Roselyne Chambrier représente cette génération africaine qui bouscule les certitudes et fait voler en éclats les discours faciles sur la réussite. On entend souvent que les enfants issus de familles aisées n’ont aucun mérite, comme si l’aisance garantissait automatiquement le succès. Pourtant, l’expérience prouve le contraire : tous les enfants de familles nanties ne brillent ni dans les études, ni dans la vie professionnelle. Même si on est de famille aisée, la réussite n’est jamais un acquis. Les parents luttent pour que leurs enfants reprennent le flambeau, mais ce n’est pas un chemin tracé d’avance. Dans ce contexte, le parcours de Roselyne Chambrier apparaît non seulement remarquable, mais exemplaire. À seulement 34 ans, elle dirige la construction d’un port minéralier en Côte d’Ivoire, un chantier titanesque qui mobilise plus de mille employés en pleine crise sanitaire mondiale.
Elle dort sur site dans des sacs de couchage, assure la logistique, gère les contaminations successives, tout en maintenant délais et budgets. Ce port de San Pedro, achevé en 2022, représente à lui seul près de 3 % du PIB ivoirien et a généré des milliers d’emplois. Pour une femme africaine de cet âge dans un secteur d’infrastructures dominé par les hommes, l’exploit force le respect. Sa détermination, elle ne l’a pas volée. Ceux qui ont connu son père attestent de l’héritage intellectuel et moral qu’il lui a transmis : un érudit, humble et rigoureux. Issue d’une famille d’enseignants et de médecins, Roselyne grandit dans un environnement où l’exigence est une seconde nature. Formée entre Londres, Paris et Berlin, diplômée de l’ESCP, elle démarre en fusion-acquisition avant qu’une crise financière mondiale ne la ramène en Afrique. À 24 ans, elle participe à la création d’une banque d’investissement ; à 28 ans, elle devient directrice du développement pour l’Afrique ; quelques années plus tard, PDG d’Arise Ivoire. Aujourd’hui âgée de 40 ans, forte de seize années d’expérience dans la finance et les infrastructures, elle fonde en 2024 Onze Capital, un fonds d’investissement destiné à mobiliser le capital africain, humain, financier et industriel, afin de bâtir une économie durable et endogène.

Roselyne Chambrier croit fermement que, d’ici 2050, un travailleur sur trois sera africain, et que cette dynamique ne sera une chance que si le continent parvient à transformer sa jeunesse en une main-d’œuvre qualifiée et compétitive. Son engagement dépasse le cadre économique : administratrice du Fonds souverain du Gabon, elle préside également la Fondation Sename, à l’origine d’un vaste programme de 300 000 formations au codage pour les jeunes au Gabon, en Côte d’Ivoire et au Bénin. Elle porte aussi un projet d’école d’excellence dédiée aux filles de 3 à 18 ans, un lieu pensé pour les protéger, les encourager et les mener vers la pleine réalisation de leur potentiel. Face à un tel parcours, certains rappellent que partir d’une famille aisée offre des avantages indéniables ; une éducation de qualité, un carnet d’adresses, un capital culturel qui facilitent l’ascension. C’est vrai. Mais ces conditions ne suffisent pas : nombreux sont ceux qui, malgré le privilège, gâchent leur chance. Là où certains dilapident fortunes et opportunités dans les excès et le paraître, Roselyne Chambrier bâtit, innove, crée, transforme. Elle prouve que le privilège n’annule pas le mérite, que la discipline, la vision et le travail acharné restent les fondations de toute réussite durable.
Elle n’est peut-être pas « partie de zéro », comme le soulignent ceux qui rappellent l’inégalité d’accès aux opportunités en Afrique. Mais son parcours démontre qu’une éducation solide peut devenir une force de transformation, et qu’un privilège bien employé peut servir le bien commun. Si nos dirigeants comprenaient l’importance de créer des écoles de classe internationale, accessibles à tous, bien d’autres enfants issus de milieux modestes pourraient accomplir les mêmes prouesses. Roselyne Chambrier n’est pas seulement une figure brillante ; elle est l’image d’une Afrique qui se construit, d’une femme qui assume son héritage tout en forgeant sa propre voie, et d’un leadership qui inspire, non parce qu’il part du néant, mais parce qu’il transforme ce qu’il reçoit en quelque chose de plus grand. Félicitations à elle, car elle porte le continent haut, avec courage, intelligence et une vision profondément ancrée dans l’avenir de la jeunesse africaine.
(sources profil facebook d’Edith Brou)
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