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Pourquoi certains lamidos du Grand Nord soutiennent Paul Biya ?  À la lisière du Sahel, où le vent cisèle les visages et où les saisons dictent la vie, les lamidos, ces chefs traditionnels qui portent la mémoire collective et les responsabilités communautaires  tiennent parfois des positions qui surprennent. Leur fidélité affichée à Paul Biya, renouvelée dans des gestes publics et des photographies que l’on brandit comme des talismans, raconte une histoire plus complexe qu’un simple attachement au pouvoir. D’abord, il y a la logique du lien. Dans des régions où l’État central reste la principale source d’investissements, d’emplois et d’aides matérielles, le chef traditionnel joue un rôle de médiateur. Soutenir le président en exercice, c’est, pour certains lamidos, assurer l’accès aux ressources  routes, subventions, postes administratifs, dont dépend la survie de leurs communautés. Ce soutien se lit comme une stratégie pragmatique : mieux vaut maintenir des canaux d’influence que risquer l’isolement.

 

Ensuite, le temps long modèle les décisions. Beaucoup de ces chefs ont connu des décennies de transitions lentes, promesses, projets avortés, coups d’éponge budgétaires, et ont appris que la stabilité politique, même imparfaite, peut préserver la paix et la continuité des organisations sociales. Paul Biya, par sa longévité, incarne pour eux une forme de stabilité institutionnelle, fût-elle critiquable aux yeux d’autres régions. Dans un monde où l’instabilité se paie en vies et en récoltes perdues, le choix de la continuité n’est pas seulement idéologique : il est social et conservateur. Il y a aussi la dimension identitaire et symbolique. Les lamidos, gardiens des coutumes et de l’honneur du terroir, se reconnaissent parfois dans des discours qui valorisent le respect des hiérarchies ou la préservation de l’autorité. Le soutien public à un chef d’État mature peut se lire comme une traduction moderne de cette posture : l’expression d’une dignité collective, la défense d’une image qui inspire respect et obéissance au sein de la communauté. Par ailleurs, l’histoire locale compte. Certains lamidos entretiennent des réseaux personnels avec des ministres, des directeurs d’entreprises publiques ou des hommes d’affaires proches du pouvoir. Ces réseaux ont des retombées concrètes : projets agricoles, bourses pour étudiants, postes de travail.

 

Dès lors, le soutien en dehors d’être un symbole,  est aussi  une monnaie d’échange sociale et matérielle. Quand on vit sur des marges économiques, ces retombées pèsent lourd dans la balance des choix politiques. Enfin, il y a la peur réelle du changement brutal. Les régions exposées aux défis sécuritaires, climatiques et économiques craignent que des transitions rapides se traduisent par des ruptures de services, des revanches locales ou l’effritement des protections acquises. La prudence politique des lamidos, souvent raillée par des observateurs urbains, peut être l’expression d’un devoir protecteur : préserver ce qui demeure pour le rendre supportable aux plus vulnérables. Ce regard explicatif ne blanchit pas les responsabilités, ni celles des élites, ni celles de l’État,  ni n’ignore les critiques légitimes sur la mauvaise répartition des ressources et la nécessité de réformes profondes. Mais il replace les gestes publics des lamidos dans un cadre compréhensible : stratégies de survie, héritage culturel, rapports de force, et calculs sociaux. Comprendre n’est pas approuver, mais c’est permettre un dialogue plus précis. Si la question est de changer ces dynamiques, il faudra plus que des dénonciations : des politiques publiques crédibles, des investissements locaux tangibles, des mécanismes transparents et la construction de nouvelles formes de légitimité où autorités traditionnelles et institutions démocratiques partagent des objectifs communs. Tant que le lien entre ressources et accès au pouvoir restera aussi direct, les gestes symboliques, photos, cortèges, serments, continueront d’exister et de parler pour des raisons bien réelles.

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