L’Arbre de Vie Tabernacle », c’est le nom de l’église dont le pasteur s’est livré à un baptême qui a envoyé ses ouailles au ciel. Nous l’avons toujours dit, une Église qui offre quelque chose restera, tandis que celle qui n’offre rien finira par disparaître. Ce sera peut-être le cas de l’église citée ici, comme de certaines autres qui pourraient s’ajouter à la liste, car cette affaire montre qu’il est désormais temps de couper les mauvais arbres et, mieux encore, de les déraciner. C’est avec le coeur serré que nous relatons ce douloureux événement. Le dimanche 18 octobre 2026 restera comme une journée douloureuse pour la communauté chrétienne de Brazzaville. Ce qui devait être un moment de joie, de renaissance spirituelle et d’entrée solennelle dans une nouvelle vie de foi s’est transformé en tragédie dans les eaux de la rivière Djoué. Des fidèles de l’église L’Arbre de Vie Tabernacle s’y étaient rendus pour une cérémonie de baptême. Selon le récit communiqué après les faits, plusieurs personnes avaient déjà reçu le baptême lorsque l’une des fidèles, présentée comme étant entrée en transe, aurait quitté la zone où se déroulait la cérémonie pour se diriger vers une partie plus profonde de la rivière. Des membres de l’église se seraient alors précipités pour lui porter secours.

Dans la confusion, plusieurs personnes furent emportées par les eaux. Le bilan annoncé après le drame faisait état de trois vies perdues. Le procureur de la République et des membres du gouvernement se sont rendus sur les lieux afin que soient établies les circonstances exactes de cette tragédie. Devant une telle catastrophe, la première pensée doit aller aux disparus et à leurs familles. Aucun discours, aucune interprétation spirituelle, aucune justification religieuse ne pourra remplacer un enfant, un frère, une sœur, un père ou une mère arrachés brutalement à l’affection des leurs. La foi chrétienne enseigne la compassion devant la souffrance humaine. Elle commande aussi la responsabilité. C’est précisément parce que nous respectons profondément la religion et la grandeur du message chrétien qu’il devient nécessaire de dire avec fermeté que l’on n’improvise pas un baptême, encore moins lorsqu’il doit être pratiqué dans une rivière dont la profondeur, les courants et les dangers naturels peuvent mettre des vies en péril. Ce drame ne saurait cependant devenir le procès de toutes les Églises de réveil. Ce serait profondément injuste. À travers l’Afrique, ces communautés chrétiennes ont accompagné des millions de personnes dans leurs détresses, leurs solitudes et leurs espérances. Elles ont accueilli des familles déchirées, soutenu des malades, consolé des endeuillés, recueilli des personnes abandonnées et redonné à certains hommes et à certaines femmes une raison de croire en demain. Dans des quartiers où les institutions sociales sont parfois insuffisantes, l’Église de réveil devient souvent une maison fraternelle. Elle écoute ceux que personne n’écoute plus. Elle rassemble ceux que la pauvreté, l’exclusion ou les épreuves avaient dispersés.

Lorsqu’elle est conduite par des responsables instruits, équilibrés et conscients de leurs responsabilités, elle peut être une remarquable école de solidarité, de discipline morale et d’espérance. C’est justement cette grandeur qu’il faut protéger contre les dérives de ceux qui transforment la vocation pastorale en aventure personnelle. Il faut avoir le courage de poser la question de la formation de certains responsables religieux. On ne devient pas pasteur simplement parce que l’on sait prêcher avec éloquence, citer quelques versets ou impressionner une assemblée. La théologie est une discipline. L’exégèse biblique demande du travail. L’accompagnement des personnes exige du discernement. La conduite d’une communauté implique une responsabilité morale et humaine immense. Lorsqu’un pasteur organise une activité présentant un risque physique, sa responsabilité ne s’arrête pas à la prière. Il doit prévoir les conditions matérielles de sécurité, connaître les lieux, identifier les zones dangereuses et s’entourer, lorsque cela est nécessaire, de personnes capables d’intervenir efficacement en cas d’accident. Il devient donc préoccupant d’entendre, après une catastrophe, des explications qui risquent de déplacer la responsabilité humaine vers le seul domaine surnaturel. Certains parlent de délivrance, de démons ou d’esprits des eaux. Ces représentations appartiennent aux convictions de certaines communautés et aux imaginaires religieux présents dans plusieurs sociétés africaines. Elles peuvent être respectées comme croyances, mais elles ne doivent jamais empêcher de poser les questions concrètes. La rivière était-elle suffisamment sécurisée pour accueillir un baptême collectif ?

La profondeur avait-elle été évaluée ? Des personnes sachant parfaitement nager étaient-elles présentes ? Existait-il des gilets, des cordes ou un dispositif de secours ? Pourquoi une personne manifestement agitée ou en état de transe a-t-elle pu atteindre une zone dangereuse ? Voilà les interrogations auxquelles une communauté responsable doit également répondre. Jésus-Christ n’a jamais demandé à ses disciples de mépriser la vie pour démontrer leur foi. Le baptême chrétien symbolise précisément le passage vers une vie nouvelle. Il serait donc contradictoire que sa célébration soit entourée d’une négligence mettant inutilement l’existence humaine en danger. Certaines Églises choisissent aujourd’hui des bassins ou des piscines aménagées pour leurs baptêmes. Ce choix n’enlève rien à la valeur spirituelle du sacrement. La puissance d’une foi ne se mesure ni à la profondeur d’une rivière ni au caractère spectaculaire d’une cérémonie. Une eau calme et sécurisée peut porter exactement la même signification religieuse lorsqu’elle accompagne une démarche sincère. La tragédie du Djoué doit ainsi provoquer une véritable réflexion au sein des communautés chrétiennes. Il faut des pasteurs formés, des responsables conscients de leurs obligations et des fidèles auxquels on enseigne que la foi ne signifie jamais l’abandon de la raison. Dieu, pour celui qui croit, n’interdit ni la prudence ni l’intelligence.

La spiritualité ne devrait jamais devenir le prétexte permettant de négliger les lois de la nature et les exigences de la sécurité. Lorsqu’une rivière est profonde, elle reste profonde pour le croyant comme pour le non-croyant. Lorsqu’un courant est puissant, la prière n’autorise personne à l’ignorer. Que les Églises de réveil continuent donc d’être ces lieux de ferveur, d’espérance et de fraternité dont l’Afrique a besoin, mais qu’elles refusent avec la même énergie l’improvisation, l’amateurisme et les aventures spirituelles conduites par des personnes qui confondent inspiration et compétence. Un véritable homme de Dieu devrait être, avant toute chose, le gardien de la vie qui lui est confiée. Il ne suffit pas de conduire des âmes vers le ciel, encore faut-il protéger les hommes et les femmes qui marchent sur la terre. Aux familles frappées par cette tragédie, aucune polémique ne rendra les êtres aimés. Il reste le silence du deuil, la solidarité des vivants et cette immense question que Brazzaville ne devrait pas laisser disparaître avec le courant du Djoué. Combien de drames faudra-t-il encore pour comprendre que la foi et la responsabilité ne sont pas ennemies ? Une grande Église n’est pas celle qui multiplie les manifestations spectaculaires. Elle est celle qui sait unir la ferveur à la connaissance, la prière à la prudence, le mystère à la raison et, par-dessus tout, l’amour de Dieu à la protection absolue de la vie humaine.
