La publication de deux listes distinctes – l’une attribuée à Marc Brys et l’autre diffusée par la FECAFOOT – a ravivé les tensions déjà vives au sommet du football camerounais. D’un côté, le sélectionneur, désormais soutenu ouvertement par le ministère des Sports, affirme ses prérogatives techniques en dévoilant une liste de 28 joueurs. De l’autre, la FECAFOOT rappelle que, selon les textes en vigueur, seule la Fédération détient la compétence d’accréditation et de convocation officielle des joueurs, un processus strict qui engage les relations avec la CAF et les autorités internationales du football. Cette situation confuse, amplifiée par les réseaux sociaux, a poussé de nombreux observateurs à rappeler que dans tous les pays où le football est structuré – du Maroc à l’Europe – ce sont les fédérations sportives, et non les ministères, qui gèrent les listes, les accréditations et la feuille de match. Ce climat de défiance s’est nourri d’un sentiment général : celui de voir des acteurs du système livrer leurs pairs à la fragilisation médiatique et administrative, comme si chaque épisode de tension devenait une occasion d’exposer la lente fragmentation des institutions sportives camerounaises.

Dans ce contexte déjà tendu, la sortie médiatique de Samuel Eto’o sur le plateau de Parfait Ayissi a apporté un éclairage humain, mais aussi un supplément de tension. Le président de la FECAFOOT a abordé frontalement sa relation avec André Onana, rappelant l’aide déterminante qu’il lui aurait apportée dans sa jeunesse : « Il n’arrivait même pas à manger, il devait payer comment ? », déclare-t‑il pour démentir des propos affirmant qu’Onana aurait payé son passage à la Fundesport. Eto’o va plus loin en comparant sa propre gratitude envers Gilbert Kadji avec ce qu’il perçoit comme de l’ingratitude de la part de son ancien protégé. Au-delà de l’anecdote personnelle, cette intervention expose une vérité souvent tue : dans le football comme dans la vie, personne ne s’élève seul. Mais elle pose aussi la question d’une réconciliation devenue improbable entre un mentor et son poulain, à un moment où chaque mot prononcé en public prend des allures d’affront définitif. Dans l’ensemble, le passage télévisé de Samuel Eto’o a profondément marqué les téléspectateurs, par la franchise de ses propos, par son ton parfois tranchant, mais surtout par sa capacité à mêler les enjeux institutionnels et la dimension humaine. Cette intervention a laissé l’impression d’un homme qui règle ses comptes tout en défendant l’honneur de la FECAFOOT, et d’une soirée où la scène médiatique s’est transformée en miroir des fractures actuelles du football camerounais.

Il a réglé avec une subtilité teintée de franchise, outre André Onana, il a parlé de façon sous-jacente de Joseph Antoine Bell et d’autres figures marquantes du football camerounais. Mais le moment le plus intense du débat survint devant le journaliste lui-même, lorsque fut évoqué le cas de Gaëlle Enganamouit, ancienne capitaine des Lions, révélant à la fois la vivacité de ses convictions et la force de ses prises de position. L’échange entre Samuel Eto’o et Parfait Ayissi met en lumière un débat sur la reconnaissance et la légitimité des femmes dans le football. Eto’o insiste sur le fait que le football ne se limite pas aux hommes et souligne avec ironie que les femmes méritent également d’être mentionnées, ce qui traduit une volonté de valoriser l’égalité et la justice dans la représentation. Ayissi, en réponse, évoque l’entrée de Gaëlle Enganamouit au comité exécutif du football féminin et soulève la question des mœurs, montrant que le langage peut introduire des considérations sociales et éthiques dans un débat sportif. L’échange met ainsi en avant la tension entre la reconnaissance du mérite et la perception des normes sociales.
Au cours de cette partie de l’émission, Eto’o a adopté une position de neutralité morale, affirmant qu’il ne juge pas la vie privée d’autrui et qu’il se concentre sur la capacité de Gaëlle Enganamouit à remplir sa mission. Ayissi réfute les accusations passées en demandant des preuves, ce qui montre que le dialogue repose sur la justification, la légitimation et le recentrage sur l’essentiel : les compétences professionnelles. Le fond de la pensée des deux interlocuteurs est clair ; Eto’o défend la valeur et l’inclusion, tandis qu’Ayissi insiste sur la défense de la réputation et la légitimité. Eto’o, que l’on pourrait croire peu instruit, révèle ici une subtilité remarquable dans l’art de manier des questions complexes. Ce soir, il a mis ses interlocuteurs à l’épreuve par sa capacité à naviguer habilement entre analyse et dimension interpersonnelle. Lorsqu’il lance, avec une pointe d’ironie, « tu veux les vidéos ? », il ne prétend pas en posséder, mais démontre plutôt sa faculté à renvoyer l’autre dans ses retranchements, révélant la vivacité de ses convictions et la force de son propos. Par cette maîtrise, il affirme sa présence, et a bien structuré son discours et imposé son autorité, prouvant qu’il est capable d’ébranler, ne serait-ce qu’un instant, les certitudes de notre société. Eto’o apparaît ainsi comme un homme résolu et redoutablement sûr de lui, un véritable dur à cuir.
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