PAR MODOU ZONON
Réunis à Cocody le 9 juillet 2025, les acteurs du secteur extractif ont présenté les conclusions du premier Forum Africain sur l’Environnement dans les Industries Extractives (FAFEIX), tenu quelques mois plus tôt à Yamoussoukro. À travers cette initiative inédite, l’Afrique entend replacer l’environnement au cœur des politiques minières, pétrolières et gazières, dans un contexte où la course aux ressources s’accélère.
De la dépendance aux hydrocarbures à celle des métaux : une transition sous tension
La mine, dans sa réalité la plus brute, est devenue l’un des nœuds centraux de notre monde contemporain. Tandis que la communauté scientifique internationale appelle à sortir des énergies fossiles, nos sociétés s’orientent massivement vers l’électrification des usages. Mais cette transition, pourtant salutaire, ne se fait pas sans dépendances nouvelles. En tête de ces dépendances émergentes : les métaux rares et stratégiques, indispensables à la fabrication des batteries, aux technologies de stockage d’énergie, à la construction d’infrastructures électriques, ou encore à l’industrie automobile. Derrière ces innovations se cachent des paysages souvent méconnus : des mines profondes, des forêts éventrées, des communautés déplacées. FAFEIX : un appel panafricain pour concilier développement et écologie.
C’est dans cette perspective que s’est tenue, du 19 au 21 février 2025 à Yamoussoukro, la première édition du Forum Africain sur l’Environnement dans les Industries Extractives, à l’initiative de l’ONG Agir pour l’Environnement dans les Industries Extractives. Cette rencontre a rassemblé une diversité d’acteurs : experts miniers, responsables institutionnels, jeunes leaders écologistes, partenaires techniques, mais aussi représentants de la société civile. Ensemble, ils ont dressé un état des lieux critique des pratiques extractives actuelles, en s’interrogeant sur les impacts environnementaux, sociaux et économiques de ces industries. Les discussions ont mis en lumière une double urgence : celle de réduire les atteintes aux écosystèmes fragiles et celle de bâtir une gouvernance plus inclusive, notamment par l’implication réelle des communautés locales, trop souvent ignorées dans les processus décisionnels, alors même qu’elles sont les premières à subir les conséquences de l’exploitation.
Vers une nouvelle gouvernance environnementale en Afrique
Parmi les recommandations majeures issues du forum figure la création d’un cadre africain de suivi environnemental, qui soit adapté aux spécificités locales, mais également adossé à des données scientifiques fiables et accessibles. Une telle initiative permettrait d’harmoniser les pratiques à l’échelle continentale, tout en respectant les réalités économiques et sociopolitiques de chaque pays. Les participants ont également insisté sur la nécessité d’introduire plus de transparence dans la chaîne de valeur extractive, de renforcer les mécanismes de responsabilité environnementale, et d’exiger des études d’impact indépendantes et rigoureuses pour chaque nouveau projet.
Derrière la mine : comprendre les rouages d’un modèle à réinventer
L’imaginaire collectif associe souvent les mines à des terres scarifiées, des machines rugissantes et des convois de matières premières. Mais que sait-on réellement de ces infrastructures ? Quels sont les délais, les coûts, les contraintes politiques et écologiques qui accompagnent leur mise en œuvre ? Dans un contexte géopolitique instable et face à des tensions croissantes d’approvisionnement, la flexibilité des infrastructures minières devient un enjeu stratégique majeur. En explorant ces questions, le FAFEIX ne s’est pas limité à un simple constat ; il a amorcé un processus de conscientisation collective, en posant les jalons d’une lecture critique et lucide du secteur extractif africain.
La Côte d’Ivoire en éclaireur d’une nouvelle voie
En initiant ce forum panafricain, la Côte d’Ivoire envoie un message clair : le développement ne peut plus se faire au détriment de la planète. Dans un monde où les logiques d’exploitation brute tendent à prévaloir, l’État ivoirien se positionne comme un acteur moteur d’une transition écologique responsable, en phase avec les réalités du Sud. Le FAFEIX se présente désormais comme une boussole stratégique pour les gouvernements africains, un outil de plaidoyer et de coordination pour toutes celles et ceux qui œuvrent à un avenir extractif plus juste, plus durable, et plus humain. La mine restera, sans doute, un pilier de nos économies modernes. Mais elle peut – et doit – être repensée. À travers le FAFEIX 2025, l’Afrique prend la parole, propose ses solutions, et affirme qu’il est possible d’allier souveraineté économique, justice sociale et préservation environnementale. Reste désormais à transformer ces résolutions en actions concrètes.
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