Avec le départ de Jesse Jackson c’est la vie de l’Amérique Noire qui se referme avec son époque et peut etre le rêve américain. Jesse Jackson s’en est allé, et avec lui une voix qui, des décennies durant, a porté l’espérance là où d’autres ne voyaient que résignation. Une figure majeure de la lutte pour la reconnaissance des droits de sa communauté à la dignité et à la justice tire sa révérence. Par la constance de son engagement, il s’est fait une place admirable dans l’Histoire. Christiane Taubira déclare : « Il est entré dans mon univers militant lorsque j’étais encore adolescente. C’était le temps des éveils, celui où l’on découvre que l’Histoire laisse ses cicatrices dans les institutions et dans les relations sociales. Depuis notre rencontre en 1990, nos chemins n’ont cessé de se croiser, à Washington comme à Paris. Nous avons eu de longues conversations à Howard University, des échanges nourris par la passion du débat et la conviction que le monde peut toujours être redressé. La dernière fois que nous nous sommes retrouvés dans les mêmes lieux, nous avons ri avec cette complicité que seule l’amitié sincère autorise. Au terme d’une cérémonie au Palais de l’Élysée, au cours de laquelle il fut élevé à la dignité de Commandeur de la Légion d’honneur, le Président de la République voulut me présenter en évoquant quelques-uns de mes mérites. Jesse l’interrompit avec malice pour rappeler que j’étais sur sa liste d’invités, et non sur celle de l’Élysée. Quelques jours plus tôt, il m’avait appelée de Washington pour s’assurer de ma présence, et c’est depuis Cayenne que je lui avais promis de venir.
Nous avons ri tous les trois, dans cette légèreté qui n’effaçait jamais la gravité de nos combats. Le lendemain, nous avons encore longuement bavardé lors d’une croisière sur la Seine. Malgré la maladie, il demeurait fidèle à lui-même, confiant, combatif et résolument optimiste. Il croyait à la capacité des peuples à grandir, à la possibilité d’une humanité réconciliée avec elle-même. Jesse Jackson appartenait au grand public sans jamais se dissoudre dans la facilité. Il portait la cause des minorités avec une énergie indomptable, refusant l’injustice comme une fatalité. Beaucoup se souviennent de cette larme qui coula sur son visage au soir de l’élection de Barack Obama. Cette larme contenait des décennies de luttes, de marches, d’humiliations surmontées et d’espérances tenaces. Ce jour-là, c’est toute une mémoire collective qui semblait défiler dans son regard. Il a mené le bon combat.
À quatre-vingt-quatre ans, il a achevé sa course avec la dignité de ceux qui ont donné leur vie à une cause plus grande qu’eux-mêmes. Le peuple afrodescendant et tous les hommes et femmes épris de justice à travers le monde lui seront à jamais reconnaissants. Le révérend devient une étoile, une lumière destinée à indiquer le chemin, quel que soit notre visage, quelle que soit notre couleur, celui de l’amour en humanité. Merci pour les sacrifices. Merci pour la ténacité. Merci pour l’espérance semée dans des terres parfois arides. Va en paix, grand homme. Va en paix. »
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