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C’est une chanson, qui sonne à l’oreille  musique puis elle descend dans les profondeurs de l’âme, réveille des émotions que l’on croyait endormies et nous ramène, presque malgré nous, vers les terres où notre enfance a laissé ses plus beaux souvenirs. Xavier Lagaf appartient à cette famille de musiciens qui savent donner à une mélodie la douceur d’une caresse et à un rythme la puissance d’un appel. Depuis quelques jours, cet artiste camerounais installé en France fait parler de lui avec une chanson d’une sensualité remarquable, portée par cette chaleur particulière du makossa qui a longtemps fait battre le cœur de plusieurs générations. Il suffit de quelques notes pour comprendre que l’homme n’est pas  simplement là pour chanter, mais aussi  pour séduire, pour faire danser et surtout pour rappeler que la musique camerounaise possède encore de magnifiques ressources capables de conquérir les sensibilités les plus exigeantes.

Jeune d’allure, élégant, séduisant et naturellement charismatique, Xavier Lagaf possède cette présence que l’on ne rencontre pas chez tous les artistes. Il sait habiter une chanson, accompagner les paroles d’un mouvement du corps, donner à un regard ou à un sourire la signification d’une confidence amoureuse. Chez lui, la musique ne se limite non  pas seulement  à la voix, mais aussi, elle consiste à  se prolonger dans les gestes, dans l’expression du visage et dans cette manière presque instinctive de laisser le corps épouser les ondulations de la mélodie. Tout devient sensoriel. On constate que le chanteur  connait  les chemins secrets qui conduisent au cœur des femmes, sans jamais forcer la séduction. Il chante comme on dit  une déclaration d’amour, avec cette élégance tranquille des hommes qui savent que les sentiments les plus profonds n’ont pas toujours besoin de grands discours.

Pourtant, Xavier Lagaf n’est pas un inconnu dans l’univers musical camerounais. Bien avant cette nouvelle effervescence, son nom avait déjà circulé au pays, où son talent avait suscité de l’intérêt. Puis vint une période de relative discrétion. Dans les milieux du spectacle camerounais de Paris, où les artistes se croisent régulièrement à l’occasion des soirées culturelles, des concerts et des rencontres communautaires, on ne le voyait guère. Certains auraient pu croire que l’homme avait pris ses distances avec la musique. Mais les véritables vocations connaissent parfois de longs silences. Il y a des artistes qui se précipitent pour occuper la scène  et d’autres qui préfèrent attendre que leur œuvre parle à leur place. Xavier Lagaf  appartient bien évidemment  à cette seconde catégorie. Il observait, travaillait et mûrissait probablement ses ambitions dans la discrétion.

La musique c’est comme du vin. Certaines œuvres gagnent avec le temps une profondeur que la jeunesse, malgré toute son ardeur, ne peut immédiatement leur offrir. Les années donnent à la voix une autre couleur, aux sentiments une autre densité et à l’interprétation une vérité nouvelle. Xavier Lagaf revient aujourd’hui avec cette maturité artistique qui transforme une simple chanson en véritable expérience émotionnelle. Selon les chiffres qui circulent autour de sa récente sortie, son titre aurait atteint près de 300 000 vues en moins d’une semaine, toutes plateformes confondues. Une performance qui, si elle se confirme, témoigne de l’intérêt suscité par ce retour. Mais au-delà des chiffres, il existe une réalité autrement plus éloquente, celle du plaisir que sa musique procure à ceux qui l’écoutent.

Et que dire des femmes qui semblent avoir adopté cette chanson avec un enthousiasme particulier ! Elles y retrouvent sans doute quelque chose de cette tendresse que les musiques d’autrefois savaient si bien exprimer. Il arrive même que l’on ne comprenne pas distinctement toutes les paroles. Qu’importe, puisque la musique possède son propre langage. Elle n’a pas toujours besoin d’être traduite pour être comprise. Une voix peut vous toucher sans que vous connaissiez la signification exacte de chaque mot. Une mélodie peut vous arracher à vos préoccupations et vous entraîner vers une piste de danse alors que vous n’aviez nullement l’intention de quitter votre fauteuil. C’est précisément cette force pénétrante que possède le makossa lorsqu’il est interprété avec intelligence, sensualité et sincérité.

On écoute Xavier Lagaf une première fois, puis une deuxième. A la troisième, le corps commence à répondre aux sollicitations du rythme. Les épaules bougent, les pieds cherchent leur cadence et le souvenir du Cameroun remonte doucement à la surface. On pense à Douala, à ses nuits musicales, à ses quartiers populaires où les chansons accompagnaient les histoires d’amour, les retrouvailles et les grandes célébrations familiales. On pense aux amis laissés au pays, aux visages que le temps a éloignés, à ces soirées dont les dernières notes refusaient  l’arrivée du matin. Et soudain, on décroche son téléphone pour appeler quelqu’un au Cameroun. Voilà ce que peut accomplir une chanson lorsqu’elle touche à la mémoire. Elle abolit les distances et rend momentanément leur proximité aux êtres séparés par les océans.

Car le makossa est  un genre musical qui nous rappelle tout sur nous. Il est une partie de l’identité camerounaise, un souvenir  porté  par les guitares, les basses, les percussions et ces voix qui ont accompagné plusieurs décennies de notre histoire culturelle. Il nous rappelle une époque où la musique était aussi une manière de vivre, de courtiser, de raconter les joies et les peines de l’existence. Pour les Camerounais de la diaspora, cette musique possède une signification encore plus profonde. Elle devient une patrie invisible, un morceau de terre natale que l’on transporte partout avec soi. A Paris, à Bruxelles, à Montréal ou ailleurs, il suffit parfois d’un vieux refrain pour retrouver les parfums du pays. Xavier Lagaf participe aujourd’hui à cette transmission sentimentale qui empêche l’exil de devenir un oubli.

Son attachement à cette mémoire musicale apparaît également dans les reprises qu’il consacre à d’autres artistes. En revisitant notamment le répertoire de Nguea La Route, il redonne à des mélodies familières une fraîcheur nouvelle, sans leur retirer cette empreinte sentimentale qui les a rendues populaires. Il s’est également intéressé aux chansons d’Émile Kangue, l’une des grandes figures de la musique camerounaise. Ce choix révèle une qualité essentielle chez un artiste, celle de reconnaître que le talent ne naît jamais dans un désert. Avant nous, d’autres ont ouvert les chemins, inventé des sonorités, porté des rêves et construit des œuvres dont nous recueillons aujourd’hui les fruits. Reprendre une chanson, lorsqu’on le fait avec respect et personnalité, ce n’est pas simplement emprunter la création d’autrui. C’est lui offrir une nouvelle existence, permettre à une génération de découvrir ce que la précédente avait aimé.

Il faut d’ailleurs reconnaître que notre musique camerounaise a parfois souffert d’un étrange paradoxe. Nous possédons un patrimoine musical considérable, mais nous ne prenons pas toujours suffisamment soin de ceux qui l’ont bâti. Des artistes qui ont fait danser l’Afrique entière disparaissent progressivement des grandes scènes, tandis que leurs œuvres restent vivantes dans les souvenirs. Il appartient aux nouvelles générations de renouer avec cette histoire, non pour reproduire éternellement le passé, mais pour en prolonger la beauté. Xavier Lagaf semble avoir compris cette nécessité. En faisant revivre certaines mélodies, il établit un dialogue entre les générations. Il rappelle que l’innovation n’exige pas l’effacement de la mémoire et que l’on peut être moderne tout en demeurant profondément fidèle à ses racines.

Il y a également dans son parcours une leçon que notre diaspora artistique gagnerait à méditer. Paris accueille de nombreux talents camerounais, mais tous ne bénéficient pas de la visibilité qu’ils méritent. Certains travaillent dans l’ombre, partagés entre leurs responsabilités quotidiennes et leur passion pour la création. Les difficultés de production, les coûts de promotion et la rareté des véritables structures d’accompagnement finissent parfois par décourager les meilleures volontés. Pourtant, il suffit qu’une chanson rencontre son public pour que les années de patience prennent soudain une autre signification. Le succès de Xavier Lagaf, s’il continue de se confirmer, pourrait rappeler à nos artistes qu’une carrière ne se construit pas uniquement dans le bruit des soirées mondaines. Elle se construit aussi dans le travail silencieux, dans la recherche de la justesse et dans cette obstination à croire en son talent lorsque personne ne semble encore vous attendre.

Ce qui me plaît particulièrement chez cet artiste, c’est cette impression d’humilité qui accompagne son expression musicale. Il ne semble pas chercher à écraser les autres pour exister. Il avance avec son tempérament, son élégance et cette générosité artistique qui consiste à reconnaître les mérites de ses prédécesseurs. Solitaire peut-être dans sa manière de travailler, mais profondément lié à l’univers musical camerounais, il donne le sentiment d’un homme qui a compris que la grandeur d’un artiste ne se mesure pas seulement à la célébrité. Elle se mesure aussi à ce qu’il apporte aux autres, aux émotions qu’il suscite et aux souvenirs qu’il contribue à préserver.

Et voici que décembre approche, avec ses fêtes, ses retrouvailles et cette atmosphère particulière qui rassemble les familles autour des plaisirs simples de l’existence. Déjà, j’imagine cette chanson traverser les salons, animer les soirées, accompagner les retrouvailles de ceux qui ne se sont pas vus depuis longtemps. Je vois les couples retrouver leurs pas de danse, les femmes sourire aux premières notes et les hommes abandonner leur réserve pour rejoindre la piste. Il y aura certainement d’autres chansons, d’autres rythmes et d’autres artistes. Mais celle de Xavier Lagaf possède cette saveur particulière des mélodies qui arrivent au bon moment, lorsque les cœurs ont besoin de chaleur et que les souvenirs réclament un peu de musique pour retrouver leur éclat.

Pour ma part, je n’hésite pas à considérer Xavier Lagaf comme l’une des belles révélations musicales de cette fin d’année. Il pourrait même devenir, à mes yeux, l’un des artistes qui auront le plus marqué nos célébrations de décembre. Il ne s’agit pas simplement de saluer une chanson qui rencontre son public, mais de reconnaître la beauté d’une démarche artistique qui réconcilie la sensualité, la mémoire et l’identité culturelle. Le makossa a encore de beaux jours devant lui tant qu’il existera des musiciens capables de lui donner cette profondeur humaine.

Bravo, Xavier Lagaf ! Tu as rajeuni le makossa. Continue de chanter le Cameroun, de faire danser ses enfants dispersés à travers le monde et de réveiller dans nos esprits  ces instants que le temps n’a jamais réussi à effacer. Les grandes chansons ne meurent pas. Elles changent simplement de voix pour poursuivre leur voyage à travers les générations. Et lorsque décembre viendra frapper à nos portes, il ne serait pas étonnant que ta musique soit déjà là, installée dans nos maisons, dans nos fêtes et dans nos cœurs, comme une vieille amie revenue de loin pour nous rappeler que le bonheur possède parfois la simplicité d’une belle mélodie.

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