Trois semaines après le crime odieux qui a bouleversé la conscience collective camerounaise, l’affaire Mathis vient de franchir un tournant judiciaire important. Robert Nwafo, sexagénaire désigné comme le présumé assassin du jeune Mathis, six ans, a été déféré ce mardi devant le Procureur de la République près le Tribunal de Première Instance du Mfoundi, puis conduit à la prison centrale de Kondengui, où il passera ses premières nuits sous haute surveillance. Ce transfert discret, opéré à bord d’un véhicule banalisé, vise à protéger l’inculpé de la colère populaire qui ne faiblit pas depuis le drame. Accusé d’avoir prémédité et perpétré un meurtre d’une rare barbarie, l’homme aurait reconnu, selon des sources judiciaires, l’acquisition de l’arme blanche utilisée lors du crime, ainsi que son intrusion dans la résidence du père de l’enfant, sieur Wandji.
Néanmoins, il invoque une amnésie sélective quant aux instants précis du drame, une posture qui interroge autant qu’elle révolte. Cette lente avancée du dossier judiciaire, étalée sur trois longues semaines de silence institutionnel, a nourri les frustrations d’un peuple meurtri. Sur les réseaux sociaux, les appels à la transparence se sont multipliés. « Où est la sortie du gouvernement ? », s’interroge un citoyen excédé. En effet, la parole attendue du chef de région s’est fait étrangement absente, tandis que le préfet du Mfoundi, Emmanuel Mariel Djikdent, s’est contenté d’un appel au calme, jugé vague et peu convaincant par une opinion publique en quête de vérité. Les Camerounais réclament non seulement justice, mais une justice exemplaire, claire, rapide et sans compromission. Certains dénoncent une entorse à la procédure pénale habituelle, estimant que le traitement du dossier aurait dû se faire devant la juridiction de grande instance, eu égard à la gravité des faits.
L’absence de communication régulière du procureur de la République ajoute à ce climat de défiance, alors même qu’il est censé incarner les intérêts du peuple. Au-delà de l’émotion, ce drame révèle une société en quête de repères. Deux familles sont aujourd’hui anéanties : celle du petit Mathis, arraché à la vie dans l’innocence de l’enfance, et celle de son bourreau présumé, engloutie dans l’abîme de la honte et de la perte. « C’était une simple dispute, comme il en arrive tous les jours », rappelle un témoin. Mais cette fois, elle s’est transformée en tragédie irréversible. L’heure est venue de tirer les leçons. Cette affaire ne doit pas se clore dans les couloirs judiciaires ou les silences politiques. Elle doit être un signal fort, une mise en garde solennelle contre la banalisation de la violence, contre l’indulgence envers les crimes contre les enfants. Pour certains, le débat sur la peine de mort, gelé depuis des années, mérite désormais d’être réouvert. Robert Nwafo est en détention. C’est une étape. Mais la justice, pour être complète, devra aller jusqu’au bout. Car ce que le peuple camerounais exige aujourd’hui, c’est un message clair, que plus jamais, un enfant ne soit sacrifié dans le silence, et que plus jamais, un crime de cette nature ne reste sans réponse forte, rapide et définitive.