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Une école dans le Nord Cameroun : le visage de l’extrême misère scolaire

Au cœur du Nord Cameroun, là où le soleil brûle la terre et où la poussière efface les traces du progrès, se dresse l’image bouleversante d’une école sans murs, sans toit, sans bancs. Ce qui devrait être un lieu de savoir ressemble davantage à un symbole d’abandon. Les enfants, assis à même le sol, bravent chaque jour les conditions les plus rudes pour apprendre. Leur sourire fragile cache une réalité implacable : une vie sans éducation est une vie amputée de son avenir. Quand la pluie tombe, paradoxalement, c’est jour de fête. Les élèves, heureux d’un répit imposé, considèrent cela comme un « jour férié », une permission inattendue, comme si la République avait décrété le repos. Ironie cruelle, où la misère transforme l’eau du ciel en décret présidentiel. Pourtant, malgré l’absence de bancs, de tableaux convenables, de murs protecteurs, ces enfants s’accrochent à l’école. Leur engagement force le respect. Mais il pose aussi une question qui dérange : comment expliquer qu’après tant d’années d’indépendance, l’éducation de certaines régions reste prisonnière de la précarité ?

 

  Les regards se tournent vers les élites locales, celles qui ont eu en main le destin de cette région mais qui, pour beaucoup, se sont contentées de festoyer autour des richesses nationales. Les noms résonnent : Issa Tchiroma, Bello Bouba… Des personnalités qui aspirent à présider aux destinées du Cameroun, mais qui n’ont pas su relever la terre où ils sont nés. Comment prétendre bâtir un pays tout entier quand on laisse sa propre maison s’effondrer ? La faute ne revient pas qu’à l’État. Les parents, le chef du village, la communauté ont aussi une responsabilité. Une scie, quelques planches, un peu de solidarité suffiraient déjà à offrir des bancs aux enfants. Partout ailleurs, les associations de parents d’élèves participent à la construction, fût-ce de classes provisoires. Ici, l’attente de l’État a paralysé l’élan communautaire. Et pourtant, l’école devrait être sacrée. Elle est le socle sur lequel une nation s’élève. Exiger une école par village, c’est noble, mais encore faut-il penser aux enseignants, aux bâtiments, à la qualité de l’enseignement. Même dans des pays mieux structurés, l’école par village reste un luxe.

 

Au Cameroun, la politique scolaire doit être repensée en profondeur. Pendant ce temps, le gouvernement contracte des emprunts, soi-disant pour le compte des écoles primaires. Mais dans la réalité, ce sont les duplex des hauts fonctionnaires qui s’élèvent, pas les salles de classe. Le fameux « porte-monnaie magique » ne nourrit que les privilégiés, laissant le peuple avec des promesses creuses et des bancs invisibles. L’image de cette école du Nord Cameroun est plus qu’une photo : c’est une plaie ouverte. Elle crie la souffrance d’une région oubliée, convoquée seulement lors des élections, quand les sardines et les petits pains deviennent des armes de séduction. Il est temps que les consciences s’éveillent, que les parents refusent l’archaïsme, que les élites cessent de trahir leur peuple, et que l’État tienne enfin ses promesses. Car un enfant privé d’éducation, c’est une nation tout entière que l’on condamne à l’obscurité.

 

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