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PAR HUBERT ETOUNDI

Une expulsion de trop : l’humiliation nationale

Les récentes expulsions massives de Camerounais par les autorités de Guinée équatoriale ont laissé un goût amer dans l’opinion publique. Des hommes, des femmes et des enfants, parfois installés depuis des années, ont été arrêtés, détenus dans des conditions obscures, puis reconduits à la frontière dans un silence glacial. Ce geste, brutal et unilatéral, est perçu par beaucoup comme une humiliation diplomatique. Il pose surtout une question de souveraineté : que vaut l’autorité d’un État si ses citoyens peuvent être traités sans ménagement à l’étranger, sans réaction immédiate de leur gouvernement ?

Le réveil d’une diplomatie jugée passive

Face à cette crise, le ministre camerounais chargé des Affaires étrangères a enfin convoqué l’ambassadeur de Guinée équatoriale. Mais c’est surtout la symbolique vestimentaire de cette rencontre qui a frappé les esprits : le ministre en pagne, l’ambassadeur en costume. Une réponse silencieuse mais puissante. Ce choix signifiait : « Nous sommes chez nous, enracinés, debout, fidèles à notre peuple. » Toutefois, au-delà des gestes, c’est une action diplomatique ferme, cohérente et préventive qui est attendue. Trop souvent, la diplomatie camerounaise se contente de réagir dans l’urgence, sans anticipation ni vision stratégique.

La nécessité d’une réciprocité mesurée mais ferme

Le Cameroun ne peut plus être l’État qui encaisse sans jamais répondre. Le principe de réciprocité diplomatique, reconnu par le droit international, permet au Cameroun d’appliquer des mesures symétriques. Il ne s’agit pas d’imiter la brutalité, mais de rappeler qu’aucun peuple n’a le monopole de la dignité. Des vérifications plus strictes sur les résidents équato-guinéens en territoire camerounais, une suspension temporaire des accords de mobilité, ou encore la remise en question d’investissements non encadrés pourraient servir d’avertissement dissuasif.

Une crise révélatrice de l’échec de l’intégration sous-régionale

Cette situation met aussi en lumière les limites de la CEMAC, qui prône la libre circulation tout en tolérant des expulsions collectives sans consultation. Cela démontre que l’intégration africaine reste théorique, rongée par les souverainismes et les calculs à court terme. Le Cameroun doit en tirer des leçons : renforcer ses alliances bilatérales réelles plutôt que de compter sur des traités que personne ne respecte. Cette expulsion est un signal d’alarme pour repenser nos partenariats et exiger une solidarité fondée sur des actes, pas sur des discours.

Pour une nouvelle doctrine diplomatique camerounaise

Au lieu de se contenter de réactions tardives, le Cameroun doit adopter une nouvelle posture diplomatique. Cela implique une politique étrangère proactive, ancrée dans la défense des intérêts du peuple, avec un réseau consulaire opérationnel, des accords bilatéraux contraignants et une communication publique rapide et maîtrisée. La diplomatie ne peut plus être réservée à des conférences feutrées : elle doit désormais se penser comme un bouclier du citoyen, partout dans le monde.

L’heure de l’honneur, l’heure de l’action

Le traitement réservé aux Camerounais en Guinée équatoriale est une blessure collective. Elle appelle une réponse digne, intelligente et résolue. Le pagne du ministre était un symbole. Il faut désormais que le Cameroun habille sa diplomatie d’une armure solide. Il est temps de rappeler au monde que chaque Camerounais, sur cette terre ou ailleurs, a une valeur inaliénable. Et que tout pays qui l’oublierait devra en répondre.

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