Alors que les éliminatoires africaines pour la Coupe du Monde 2026 s’achèvent, la tension est à son comble. Certains pays sont déjà assurés de la qualification directe en terminant premiers de leur groupe, mais pour d’autres, tout se jouera à la dernière minute et pas seulement sur le terrain, mais aussi dans les bureaux du règlement.
Le format de qualification (rappel)
Neuf groupes de qualification sont disputés en zone Afrique. Le premier de chaque groupe se qualifie directement pour le Mondial 2026. Ensuite, les quatre meilleurs deuxièmes des neuf groupes sont sélectionnés pour disputer des barrages de la CAF. Le vainqueur de ce mini-tournoi rejoint ensuite les barrages intercontinentaux pour une place finale au Mondial. Mais le hic et ce qui fait débat c’est la règle dite du retrait des résultats contre les derniers du groupe pour établir le classement des meilleurs deuxièmes.
Pourquoi ce retrait de points est envisagé et déjà appliqué
Lorsque tous les groupes n’ont pas le même nombre d’équipes ou que certains groupes subissent des retraits (par exemple l’Érythrée s’est désistée), un déséquilibre apparaît : certaines équipes auront joué plus de matchs, ou affronté plus d’adversaires faibles que d’autres. Pour tenter d’harmoniser les conditions, la CAF/FIFA prévoit de ne pas prendre en compte les résultats obtenus contre les équipes classées dernières de chaque groupe dans le calcul du classement des meilleurs deuxièmes. C’est déjà une décision annoncée récemment : « les matchs contre les sixièmes de chaque groupe ne seront pas comptabilisés » pour le classement des meilleurs deuxièmes. Ce retrait n’est pas appliqué au classement général interne des groupes (c’est‑à‑dire pour déterminer le premier et le second de chaque poule) : il ne sert qu’à la comparaison inter‑groupes des équipes classées deuxièmes.
Application dans le cas que tu évoques : Cap‑Vert vs Cameroun (Groupe D) Prenons ce scénario :
Cap‑Vert est premier avec 20 points, le Cameroun est deuxième avec 18 points. Dernière journée : si Cap‑Vert gagne, il monte à 23 pts et se qualifie directement. Si le Cameroun gagne, il monte à 21 pts, ce qui, dans le classement des meilleurs deuxièmes, pourrait suffire pour être repêché. Si le Cameroun gagne et que le Cap‑Vert perd, le Cameroun deviendrait premier, donc qualifié directement, et Cap‑Vert, en tant que deuxième, pourrait être éligible parmi les meilleurs deuxièmes. Cette logique « ne tient pas la route » si on applique le retrait de points uniquement à certaines équipes. Si on veut être vraiment équitable, on devrait retirer les points à toutes les équipes qui ont remporté des matchs contre les derniers de chaque groupe, puis établir un classement définitif.
Ce que prévoit le règlement (et ce qui est cohérent)
Le retrait ne s’applique qu’au classement comparatif des deuxièmes, pour garantir que les équipes sont comparées sur une base équitable (nombre de matchs similaire, même nombre d’adversaires « utiles »). Il ne remet pas en cause le classement interne de chaque groupe. Retirer les points contre le dernier pour tous les groupes (et pour le classement interne aussi) serait une réforme radicale du format, beaucoup plus lourde à accepter et à appliquer. De plus, si on applique le retrait à tout le monde, alors chaque match contre la dernière place serait invalide, ce qui affaiblirait la logique du tournoi où chaque rencontre compte. Dans ton exemple avec Cap‑Vert vs Cameroun, le retrait ne modifie pas leur confrontation directe : ça n’intervient que s’ils sont deuxièmes dans leurs groupes respectifs et que leur classement doit être comparé avec d’autres deuxièmes. Le retrait ne supprime pas le match de Cap‑Vert contre le dernier pour décider qui est premier ou deuxième dans le groupe D (ce qui paraît, selon les sources, conforme au règlement). Ainsi, si on applique le retrait de points selon les règles actuellement envisagées : Le Cameroun perdrait les points obtenus face à l’Eswatini (dernier du groupe) dans le calcul du classement des meilleurs deuxièmes, dans ton exemple, tu dis qu’il a pris 4 pts contre Eswatini, donc ces 4 pts seraient éliminés pour ce calcul. Cap‑Vert, s’il a aussi affronté le dernier, perdra les points correspondants dans ce même calcul inter‑groupes. En fin de compte, cela peut favoriser des équipes qui ont eu moins de résultats « faciles » mais de meilleurs résultats contre des équipes de milieu ou haut de tableau.

Pourquoi ça suscite la grogne
Transparence et compréhension : Beaucoup de supporters ou de joueurs ne connaissent pas cette règle ou la jugent « bizarre » ou « injuste » car elle semble pénaliser une équipe qui a bien joué ses matchs. Perception de favoritisme : Si certains estiment que le règlement profite à certaines nations (comme le Cameroun dans ton exemple), le débat s’enflamme. Changement tardif ou imprévisible : Si la décision de retrait est confirmée seulement avant la dernière journée, cela peut semer la confusion (et l’impression que les règles changent en cours de route). Équité globale vs équité locale : Le compromis que fait ce système (compensé par le retrait des matchs contre les derniers) est un choix pour garantir une compétition « équitable » entre poules de force inégale. Mais pour les fans, ce compromis paraît arbitraire ou capricieux.

Le principe de retirer les résultats contre les derniers du groupe ne s’applique qu’au classement des meilleurs deuxièmes, pas au classement interne des groupes. C’est dire que si on applique cette règle de façon partielle ou incohérente, on compromet l’équité ou la crédibilité du tournoi. La proposition de retirer les points à tous ceux qui ont battu le dernier (et d’en redéfinir le classement de A à Z) serait une réforme bien plus radicale, mais aussi très compliquée à imposer (et à accepter par toutes les fédérations). En attendant, pour cette dernière journée, tout se jouera à la fois sur le terrain (victoires, différence de buts) et dans l’application exacte de ces dispositions règlementaires, les partisans du « tout gagner son match et après on verra le reste » ont raison : il faut d’abord gagner avant de réclamer les effets des règles.
Tous ces calculs de retrait de points, de scénarios alambiqués et de dépendance à des décisions administratives tardives mettent cruellement en lumière l’état de déliquescence du football camerounais. Alors que les grandes nations africaines, organisées et cohérentes dans leur gestion, ont su arracher leur qualification avant même la dernière journée, nous, Camerounais, en sommes réduits à espérer des retournements de règlement ou des faveurs implicites. C’est indigne pour un pays avec un tel passé footballistique. Nous ne devrions pas attendre que le sort ou une interprétation controversée du règlement nous sauve ; nous devrions imposer notre qualification par la performance, sur le terrain, sans équivoque. Cette situation est le reflet direct des faiblesses profondes de notre administration sportive : instabilité, manque de vision, guerres internes, et absence de planification à long terme. Le football camerounais est en chute libre, et ce n’est plus une affaire de talent – car le talent, nous l’avons toujours eu – mais de gouvernance. Le pouvoir public ne peut plus rester indifférent. Il est temps de prendre des mesures sérieuses pour réformer ce secteur, replacer la compétence au centre et mettre fin à la gestion clanique et opportuniste. Nous savons tous d’où vient le mal, il ne manque qu’un peu de courage pour affronter les vraies responsabilités et sauver ce qui peut encore l’être.
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