C’était une journée froide et angoissante pour ce jeune qui avait quitté sa maison, s’était infiltré parmi les passagers et avait réussi à détourner l’attention du personnel de sécurité avant de se fixer sur les roues d’un avion privé à destination du Nigéria. Quelles étaient ses réelles motivations ? On ne le saura jamais. La seule chose visible, c’était cette mare de sang qui s’étalait sur la piste, comme un sombre baptême d’un aéroport en guerre. Oui, c’était hier, sur la piste de l’aéroport international de Yaoundé-Nsimalen. On a vu un corps traîné, affreux, un corps qui ressemblait à celui d’un jeune homme audacieux.
Le ventre ouvert, la tête éclatée, le cadavre gisait là, inerte, sur la piste, pendant quelques minutes, avant d’entrer dans le silence pour l’éternité. Les témoins de la scène, y compris les pompiers, saisis par la stupeur, ont hésité avant de s’approcher du corps mutilé. À distance, ceux qui ont aperçu la scène ont d’abord cru à un paquet tombé de l’appareil. Mais quel paquet ? Est-ce possible ? Puis, les caméras braquées sur la piste ont agrandi l’image. C’était le corps d’un jeune homme qui, vraisemblablement, tentait de voyager clandestinement. Mais pourquoi ? Le vol était prévu pour le Nigéria, un pays qui n’est pas mieux loti que le Cameroun en matière de pauvreté. Que faisait-il là, accroché à un avion privé à destination d’un pays voisin qui n’attire personne ? Les commentaires vont bon train, parce que la tragédie qui s’est produite glace le sang.
Personne n’osait approcher le corps, tant la scène était effroyable, et ce, sur la piste d’un aéroport réputé pour être surveillé. Ce drame, aussi bouleversant soit-il, annonce une chose : pour ceux qui ne comprennent pas la théorie du chaos, il marque le début d’un contrôle méticuleux de toutes les entrées et sorties désormais. Un jeune homme, dont l’identité reste inconnue et dont les motivations demeurent floues, perd sa vie inutilement. Aller au Nigéria que je connais avec la misère qui prospère partout, j’aurai préféré qu’il s’en alla en Côte d’Ivoire où il n’aurait jamais à dormir sans manger à cause de la présence de la belle-mère dans ce pays. A présent aucun pays africain n’est riche pour accueillir d’autres africains. Tous les pays africains ont des pauvres et des pauvres.
Le Nigéria est un pays ouvert à des camerounais, malgré cela, les camerounais en quête de nouvelles opportunités ne vont pas spécialement ce pays où j’ai vu les pauvres gens par millions. Cette tragédie met en lumière de graves failles de sécurité au sein de l’aéroport et soulève des questions sur les mesures en place pour éviter de telles catastrophes. Nous sommes tous fautifs. Au-delà de l’éducation que nous devons donner à nos jeunes, nous devons regarder en face les conditions de vie difficiles qui les poussent à entreprendre de telles actions désespérées. Offrons à la jeunesse des opportunités économiques et sociales dignes, afin de dissuader ces tentatives périlleuses. Notre pays, nous le savons désormais, va mal. Chaque jour, nous apprenons qu’une personne est partie, emportée par une violence inouïe. Tout semble se régler dans la brutalité, dans la fureur des mots ou dans la sauvagerie des actes et quand on n’est pas frappé par un agent véreux, on est obligé de se donner soi-même la mort pour nous la dédier. C’est le cas de ce jeune qui interpelle notre conscience.