En Ouganda, terre où le gardien camerounais André Onana est élevé au rang de héros, un autre nom fait aujourd’hui les gros titres — non pour ses exploits sportifs, mais pour la main de fer qu’il entend imposer au destin du pays. Le général Muhoozi Kainerugaba, fils du président Yoweri Museveni, au pouvoir depuis plus de trois décennies, incarne la transition annoncée d’un régime autoritaire à une dynastie politique assumée. À la différence de son père, homme de silence et de contrôle, Muhoozi parle. Et lorsqu’il parle, c’est avec la violence tranquille de ceux qui ne craignent ni contradiction, ni jugement. Dans une série de messages publiés sur les réseaux sociaux, il a lancé des menaces sans ambiguïté : « Nous expulserons tous les traîtres qui s’opposent publiquement à Mzee. »

Ceux qui ne soutiennent pas mon père sans réserve feraient mieux d’être très prudents. » Le ton est donné. À quelques mois des élections générales prévues en janvier, le climat politique est devenu lourd, hostile, marqué par une répression sourde de l’opposition, comme si le scrutin n’était qu’un théâtre, dont le scénario serait déjà écrit. Mais le général ne s’arrête pas à la politique. Il impose également sa vision de la société, jusqu’à l’uniforme des militaires. Une récente décision interdit aux femmes soldats de porter le pantalon, au nom d’une conception rétrograde des genres : « Le pantalon est pour les hommes, pas pour les femmes. Quiconque osera faire porter à nos sœurs un pantalon lors d’un défilé passera une très mauvaise journée. » Ainsi, le vestiaire devient l’arène d’un pouvoir qui se veut total, s’immisçant jusque dans la façon dont les femmes doivent se tenir, marcher, exister. Et même si celles-ci ne représentent qu’une minorité au sein des Forces de défense du peuple ougandais (UPDF), elles n’en sont pas moins frappées par cette mesure discriminatoire, symbole d’un pouvoir qui refuse l’évolution des mœurs.

Ce climat délétère soulève une question essentielle : la démocratie, dans certains pays africains, est-elle devenue un simple vernis ? Depuis des années, elle est invoquée mais rarement incarnée. Trop souvent, elle accouche de régimes clientélistes, de manipulations électorales et de menaces voilées, quand ce ne sont pas des violences ouvertes. Certains diront, avec amertume : « La démocratie n’est pas faite pour l’Afrique. » Peut-être faudrait-il plutôt dire qu’elle a été mal transplantée, mal nourrie, et surtout trahie par ceux qui s’en réclament sans jamais en respecter l’esprit. Dans ce pays où l’on célèbre les héros du football, la politique, elle, semble toujours jouer en huis clos. Et le peuple, dans les gradins de cette démocratie en lambeaux, attend encore le match qui lui rendra la voix.
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