Mag-Afriksurseine-Mars-2024

IL S’APPELAIT JACQUES TOCO MOUME

PAR EDOUARD KINGUE

Le Portugais Fernão do Po fut le premier Européen à atteindre les côtes du Cameroun, à la fin du XVe siècle. Il baptisa l’estuaire du Wouri le «Rio dos Camarões» (Rivière des crevettes), qui, par déformation, donna naissance au nom « Cameroun ». Le 14 juillet 1884, le docteur Gustav Nachtigal fait hisser le drapeau allemand à Kamerun Stadt. Douala va porter ce nom jusqu’en 1896. C’est également la date de naissance de Toco Moumé, qui deviendra plus tard, Ecrivain Interprète puis Rédacteur Principal des Services Civils et Financiers dans ce qui était alors la fonction publique sous le protectorat français ; mais il était aussi propriétaire agricole et chercheur à ses heures perdues Toco Moumé de Bell ? Un Duala de Bonanjo, dont le nom ne renvoie plus aucun écho sur l’histoire des Bell. Au moment où son village a maille à partir avec le lointain successeur de Tét’Ekombo Rudolf Duala Manga Bell, pendu haut et court à quelques mètres de chez lui à Bonanjo. Sur le plan de la Tradition il était natif du célèbre Mbu’a Mwemba, une association d’âge regroupant des initiés marqués par les vertus ésotériques et mythiques de la pluie, mère des ‘mbeatoè’, de la prospérité agricole et de la purification de la nature. Adjoint Administratif de la Chefferie du Canton BELL de 1952 à 1958, le père de l’ingénieur aujourd’hui à la retraite, Emmanuel Toco Ndedi, Ancien Administrateur Directeur Général d’Air-Liquide Ghana Ltd et Air Liquide Nigeria plc , et Directeur d’Air Liquide Gabon et Sénégal, avait occupé les fonctions de Premier Secrétaire du Chef Supérieur et d’Attaché au Cabinet du Député Alexandre NDOUMBE DOUALA MANGA BELL.

 

Pendant le long séjour à l’étranger de ce dernier, Toco Moume a été Chargé de l’Intérim de la Chefferie du Canton Bell. Mais au-delà de ces charges historiques, celui qui était devenu après 1958 , tour à tour Assesseur Titulaire près le Tribunal Coutumier de Douala, Président du Tribunal Coutumier de Douala-Ville, Président du Tribunal du Travail de Douala Sous l’Administration Camerounaise, a mené des activités de recherches intenses sous le label de « l’Institut de Langues et Civilisations Africaines », notamment en signant un opuscule intitulé : « Ekomb’a Douala Botea na o bebotedi natena o minyama masu na bedemo bao ». (Us et coutumes du peuple Douala du début à nos jours) un manuscrit de 32.257 mots daté du …16 mai 1934 ! Dans ce cahier, l’auteur signale les pérégrinations du peuple Douala d’Ethiopie à Madoumewal’e en passant par Babimbi et Piti. Un autre chapitre parle de la généalogie du peuple Duala avant l’arrivée des ‘blancs’; le Douala d’aujourd’hui et de demain…et des rubriques particulières concernant la vie en société et la hiérarchie traditionnelle, suivi d’un autre cahier concernant le mariage et la vie en couple. Douala est une ville historique. Son travail a concerné la restitution des lieux de mémoire, la culture, la tradition et sa transmission. Il y a certes eu pas mal d’écrits souvent contradictoires sur le sujet, toutefois nous retenons avec Toco Moumé et bien plus tard avec Samuel Ngoye Mukuri dans « les Bonadoo la Makongo au sein des Sawa Douala » que « Les Douala tirent leur origine de l’Égypte pharaonique vers le début du 4ème siècle avant J-C (3402) et l’ancêtre des Douala s’appellerait MAKOTA. Parti de l’Égypte, le groupe EWALE passe par l’Éthiopie et le Soudan ».

Il faut saluer le travail des éveilleurs de ce peuple de l’eau qui bien avant l’arrivée des colons et peu après ont eu souci à plusieurs époques, de noter et de transmettre leur histoire, leur culture et leurs traditions. Certes, beaucoup d’activités littéraires et de recherches se sont engluées dans les difficultés éditoriales aux nombres desquelles l’oralité a eu souvent raison de la mémoire et des limites biologiques. Les supports et l’encadrement ont aussi fait défaut. Les manuscrits de Toco Moume ont été sauvés du naufrage heureusement et devraient intéresser les éditeurs. C’était un homme pluriel auquel le Prince René Douala Manga Bell a rendu hommage en ces termes le 9 Mars 1998 : « Des hommes comme Toco Moumé sont des espèces rares qu’on ne rencontre que de temps en temps à certaines périodes de l’Histoire des peuples et des continents ». L’on n’est pas surpris qu’il ait exercé également d’intenses activités agricoles : Ami de jeunesse de Bema Moulendè, dès 1936 il ouvre une exploitation agricole à Namba, secteur Agricole de Manjo. Une superficie 50 Hectares cultivés, comprenant du café Robusta, des bananiers Gros Michel, Bananiers Plantains etc. Il a travaillé très tôt sous l’Administration Allemande. De 1910 à 1914, comme Ecrivain-interprète (à la Région de Douala et à l’Administration Centrale à Buea). Services interrompus à cause de la guerre 1914-1918. Et sous l’Administration Française dès 1917 jusqu’en 1949, avec un passage pendant lequel et il est mis à la disposition du Chef du Bureau de Renseignements et des Archives Etrangères.

 

Au moment de sa retraite, il était Secrétaire d’Administration de 1ère classe dans les services du Gouverneur, Commissaire de la République Française. A ses heures perdues il a été photographe de week-end et il a créé et dirigé sa propre boulangerie à Yaoundé dans les années 1940.
Il fait partie d’une génération qui a beaucoup donné au Cameroun :Bema Moulende ;Ekambi Kingue alias Grand Bateau ; Komè Jean ; Fouda André ; Soppo Priso ; Albert Mod’a Bebe Bell ,Jemba Wilhem ;Tokoto Essomè ; Douala Moudouthè ; Elokan Ebongué ; Eitel Douala Bell ; Dr Henri Douala Bell ;Sam Mandessi Bell , etc.. Toutes les élites Sawa qui sont passées par Yaoundé pour des études à l’Ecole Supérieure ou autres l’ont fréquenté ou côtoyé : il en a hébergé un bon nombre dans sa concession à Ndjoungolo entre 1930 et 1950. A cette époque bénie, on notait parmi les locuteurs de l’allemand dans l’Administration Française : Franz Mudute Bell, Thomas Missipo Mouloby ; Robert Dibongue ; Ferdinand Edinguele ; Isaac Moume Etia, né le 8 août 1889, un écrivain, interprète, poète, essayiste, fabuliste, linguiste et haut fonctionnaire …; Franz Sengat-Kuo le père de l’autre… A noter que ce locuteur Duala devenu polyglotte (Allemand, Français, Anglais, Ewondo, Manguisa, Bulu) par la patience, la force de travail et l’écoute des autres était aussi un fervent chrétien, ancien de l’E.E .C. et adepte de l’Apôtre Paul.
Médaillé comme Chevalier de la Légion d’Honneur Française en 1947 et Officier de l’Ordre de la Valeur du Cameroun en 1959, il a fait partie d’une génération qui a beaucoup donné au Cameroun : Doumbe-Mouloby ; S.E.Kuoh Mukuri, le premier ambassadeur du Cameroun en France et ensuite aux Etats-Unis ; Kuoh Isedu ; S.E.Ntheppe Aimé Raymond, Moses Ekal’a Pidi, etc

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