Chers amis, chers proches d’Eliane,
Je prends la plume aujourd’hui le cœur voilé de tristesse, pour tenter d’exprimer l’indicible peine que nous laisse le départ d’Éliane. Une peine lourde, partagée par tous ceux qui, de près ou de loin, avaient perçu la rare qualité de cette femme. Éliane était de ces âmes précieuses, façonnées d’humanisme, de désintéressement et d’un dévouement sans ostentation envers sa famille, ses amis, et tous ceux que la vie plaçait sur son chemin. Si mes mots tremblent, c’est parce que je perds l’une des plus belles personnes qu’il m’ait été donné d’admirer. Son départ me laisse dans un désarroi profond, celui de l’être qui souffre de ne plus croiser un regard aimé, de ne plus entendre une voix familière, de ne plus partager cette présence qui faisait du bien sans jamais s’imposer. Car il est des départs qui ne ressemblent pas à des absences, mais à des passages. Celui d’Éliane appartient à cette catégorie rare et douloureuse. En ces heures de recueillement, je ressens le besoin de dire, avec pudeur et sincérité, qu’Éliane n’a pas rendu l’âme. J’ai la conviction intime que son esprit a simplement rendu le corps. Ce qui faisait Éliane dans son essence la plus pure ne pouvait être enfermé dans la fragilité d’une enveloppe humaine. Elle était plus vaste que cela, plus lumineuse, plus durable. Éliane était une présence. Une présence rassurante, douce, accueillante. Une mère dans le sens le plus noble du terme, une sœur pour chacun de nous. Elle portait en elle un regard qui apaisait et une voix qui n’élevait jamais le ton, mais élevait les âmes.

Il n’y a pas si longtemps encore, nous nous parlions presque chaque jour. Ces échanges simples, heureux, semblaient suspendre le temps, comme si la vie nous offrait un sursis de lumière. Je ne l’ai jamais vue dans la colère ni dans l’ombre. Elle accueillait toujours avec ce sourire tranquille qui disait, sans mots, tout ira bien. Elle faisait partie de ces rares bonnes personnes que l’on rencontre parfois dans une vie. Celles qui ne font pas de bruit, mais dont la trace demeure longtemps après leur passage. Elle était devenue cette sœur que le cœur choisit sans formalité, par respect, par affinité d’âme, par reconnaissance d’une bonté vraie. La fatalité nous prive aujourd’hui de sa présence physique, mais elle ne nous prive pas de ce qu’elle a semé. Notre cœur demeure en prière, en gratitude, en amour. Je prends ces mots avec retenue, conscient que certains silences parlent mieux que les discours. Pourtant, depuis le départ d’Éliane, une pensée m’habite, ce qui nous manque aujourd’hui, ce n’est pas Éliane dans son essence, mais son corps. Ce corps fragile, fait de poussière et retourné à la poussière, comme le rappelle l’Écriture. Mais ce qui faisait Éliane ne relevait pas de la poussière. Ce qui la définissait, c’était sa manière d’être au monde, de relier les êtres, d’aimer sans bruit, de donner sans attendre. La Bible nous enseigne que l’esprit retourne à Dieu qui l’a donné. Et la philosophie nous rappelle, à l’instar de Spinoza, que ce qui participe à la vérité, à la justesse et à l’amour n’est pas soumis au temps. Le corps passe, mais ce qui a été vécu dans la relation vraie demeure.
Le bon sens, lui aussi, nous le confirme ; si Éliane n’était plus là, elle ne continuerait pas à m’accompagner dans mes pensées, à influencer mes gestes, à adoucir mon regard sur les autres. Or elle le fait, chaque jour. Éliane n’a pas rendu l’âme. Son esprit a rendu le corps. Le corps a accompli son temps et est retourné à son origine. Mais l’esprit d’Éliane, ce qu’elle incarnait de profondément humain, de profondément juste et de profondément aimant, demeure en nous, entre nous et à travers nous. Tant que sa manière d’aimer continue de circuler, Éliane est avec nous. Elle est présente autrement. Plus librement. Plus profondément. Non comme un souvenir figé, mais comme une présence active, silencieuse et féconde. Et tant que ce qu’elle a semé continue de vivre entre nous, elle n’est pas absente, car elle est transmise. C’est avec affection, respect et solidarité que je partage ces mots, en m’associant à votre peine, mais aussi avec cette intime conviction qu’ Éliane demeure avec nous, d’une autre manière, et pour toujours.
Par Jéhu Ndoumi
PDG YUNUS SA Cameroun
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