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Par Pierre Eyok

Cet article est le témoignage d’une personne vivant dans le quartier où le drame s’est produit. Témoin du quotidien de ces deux voisins de Ngoa Ekellé, elle connaît intimement les habitudes, les tensions et les silences de ce microcosme où s’est récemment déroulé un événement tragique. Bien que le texte ait été retravaillé par mes soins, on perçoit, à travers ses mots, le récit d’un voisin qui revient sur les faits bouleversants impliquant Blek, l’auteur présumé du meurtre du jeune Mathis. Il met en lumière le comportement violent et inquiétant d’un individu tristement familier aux habitants. Ce témoignage de proximité, entre récit personnel et chronique de quartier, dresse le portrait sombre d’une violence ordinaire, enracinée dans le quotidien, que beaucoup avaient pressentie… sans jamais imaginer qu’elle aboutirait à une telle tragédie.

 

Les faits

Depuis samedi soir, j’ai vu circuler sur la toile une publication relatant un odieux crime survenu à Ngoa Ekellé. J’ai immédiatement reconnu l’assassin, une figure bien connue dans ce quartier, point de convergence de tous les sportifs du dimanche pour ce qu’on appelle la « troisième mi-temps ». Ce matin, pendant mon footing, je me suis arrêté sur les lieux du drame. J’ai eu l’amère surprise de constater que je connais tout le monde, et que tout le monde me connaît. Entre la boulangerie de Ngoa Ekellé et le centre médico-social de l’université, il existe une allée piétonne en pente qui mène à l’amphi 700. À gauche de cette allée se trouve la clôture de l’université, et à droite, les habitations du quartier. Tous les événements se sont déroulés entre quatre maisons qui se suivent :

 

La première est le domicile des parents de Mathis, l’enfant assassiné.

La deuxième est située entre la scène du crime et le maquis/auberge, lieu de la bagarre entre les deux adultes : Tonton Blek, l’assassin, et Paulin, le père de la victime. Juste après le maquis se trouve le domicile de Tonton Blek. Blek et Paulin sont deux vieux amis à la sinistre réputation dans le quartier. Ils appartiennent à un groupe surnommé ici « les gens de couteau-couteau », c’est-à-dire des individus dont l’activité principale consiste à agresser des citoyens à main armée pour subvenir aux besoins de leurs familles. Car oui, ils sont tous les deux pères de famille. Deux hommes également connus pour être violents avec leurs épouses. Ils se fréquentent quotidiennement, et leurs enfants se connaissent. Après leurs activités nocturnes, ils passent leurs journées à boire ensemble dans le maquis situé entre leurs deux domiciles. J’y suis moi-même allé à plusieurs reprises – ce maquis est apprécié des sportifs du dimanche, notamment parce qu’il propose aussi des chambres, où certains hommes mariés viennent tromper leurs épouses en toute discrétion après le sport.

Le drame

Ce jour-là, entre deux bouteilles vides, une bagarre a éclaté entre Blek, le meurtrier, et Paulin, le père de Mathis. En plein affrontement, Paulin a saisi un verre de « Tais-toi » (ces gros verres d’un demi-litre qu’on retrouve dans les cérémonies de mariage et qui servent à la bière à pression) et l’a frappé sur la nuque de Blek, mettant fin à la bagarre. Blek s’est alors rendu chez lui, a pris un poignard, puis est revenu dans le domicile de Paulin, où il avait ses habitudes. Les enfants les plus âgés, probablement intimidés par son air menaçant, se sont barricadés dans une chambre. Malheureusement, le petit Mathis n’a pas eu ce réflexe en voyant entrer son Tonton Blek.

 

Les enfants réfugiés dans la chambre ont rapporté que les derniers mots de Mathis furent :

« Tonton Blek, s’il te plaît, ne me tue pas. Papa arrive. » Blek a d’abord tailladé le bras de l’enfant, puis lui a porté un coup de poignard au cou. Les voisins, arrivés rapidement, ont tenté de poser un garrot sur le bras, mais l’enfant saignait abondamment du cou. En moins de 30 minutes, il a été conduit à l’hôpital militaire, où les médecins n’ont pu que constater son décès. Il faut rappeler qu’il y a quelques jours à peine, Blek avait déjà été impliqué dans une autre bagarre, cette fois avec un autre habitant du quartier surnommé « Ministre ». Selon les témoins, Blek avait coincé la tête de Ministre sur le bitume et le frappait violemment avec ses poings, qu’il orne de grosses bagues métalliques. Après cette agression, Ministre est rentré chez lui se coucher… et ne s’est jamais réveillé. Ce sont les voisins, accompagnés de policiers, qui ont forcé la porte et découvert le corps. La cause probable : un traumatisme crânien.

 

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