Mag-Afriksurseine-Mars-2024

CFOOT : ALAIN DENIS IKOUL ET LA MENACE D’ALEXANDRE SONG

 

Depuis ce matin, une querelle d’une rare violence symbolique agite l’espace médiatique sportif camerounais. Elle oppose le journaliste Alain Denis Ikoul, directeur du site CFOOT, à l’ancien international Alexandre Song. A  l’origine, une publication de CFOOT illustrée par une photographie faisant référence à certaines anciennes gloires du football camerounais, accusées de soutenir sans réserve une gestion largement contestée de notre football. Une critique que n’a manifestement pas acceptée Alexandre Song, qui a choisi de répondre par une vidéo à tonalité menaçante, promettant de  » régler le compte  » du journaliste. Il faut le dire avec clarté et sans détour, cette dérive est inacceptable. Dans une démocratie, dans un Etat de droit, dans un espace public digne de ce nom, la menace physique ou symbolique ne saurait constituer une réponse à une critique journalistique. Le journalisme sportif n’est ni une provocation gratuite ni un règlement de comptes personnel. Il est un travail d’analyse, de mise en perspective, parfois dérangeant, souvent inconfortable, mais toujours nécessaire. Et lorsqu’on est une personnalité publique, ancien international au parcours respectable, on se doit d’en accepter les règles du jeu. Alexandre Song n’est ni le premier ni le dernier ancien joueur à faire l’objet d’analyses critiques. Lui-même, par le passé, n’a pas hésité à exprimer publiquement des désaccords, parfois virulents, sans que cela ne déclenche de menaces à son encontre. Pourquoi, dès lors, vouloir aujourd’hui intimider un journaliste pour avoir exercé son droit – et son devoir – de critique ? Se dresser en homme fort, en intimidateur, en donneur de leçons musclé, n’honore ni l’ancien Lion ni l’image du football camerounais. Un journaliste ne doit pas travailler dans la peur.

 

Alain  Ikoul doit pouvoir continuer à faire son travail, marcher librement dans la rue, écrire, analyser et critiquer sans avoir à regarder derrière lui. Ce n’est ni la peur ni l’impulsivité qui redresseront ce pays, encore moins notre football. Le Cameroun est un pays de caractère, et ce caractère se retrouve dans toutes ses régions, dans toutes ses couches sociales.  Le courage véritable n’est pas dans la menace ; il est dans l’argumentation, le débat, la contradiction civilisée. Soutenir CFOOT aujourd’hui, ce n’est pas ériger la critique en dogme, c’est défendre un principe fondamental ;  la liberté de la presse. Une presse crédible ne combat pas des individus, elle confronte des idées. Elle n’impose pas une pensée unique, elle accepte la pluralité des regards. Critiquer n’est ni trahir ni dénigrer. Nuancer n’est ni se soumettre ni applaudir aveuglément. La pensée libre vit dans la complexité, pas dans les camps. Bien sûr, toutes les opinions doivent être respectées. Alexandre Song est libre de soutenir qui il veut, comme Ikoul est libre de critiquer ce qu’il estime critiquable. Ce qui pose problème, ce ne sont pas les divergences d’opinion, mais les critiques systématiques chargées d’a priori, les insultes réciproques et, plus grave encore, les tentatives d’intimidation.

 

La connaissance ou la pratique d’une discipline n’autorise personne à faire l’économie de l’humilité, du fair-play et de la retenue. Le football camerounais n’a pas besoin de querelles de bas étage ni de démonstrations de force inutiles. Il a besoin de débats calmes, élevés, honnêtes. Il a besoin de médias capables de féliciter quand il le faut, mais aussi de pointer les insuffisances, comme un parent responsable qui encourage son enfant tout en l’invitant à faire mieux. C’est précisément dans cette logique que s’inscrit CFOOT, et c’est ce qui fait aujourd’hui sa crédibilité croissante auprès d’un public de plus en plus exigeant. Si quelqu’un se sent offensé par un article, les voies sont connues  ; le droit de réponse ou la justice. Le reste n’est que bruit, agitation et intimidation stérile. La vérité, elle, ne naît pas du vacarme. Elle naît de la nuance, du travail, de la rigueur. Le passé glorieux d’un ancien joueur, aussi respectable soit-il, ne peut servir de bouclier contre l’analyse critique, encore moins justifier des propos menaçants envers la presse. Une presse libre, debout et sans peur est une condition essentielle au progrès de notre football. Et sur ce terrain-là, le journaliste doit tenir bon, sans état d’âme, avec la conviction tranquille de ceux qui savent que résister, parfois, est déjà une forme de victoire. Et le jour de bataille, chacun des protagonistes doit savoir qu’aucun camerounais ne mène jamais  seul un  combat. Personne ne sait qui est devant un combattant ou qui est derrière lui.

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