Une récente interview de Samuel Eto’o, diffusée sur une chaîne de télévision internationale, nous présente un héros national, drapé dans sa propre légende, justifiant avec aplomb les nombreuses critiques qui lui sont adressées. Mais à l’écoute de ses propos, une chose frappe : l’homme ne semble toujours pas saisir la nature profonde des reproches qui lui sont faits. Il se croit encore au-dessus de la mêlée, autorisé à tout, intouchable. Ce culte de soi, porté à son paroxysme, devrait nous alerter. Car il est dangereux, pour un homme aussi influent, de confondre autorité et infaillibilité, leadership et monopole de la vérité. Nous aimerions, en toute lucidité, lui adresser cette observation : l’admiration que tu inspires n’est pas un blanc-seing. Et si l’histoire t’a couronné, elle ne t’a pas exempté du devoir d’écoute, ni de l’humilité que réclame la grandeur véritable.
« Tu dis que ton ambition t’a forgé, Samuel. Soit. Mais ne confonds pas ambition et autoritarisme, confiance en soi et culte de la personnalité. Tu as été le génie des pelouses, oui, mais aussi l’homme des querelles de vestiaire, des caprices d’ego, des ultimatums en pleine compétition. N’oublie pas que là où tu dis avoir osé, d’autres ont dû se taire pour ne pas faire sombrer le navire que tu secouais. » Aujourd’hui, fort de ta réussite, tu te poses en modèle. Mais quel modèle étouffe les voix dissidentes ? Quel mentor écarte les talents montants pour mieux régner seul sur les ruines de l’espoir collectif ? Être un leader, ce n’est pas écraser les autres, c’est les élever. Ce n’est pas se battre pour être le seul au sommet, mais tendre la main à ceux qui grimpent aussi. Tu le fais surement mais à quel prix pour ceux que tu as élevé ? Tu es devenu président, mais ce poste exige plus que de l’orgueil reconditionné en « détermination ». Il exige de l’écoute, de l’humilité, de la vision pour les autres – pas seulement pour toi.
Tu as été le feu dans les jambes, il est temps d’apprendre à être la lumière dans les idées. Car si ton ego t’a élevé, il risque aussi de te consumer. Et tu laisseras peut-être derrière toi non pas un héritage, mais une ombre portée sur l’avenir des jeunes que tu prétends inspirer. « Tu es, sans doute, un homme que le destin a porté haut – c’est ton heure, nul ne peut le nier. Mais rappelle-toi que toute lumière finit par pâlir, et que les regards finissent toujours par se détourner. Tu veux tout contrôler, tout imposer ; mais à force de tirer sur la corde, elle finit par rompre. Nous t’aimons, et c’est précisément pour cela que nous refusons de te voir t’égarer. La vie, vois-tu, a son propre sens de la justice – elle tourne, elle équilibre, elle ne favorise personne éternellement. La nature a sa logique profonde : elle laisse briller un moment, puis écoute le souffle du plus grand nombre. N’oublie jamais que ce murmure collectif a bien plus de poids que l’écho d’un seul homme, aussi fort soit-il.