Mag-Afriksurseine-Mars-2024

ARBITRAGE AFRICAIN UNE DERIVE QUI MENACE LE FOOTBALL AFRICAIN

 

Il faut désormais avoir le courage de regarder le football africain sans fard. L’arbitrage, tel qu’il fonctionne aujourd’hui sous l’égide de la CAF, est devenu l’un des facteurs les plus corrosifs pour la crédibilité de la Coupe d’Afrique des Nations. Trop d’erreurs, trop d’incohérences, trop de décisions lourdes de conséquences ont fini par installer un climat de suspicion durable. À ce stade, il ne s’agit plus de simples fautes humaines ; le malaise est structurel. A chaque grande compétition, les mêmes interrogations ressurgissent. Pourquoi l’application des règles varie-t-elle d’un match à l’autre ? Pourquoi la VAR, censée réduire l’injustice, devient-elle parfois un instrument muet ou sélectif ? Pourquoi certaines décisions clés semblent-elles toujours pencher du même côté ? Ces questions ne sont pas le fruit d’un chauvinisme mal placé, mais l’expression d’un ras-le-bol profond partagé par de nombreux acteurs et supporters du football africain. Le problème de l’arbitrage à la CAF ne peut plus être éludé.

 

La désignation des arbitres, leur formation, leur évaluation et surtout leur indépendance réelle doivent être interrogées sans tabou. Dans un environnement où circulent rumeurs, soupçons de conflits d’intérêts et perceptions de favoritisme, l’absence de transparence devient elle-même une faute. Le football africain a grandi, ses compétitions attirent l’attention du monde entier, mais son arbitrage reste dramatiquement en retard sur les exigences modernes de rigueur et de crédibilité. Lorsque, dès les premières minutes, un carton jaune précoce vient neutraliser un défenseur, le message envoyé est clair : l’adversaire est implicitement invité à attaquer sans retenue. Ce type de décisions, loin d’être anodines, orientent le jeu, influencent les comportements et peuvent déséquilibrer un match. Ajoutons à cela une interprétation excessivement permissive ou restrictive des fautes, et l’arbitrage devient un acteur central, là où il devrait rester un simple garant des règles. Si cette dérive persiste, c’est toute la CAN qui risque d’y perdre. Une compétition ne peut survivre durablement à la défiance généralisée. Le public accepte la défaite, jamais l’injustice perçue. Et un football où le sifflet prend le pas sur le jeu finit toujours par se détruire de l’intérieur.

Maroc – Cameroun : reconnaître la supériorité sans fermer les yeux

 

Cela dit, la lucidité impose de ne pas tout expliquer par l’arbitrage. Sur le plan strictement sportif, le Maroc a été supérieur aux Lions Indomptables. Plus organisé, plus discipliné, mieux préparé tactiquement, le Maroc a su imposer son rythme et gérer les moments clés du match. Cette réalité ne peut ni ne doit être niée. Les Lions Indomptables ont souffert, notamment au milieu de terrain, incapables de s’adapter lorsque le jeu a été verrouillé. L’absence d’initiative tactique en cours de match, là où d’anciens leaders savaient prendre des risques et casser les lignes, a cruellement pesé. Cette responsabilité incombe avant tout au staff technique et aux joueurs eux-mêmes. Le football est impitoyable ; quand on ne s’ajuste pas, on subit. Même sur l’action litigieuse du penalty, une vérité s’impose ; à ce niveau, un penalty doit être clair, flagrant, indiscutable. Le football gagne à laisser le jeu se développer, et le Maroc, par sa maîtrise collective, a souvent su créer des situations sans avoir besoin de décisions arbitrales contestées pour exister. Mais c’est précisément parce que la supériorité marocaine était réelle que les défaillances arbitrales deviennent encore plus dommageables.

Elles brouillent l’analyse, polluent la victoire et nourrissent des soupçons inutiles. Un arbitrage défaillant n’efface pas la hiérarchie sportive, mais il altère la perception du résultat et fracture le lien de confiance entre la compétition et son public. La CAN n’a pas besoin de récits de complots, ni de procès d’intention permanents. Elle a besoin d’arbitres mieux formés, mieux protégés, mais aussi véritablement évalués et sanctionnés lorsque leurs prestations ne sont pas à la hauteur. Protéger l’arbitrage ne signifie pas l’exonérer de toute critique ; au contraire, la critique argumentée est une condition de son amélioration. Le football africain mérite mieux que des polémiques récurrentes. Les joueurs méritent un terrain équitable. Les supporters méritent des victoires et des défaites limpides. Et la Coupe d’Afrique des Nations, si elle veut rester une grande compétition, doit impérativement commencer par réformer en profondeur son arbitrage – avant que le doute ne devienne la règle et que la passion ne cède définitivement la place à la colère.

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