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Parler de Mbombog Bassong, c’est évoquer une figure singulière, un visage familier pour quiconque s’est un jour aventuré dans les couloirs poussiéreux de la pensée afrocentrée, entre les amphithéâtres occasionnels  et les cercles initiatiques du Cameroun profond. Cela fait désormais plus de quarante ans qu’il tient le même langage, sans relâche, avec la même ferveur. Ceux qui l’ont connu à Montée Anne Rouge s’en souviennent : il réunissait déjà ce qu’on appelait alors l’intelligentsia camerounaise – un vivier d’esprits curieux, en quête de réenracinement identitaire, mais aussi de sens, à une époque où l’Afrique cherchait ses repères dans le miroir trouble de la post-colonie. Mais aujourd’hui, quelle est la valeur réelle de ce discours, dont les piliers reposent encore et toujours sur les mêmes termes ? « Le modèle dominant », « le langage du maître », « l’assimilation indifférenciée », « la méthode complexe », « l’organisation cosmogonique », « l’Égypte noire », « le premier pharaon était noir », etc. Un lexique devenu incantatoire, parfois soporifique, souvent redondant, et surtout privé d’impact réel sur ceux qu’il prétend éveiller. Car voilà l’un des constats les plus frappants lorsqu’on écoute Mbombog Bassong aujourd’hui comme hier : la répétition. L’homme ne fait pas que creuser un sillon, il semble y être coincé, pris dans une boucle de concepts sans renouvellement, sans mise à jour des enjeux contemporains. Les conférences se suivent et se ressemblent. Les idées tournent en rond. Et dans le public, ce sont souvent les mêmes visages, parfois de jeunes perdus, souvent des adultes angoissés, en quête d’une voix plus que d’une voie.

Mais surtout, ce discours échoue là où il prétend éclairer : dans la clarté.

Mbombog Bassong veut parler de science, de méthode, de spiritualité, mais il le fait avec un langage inaccessible, un verbiage savant, embrouillé, parfois élitiste – ce qui limite sa capacité à rassembler. Et pourtant, il veut convaincre. Mais comment rallier si l’on n’expose jamais clairement, si l’on nuance sans incarner, si l’on cite sans démontrer, si l’on définit sans illustrer ? L’un des paradoxes de Mbombog Bassong, c’est qu’il s’attaque au système du “maître dominateur”, tout en en reprenant les travers : il enseigne sans écouter, il déclame plus qu’il ne dialogue, il théorise sans racines pratiques, et il cherche à convertir plus qu’à comprendre. On pourrait presque dire qu’il est devenu, malgré lui, le maître de ce qu’il dénonçait : une pensée déconnectée des réalités vivantes, figée dans l’érudition pour l’érudition. Et pourtant, il faut lui reconnaître quelque chose : une passion sincère. Mbombog Bassong n’est ni malveillant ni manipulateur. Il croit en ce qu’il dit. Il veut partager, éveiller, réparer une mémoire brisée.

Il cherche à donner une fierté identitaire à ceux que le monde a rendus orphelins de leur propre histoire. Mais à force d’agiter les mêmes drapeaux sans renouvellement méthodologique, son discours frôle aujourd’hui l’exténuation. Oui, il parle encore et toujours de spiritualité africaine. Mais quel modèle propose-t-il concrètement ? Quelle religion africaine contemporaine nous propose-t-il au-delà de celle, mythifiée, de l’Égypte antique ? Que faire de ces traditions pygmées, dogons, bassas, yorubas, qui vivent encore ? Pourquoi cette obsession à tout faire remonter à la vallée du Nil, comme si l’Afrique entière devait trouver là son point d’origine exclusive ? À trop vouloir universaliser des mythes, il oublie la pluralité des réalités africaines. À trop convoquer les sciences dures dans des discours, il finit par flirter avec l’ésotérisme creux. Il y a chez lui une frénésie lexicale – une émotion fougueuse camouflée derrière des termes scientifiques – mais au final, peu d’outils réels pour les jeunes générations. Et pourtant, oui, on l’écoute encore, car dans ce monde troublé, mieux vaut un discours répétitif qu’un silence étouffant. On lui accorde cette place parce qu’il parle avec conviction là où d’autres se taisent avec résignation. Mais aujourd’hui, le défi n’est plus d’évoquer l’Afrique de l’Égypte, mais bien de penser l’Afrique de demain : dans ses défis numériques, écologiques, épistémologiques, géopolitiques, sociaux. Mbombog Bassong, l’homme au boubou toujours fidèle, peut être un témoin.

Mais s’il veut être acteur, il lui faudra sortir du mythe pour entrer dans le réel, celui qui forge des solutions, pas seulement des narrations. Sinon, il restera ce qu’il est peut-être déjà devenu : une figure symbolique, rassurante pour certains, mais sans prise sur le présent. Et maintenant ? Il appartient à une nouvelle génération d’intellectuels de puiser dans les racines sans s’y enliser, de reprendre le flambeau sans répéter la rengaine, et de transformer la nostalgie des origines en vision d’avenir.

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